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Egypte - De A à Z, apprendre à lire aux enfants du bidonville.

News - 14/04/2021

Ezbet-El-Nakhl, cela fait maintenant deux petites semaines que je me promène dans ces rues de terres battues jonchées de détritus. Je les connaissais bien ces ruelles étroites, je les avais arpentées régulièrement pendant ces trois derniers mois et pourtant c’est comme si je n’étais jamais passée.

Désormais ce quartier est le mien. Je redécouvre ces ruelles, je les examine ainsi que les gens qui s’y promènent ou qui y travaillent. Je m’attarde, les regarde, leur souris ; s’engage alors un dialogue minimaliste un « hello », un « what’s your name » : cette maudite barrière de la langue ne me permet pas pleinement de communiquer avec mes voisins. Le sourire, les regards alors prennent la place des mots pour exprimer ce que ma bouche ne peut prononcer. Dans ces bidonvilles où personne ne parle l’anglais, cette incapacité à communiquer devient de plus en plus pesante !

sos chretiens orient egypte enfants chiffonniers du caire ezbetC’est en partie pour cela que chaque lundi, mardi et mercredi matin, je gravis deux à deux les marches de l’école de Miss Marlène, avec cette envie d’apprendre à tous ces enfants à parler une langue qui leur permettra un jour de communiquer avec les volontaires qui suivront.

En haut les enfants m’attendent. Je lance alors un « bonjour » auquel les enfants répondent « bonjour professeur ». Et oui, je le sais comme eux, notre passage ici est éclair, alors on évite « mademoiselle » ou « monsieur », cela change trop souvent… Les volontaires ne sont que de petits semeurs dans cette école, semeurs de joie, de tendresse, mais surtout de connaissances.

Notre objectif ? Sortir ces enfants de cette misère. Mais comment y parvenir avec nos petits moyens ?

L’apprentissage des langues est ici un ascenseur social. En parlant l’arabe, l’anglais et le français, chaque enfant pourra trouver plus facilement un travail ou du moins suivre des cours qui sont souvent en Égypte dispensés en anglais.

Alors, selon nos moyens et notre vision pédagogique, nous essayons de transmettre ce qu’autrefois nous avons appris. Commence alors le véritable métier de professeur. Nous devons nous adapter ! Dans cette école de soutien, chaque élève a son niveau. Alors indépendamment des facilités de certains et pour donner une chance à chacun, nous reprenons tout depuis le début.

- Savez- vous ce que sont les voyelles ?

- Ce sont ces petites lettres féminines qui font chanter les autres que l’on nomme consonnes !

Je trouve dans cette école le désir et le plaisir d’enseigner en jouant, en mettant dans la vie de ces enfants un peu de poésie. Apprendre en s’amusant, voilà le maître mot de ma méthode et celle que j’essaye, avec mes amis volontaires, de faire perdurer. L’école ne doit pas rimer avec labeur et difficulté ! Ce travail, cette dureté de la vie, ils la côtoient déjà le reste du temps qu’ils passent en dehors de chez eux dans les rues, à travailler jusqu’à tard le soir pour certains.

sos chretiens orient egypte enfant ecole ezbet el nakhl caireL’apprentissage doit être appréhendé comme une découverte qui, en plus d’être amusante, est essentielle pour s’en sortir ! Quel plaisir de voir, après l’acquisition de chacune des lettres de l’alphabet, la fierté dans leur regard ! Mais quel labeur avant que chaque lettre soit pour de bon acquise … Je crois que j’ai eu l’immense chance d’avoir une maman qui, bien que loin de moi actuellement, m’a inspiré dans ce nouveau métier de professeur. J’étais bien loin de m’imaginer qu’un jour mon année de CP passée chez moi à la maison allait me servir, vingt ans plus tard, pour apprendre à lire et écrire à mon tour à des enfants chiffonniers du Caire. Providence ? C’est exactement à ces instants que nous comprenons les desseins que Dieu fait pour nous de toute éternité, nous n’avons qu’à Le suivre et marcher dans ses pas.

C’est donc la méthode Montessori un peu revisitée que j’ai voulu inculquer à mes petits élèves, me souvenant que celle-ci avait été d’une grande aide pour moi plus jeune. Mais la méthode ne suffit pas dans un monde où les enfants vont et viennent. Nous avons besoin de rigueur et de régularité dans l’enseignement. C’est pour cette raison que le premier quart d’heure de notre cours est réservé aux révisons, car certains enfants viennent pour la première fois et tentent de se raccrocher courageusement à la locomotive qui avance lentement mais sûrement.

Je trace les voyelles sur le tableau et les pointe une à une en demandant aux enfants de les deviner. Commence un joyeux cafouillage. La prononciation n’est pas toujours exacte et sonne aux oreilles comme un mélange de « franglais ». Le « e » devient alors « i » Notre traducteur intervient alors avec patience et répète une fois encore que bien que les lettres s’écrivent de façon semblable, chacune d’elle se prononce différemment dans les deux langues.

sos chretiens orient egypte enfant chiffonnier ecole ezbet el nakhlJ’admire réellement ces enfants auxquels nous tentons d'enseigner à la fois l’arabe, l’anglais et le français. Tous ont bien compris que c’était pour leur bien et lorsque Miss Marlène passe dans chaque classe et leur demande qui aimerait bien parler le français comme Shady notre traducteur, ou encore les volontaires, tous répondent dans un même élan : « ana » « moi » !

Nous reprenons alors de plus belle. Un enfant vient au tableau me montre la lettre que j’ai tracé en majuscule et minuscule, la réécrit se retourne vers ses camarades la prononce à haute voix en faisant le geste qui correspond. Puis, soigneusement, il entoure la lettre avec une craie de couleur particulière tout en répétant la phrase écrite sur le grand tableau noir.

Ainsi en plus de l’alphabet, la lecture et l’écriture, ils apprennent les couleurs et des mots de vocabulaire. Des cahiers au nom de chacun viennent compléter les affaires de nos petits écoliers, qui, bien appliqués, s’efforcent de suivre les pointillés pour faire un beau « a », « u »…

Et chaque matin se répète le même spectacle des enfants avides d’apprendre, assis le long des murs, concentrés parfois dissipés, mais toujours à vous dévorer des yeux et à vous lancer ici un clin d’œil malin, là un large sourire, de temps en temps un câlin, un bisou discret.

Nous sommes pour eux ces petites lumières qui éclairent leur chemin, ils sont pour nous des images marquantes, des « malaika » petits anges des bidonvilles.

Sachez que chaque jour de nouveaux enfants rejoignent les bans de l’école et que Miss Marlène a le grand projet d’ouvrir d’autres classes. Je compte donc sur votre générosité. Et si l'argent vous manque, dites vous que vous pouvez donner ici un peu de votre temps aux plus démunis. Croyez-moi : non rien de rien, vous ne regretterez rien !

Claire, volontaire en Egypte.