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Egypte - « Sur le tableau noir du malheur, il dessine le visage du bonheur »

News - 02/06/2021

Quinze enfants, assis derrière des bureaux d'écoliers, récitent ces quelques vers de Prévert. Leur prononciation est hésitante, les mots sortent parfois difficilement mais ils s’appliquent, s’améliorent.


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Voilà déjà plusieurs années que les volontaires se succèdent dans l’école de Miss Marlène, située au cœur du bidonville d’Ezbet el Nakhl, pour donner des cours aux enfants des chiffonniers. Cette femme s’est dédiée à l’éducation des enfants du bidonville depuis plus de dix ans, leur apportant un cadre nécessaire à leur épanouissement scolaire, des activités sportives montées par les volontaires pour leur développement physique, et des cours religieux pour approfondir le côté spirituel. Ces enfants, d’âges divers, travaillant déjà pour certains, s’asseyent trois jours par semaine sur les bancs de l’école pour prendre des cours de français, de nutrition, de musique. Ils chantent gaiement le « Je vous salue Marie » en français, comptent fièrement jusqu’à dix et lancent un « Bonjour Professeur » en début de classe et un « Au revoir Professeur » lorsque les volontaires quittent la salle.

Mais les cours ne s’arrêtent pas à la sortie de classe, les volontaires suivent les enfants dehors et leur apprennent des jeux de mains dignes d’une école française, après quelques minutes les enfants chantent « Trois petits chats » et font des concours contre les volontaires. Car l’apprentissage de la langue française se fait principalement par le jeu pour les plus jeunes, jeu de Twister pour leur apprendre les couleurs, jeu de mains pour apprendre les chiffres ou chansons pour l’alphabet.

 

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Pour les plus grands c’est différent, c’est plus académique. Ils ont des cahiers et des contrôles. Lettres après lettres, jours après jours, les enfants déchiffrent les mots français, je me rends alors compte de la difficulté de notre langue : les lettres muettes, les sons des consonnes, les exceptions… Alors nous vint une idée, pourquoi ne pas leur apprendre un poème français, connu de tous les écoliers français ? Nous pourrions alors leur apprendre des mots simples, leur montrer un aperçu de la culture française et leur apprendre à parler devant les autres. Alors tous les jours, ils récitent, bon gré mal gré, des vers du poète français. Certains sont indécis et bafouillent, d’autres, ayant plus envie d’impressionner, clament les vers qu’ils ne connaissent pas encore vraiment et transforment le poème. Mais peu à peu ils prennent tous confiance en eux et récitent les deux premiers vers fièrement. La prise de parole en classe est également un moyen pour ces enfants de se positionner face à un auditoire, sans peur, pour plus tard savoir partager leur pensée avec les autres, savoir que leur parole est prise en compte et que ce qu’ils ont à dire est important. Comme pour les écoliers français, cet apprentissage de la langue, à déclamer face à leurs camarades, est un outil indispensable à la formation de leur caractère, l’ouverture aux autres et l’écoute du discours d’autrui.


Demain, après un cours de grammaire française, les enfants s'attaqueront aux vers suivants : « il dit oui à ceux qu'il aime / il dit non au professeur », les volontaires espèrent que les enfants ne prendront pas cette dernière ligne comme un conseil sinon les cours vont devenir moins plaisants.

Je ne pensais pas trouver une telle volonté chez des enfants. Les bancs de l’école ne sont pas une priorité pour la plupart car ils aident déjà leurs parents tous les jours dans leur travail, dans les tâches ménagères et l’éducation des petits frères et sœurs. Et l’apprentissage du français pourrait ne pas être une priorité, cependant ils restent concentrés et reviennent tous les jours. Miss Marlène, directrice de l’école, tient à donner aux enfants une chance de choisir leur futur, l’instruction du français leur apporte une ouverture au monde, un accès à ailleurs et nous sommes heureux de soutenir Miss Marlène dans sa démarche en allant trois fois par semaine visiter les classes et leur apporter tout ce qu’on peut.


Je ne m’étais jamais imaginée institutrice, cependant j’ai énormément de plaisir à préparer les cours, à me confronter aux difficultés et aux bonheurs de l’enseignement pour ces enfants. Et surtout beaucoup de fierté à les entendre répéter des vers que j’ai moi-même appris par cœur, dès que nous en aurons terminé avec « Le Cancre », peut-être passerons-nous à Demain dès l’aube. Et qui sait, peut-être nous rejoindras-tu ? 

L'action quotidienne d'un volontaire qui enseigne le français aux jeunes Egyptiens coûte 33€ par jour à l'association. Soutenez le travail de l'un d'entre eux !


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