Revue de presse

Auprès des réfugiés irakiens avec SOS Chrétiens d'Orient

L'homme nouveau

06 juin 2015


Le programme du séjour est dense : visite des camps et des familles isolées ; inauguration de la première école de réfugiés d’Erbil ; visite de familles logées par différents prêtres à Souleymanieh, deuxième ville du Kurdistan irakien ; rendez-vous du chef de mission avec des acteurs économiques et politiques locaux ; activités avec les jeunes des camps.


Depuis la nuit ténébreuse du 6 au 7 août 2014 lors de laquelle les habitants des villages de la plaine de Ninive ont fui l’EI, Erbil accueille 12 000 familles, soit 60 000 réfugiés. La moitié est logée dans des camps où les ONG les prennent entièrement en charge. L’autre moitié, définie comme « familles isolées », évite la déshumanisation des camps. Mais celles-ci peinent à payer leur loyer et souffrent du peu d’aide apportée par les structures humanitaires. Contrairement à ce que l’on croit souvent, les déplacés ne manquent pas de nourriture. Ils ont surtout besoin d’un soutien moral. Selon « Médecins sans Frontières », 70 % d’entre eux seraient atteints de troubles psychologiques liés au déplacement. S’ajoutent une incertitude du futur et la perte des repères familiaux. Le mari ne travaille plus, l’argent provient des ONG. Beaucoup de jeunes femmes se prostituent, non pour manger mais pour s’acheter le dernier iphone. Les parents n’éduquent plus leurs enfants, la violence entre tous est devenue un fléau.


Le constat global attriste. Ils ne sont apparemment pas si héroïques, ces chrétiens persécutés par l’EI. Pourtant, explique François-Xavier, « lorsque l’EI a envahi la plaine de Ninive, une dizaine de familles sont restées quelque temps à Karakoch et ont vécu avec Daesh.


Les islamistes leur ont mis la lame sous la gorge et lancé : “Tu te convertis ou je tue toute ta famille devant toi !”. Les types, plutôt craintifs – ils n’ont pas défendu leur village – ont répondu en regardant leur famille droit dans les yeux : “Tuez ma famille, jamais nous ne nous convertirons. Nous sommes à 50 m du cimetière où sont enterrés mes parents, à 100 m de mon église. Je suis chrétien. Il est hors de question que je me convertisse” ». Être chrétien relève de leur foi, mais constitue également leur identité culturelle profonde.


Créer des écoles


Pour pallier la déstructuration résultant de leur exil, une fois les urgences gérées, « SOS Chrétiens d’Orient » s’est assignée pour priorité la création d’écoles. Le 20 décembre 2014, l’association était la première organisation au monde, plusieurs mois avant les autres, à inaugurer une école de réfugiés au Kurdistan irakien, à Mangesh. À Erbil, le 25 avril dernier, l’association inaugurait une nouvelle école permettant de scolariser 600 enfants, en présence notamment de Mgr Petros Mushé, archevêque syriaque catholique de Mossoul en exil, du consul général de France à Erbil, et des hautes autorités kurde et irakienne en matière d’éducation. L’association semble partout chez elle. Il faut dire que depuis l’été dernier, et avant même l’installation de sa mission permanente, elle a réalisé des prouesses. Là où les grosses ONG mettent des semaines à réaliser des projets, « SOS Chrétiens d’Orient » a gagné par sa débrouillardise et son efficacité les galons d’acteur irremplaçable du Kurdistan irakien en faveur des réfugiés.


Elle a installé en 24 h un système d’eau potable pour un camp de 1 500 réfugiés en pénurie depuis trois semaines ; instauré en 48 h un « SOS cafés » permettant de réduire les tensions sociales dans les camps ; ou encore permis aux familles isolées, non prises en charge par les ONG, d’affronter les frimas de l’hiver. « Avec un budget mensuel de 30 000 $ et seulement 10 % de frais de fonctionnement, SOS fait ce que les autres ne font pas », explique François- Xavier. « En plus de l’aide d’urgence et des apports en médicaments, nous avons organisé les “SOS cafés” pour les hommes, les tournois de backgammon pour les anciens, de football pour les adolescents, de la couture pour les femmes, et tout type d’activité avec les enfants. ». Ils sont l’une des seules organisations au monde à s’être rendue à Bagdad, en février dernier, pour aider les chrétiens sur place.


« Partout où les chrétiens sont persécutés, nous serons présents », répètent-ils à l’envi.


L’avant-dernier jour, l’équipe part déposer des médicaments à Al Qosh, seul village du secteur qui ait résisté à Daesh. À moins de 15 km se tiennent les troupes de l’EI. Au cours d’un long entretien avec l’évêque, Mgr Mikha, les volontaires apprennent qu’une pénurie d’essence frappe tout le Kurdistan. Impossible de se rendre à Mangesh : ils ne pourraient pas rentrer, et il est hors de question de risquer la panne sur une route. Avant de repartir pour Erbil, ils visitent le monastère de Rabban Hormizd, haut lieu assyro-chaldéen, perché à flanc de montagne et temporairement déserté. Le terrain alentour est miné. Face aux montagnes dans lesquelles Daech se cache, dans la fraîcheur d’une ancienne cellule d’ermite creusée dans la grotte, le père Argouac’h de Riaumont, volontaire lui aussi, lance pour la conversion de Daech un Christus vincit ! Cela a de l’allure... et un beau fumet d’espérance !


Quel avenir possible ?


Mais reste-t-il des raisons d’espérer ? Pour l’instant l’avenir des chrétiens semble fermé, sur la terre de leurs pères. Une solution serait peut-être de créer, en accord avec l’Irak et la province du Kurdistan, un État des minorités. Rêve ou utopie ? Le parti assyrien démocrate porte ce combat auprès des Nations unies. « Nous pouvons vivre notre foi partout. Mais nous ne pouvons pas vivre notre appartenance assyrienne ou chaldéenne en Europe ou aux États-Unis, explique son président, Khaldo Oghanna. La plaine de Ninive est notre terre. Nous devons la préserver. Notre histoire est là, avant même le christianisme. Notre foi, notre Église s’y trouvent également. C’est pourquoi nous demandons aujourd’hui à la communauté internationale de créer une zone sécurisée. Les Kurdes et les Arabes s’affrontent pour une terre qui n’est pas la leur. C’est la terre des minorités ». La province du Kurdistan semble en effet considérer la reconquête de la plaine de Ninive comme une occasion d’accroître son territoire.


Interrogé à ce sujet, le chef de mission Irak répond : « Je suis très pessimiste sur l’avenir des chrétiens en Irak. Chaque jour des dizaines de familles font la démarche de partir. Ce qui les retient, c’est que les visas ne soient pas acceptés. La solution passe par l’autonomie des minorités. Sans elle il n’y a pas d’avenir en Irak. Cela leur permettrait de vivre en paix chez eux et serait l’amorce d’un espoir incroyable. »


 

Un article de CLaire Bolze pour L'Homme Nouveau