Si je devais résumer cette mission en quelques mots, je parlerais avant tout de la foi. La foi de ces chrétiens, souvent oubliés du monde occidental, vivant parfois dans une misère innommable que je n’aurais jamais imaginée depuis mon quotidien parisien.
Leur Foi n’est pas cachée, ici, être chrétien n’est pas une honte, c’est un combat et une espérance. Je suis partie avec le désir de tout donner, et j’ai vécu pleinement cette joie que l’on a dans la mission.
Je suis partie avec le désir de donner de mon temps et de mon énergie. J’ai découvert bien davantage. Chaque journée était une invitation à me donner pleinement, à travers un sourire, une écoute, une présence ou un simple regard. Peu à peu, j’ai compris que la mission ne consiste pas à accomplir des choses extraordinaires, mais à mettre de l’extraordinaire dans les gestes les plus ordinaires.
Entre douceur et fermeté, ces six mois ont été pour moi l’occasion de découvrir une véritable joie dans l’enseignement. Je garderai particulièrement en mémoire ce jour où l’un de mes élèves a été appelé au tableau pour écrire son prénom en français. Il s’appelait Giovanni. Lettre après lettre, guidé par mes indications, il a tracé son prénom avec application. Une fois terminé, il s’est retourné vers moi, les yeux brillants, et m’a demandé : « Ismi ? », ce qui signifie : « C’est mon prénom ? », en désignant les lettres inscrites au tableau. Lorsque je lui ai répondu que oui, un immense sourire a illuminé son visage. Il s’est jeté dans mes bras avant de regagner sa place en courant pour recopier fièrement son prénom sur sa feuille. La joie et la fierté de cet enfant qui venait d’apprendre à écrire son prénom en français furent, pour moi, le plus beau cadeau qu’il pouvait me faire.
Je réalise, dans ce vaste bidonville, que ma présence n’est pas utile au sens où elle ne transformera pas radicalement la vie de ces enfants et de leurs familles, du moins pas de manière visible ou mesurable. Ce qui m’est demandé est finalement beaucoup plus simple et beaucoup plus exigeant à la fois : être là, avec le sourire, disponible, prête à donner de mon temps et de mon attention.
La mission est une véritable école d’humilité. C’est ici que j’ai compris ce que signifiait réellement « tout donner » sans rien attendre en retour. Chaque jour, nous descendions les quelques étages de notre immeuble pour retrouver les personnes handicapées qui y résident. Les premières fois, je l’avoue, j’étais bouleversée. La rudesse de leurs conditions de vie, leur vulnérabilité et leur isolement me désarmaient.
Et pourtant, ce sont peut-être les personnes auxquelles je me suis le plus attachée. Sans doute parce qu’elles avaient plus que d’autres besoin qu’un regard se pose sur elles, qu’une présence vienne rompre, ne serait-ce qu’un instant, leur solitude.
Au fil des semaines, des liens se sont créés. L’une des jeunes femmes malvoyantes, dès qu’elle nous entendait arriver, m’appelait de toutes ses forces : « Zouzou ! Zouzou ! », avant de me faire signe de venir m’asseoir à côté d’elle. Un autre enfant rampait jusqu’à moi puis venait poser sa tête sur mon genou avec une confiance désarmante.