Revue de presse

Face à la terreur islamiste : une chaîne humaine de six mois au Kurdistan irakien

SOS Chrétiens d'Orient

09 avril 2014


La tragédie qui ensanglante le Proche-Orient a conduit des centaines de milliers de personnes à l’exil, parmi lesquelles de très nombreux chrétiens irakiens. Beaucoup ont émigré en Occident. D’autres sont en partance. Certains espèrent encore pouvoir vivre en paix sur la terre de leurs pères. De jeunes Français se sont mis à leur service pour promouvoir la fraternité entre les chrétientés d’Orient et d’Occident. Afin de mieux saisir le drame des minorités irakiennes et le travail humanitaire de l’association, nous avons suivi « SOS Chrétiens d’Orient » sur les traces de ces réfugiés. 


Ils habitaient Bagdad. Une bombe est tombée sur leur maison, touchant le générateur à essence qui produisait l’électricité. L’habitation a pris feu, la mère a été blessée. Ils ont réparé la maison à leurs frais, puis leur propriétaire musulmane a exigé leur départ. Ils habitaient là depuis vingt-cinq ans. « Il n’y avait pas de place ailleurs, et nous aurions dû partir en zone dangereuse, raconte Sam, la voix tremblante d’émotion. Mais un musulman de l’administration a menacé de nous tuer si nous ne disparaissions pas ». Ils sont partis pour la ville voisine, où la vie est dangereuse, les attentats fréquents. Puis ont demandé asile à la France. Pour émigrer, ils ont dû passer par la Jordanie, via la ville irakienne d’Al Anbar. « Là-bas, si les sunnites nous attrapent et lisent sur nos cartes d’identité que nous sommes chrétiens, ils nous tuent ».


Cette histoire est déjà ancienne. Sam est Chaldéen de Bagdad. Il est arrivé en France il y a cinq ans déjà, avec ses parents, ses sœurs et sa cousine, qu’il a épousée. Il a trouvé un travail grâce à un père de famille catholique, et appris le français. Il a deux enfants et ne pense plus partir : « La mentalité des personnes a changé, en Irak. Il faudra au moins cinquante à soixante-dix ans pour qu’elle change à nouveau, pour retrouver une belle vie là-bas. »


La terreur semée par l’État Islamique (EI) ajoute une crise supplémentaire, plus violente que jamais, à la persécution pluriséculaire des chrétiens irakiens. En 1932, 20 % de la population du pays était chrétienne. Ils ne sont plus que 2 % selon l’Œuvre d’Orient, qui évalue à 850 000 le nombre de personnes accueillies au Kurdistan actuellement, parmi lesquelles plus de 150 000 chrétiens.


La plupart d’entre eux désirent quitter l’Irak où, disent-ils, ils ne vivront jamais en paix.
C’est pour secourir ces chrétiens du Proche-Orient, mais également pour les aider, s’il se peut, à demeurer sur la terre de leurs pères, que de jeunes Français se sont levés. L’association « SOS Chrétiens d’Orient » a moins de deux ans et à son actif une impressionnante liste de réalisations. En 2013, sur un coup de tête, plusieurs amis montaient une opération « Noël en Syrie ». « La France veut envoyer des bombes ? On va envoyer des jouets ». « Ils ont rempli un container, sont arrivés en Syrie, et ont fêté Noël là-bas », raconte François- Xavier Gicquel, chef de mission Irak. Depuis, ils agissent au Liban, en Irak, en Syrie et en Jordanie. (cf. l’entretien avec Charles de Meyer p. 15) Les réfugiés irakiens doivent, pour accéder aux pays d’Occident, transiter par le Liban, la Jordanie ou la Turquie. On dit que la durée d’obtention du visa est de deux ans pour le premier de ces pays, cinq ans pour les deux autres. Rien d’étonnant, dès lors, à ce qu’ils soient si nombreux à émigrer au Liban.



Le Liban, étape vers l’Occident


La mission « L’Orient avec sainte Rafqa », composée de Charles de Meyer, président de « SOS Chrétiens d’Orient », Hélène Bertrand, déléguée générale et Camille Vauthier, attachée de presse, commence donc au Liban où elle est accueillie, le 20 avril, par Élisa Bureau, chef de mission, dont le dévouement et la capacité à tisser un réseau font merveille.


Immersion immédiate le lendemain matin. L’équipe prend la route de la vallée de la Bekaa. Sa population compte plus de 25 % de réfugiés syriens. Vers 6 heures du matin, des véhicules passent les prendre pour la journée. En fin d’après-midi, sur le bord de la route, des grappes d’hommes de 20 à 40 ans, possibles ouvriers de la dernière heure, attendent toujours d’être recrutés.


La route de droite mène à Damas. Il fallait une heure pour s’y rendre depuis Beyrouth. Avec tous les check points, il en faut maintenant trois. Tous les grands axes sont tenus par l’armée libanaise ou le Hezbollah. Les petites routes font les délices de l’EI. Le véhicule emprunte, à gauche, la route qui part de Al-Ain vers Jabouleh. Elle est prisée des islamistes qui y convoient des voitures piégées. Personne ne sait où se cachent les membres de l’EI. Ils se dissimulent partout. L’équipe arrive à l’école Notre-Dame de Jabouleh. Face à elle, le mont Liban. Dans son dos, la Syrie. Sur sa droite, derrière une statue de la Vierge du Liban à la douce physionomie, l’arrogant village sunnite d’Ersal, autour duquel, en août 2014, se sont déroulés les combats entre l’armée libanaise et Daech. Des membres de l’EI s’y cachent encore. La population est cruellement divisée, personne ne fait confiance à personne.


L’école est tenue par des religieuses melkites, la congrégation Notre-Dame du Bon Service. On dit que sœur Jocelyne, sa directrice, dort avec une kalachnikov sous son oreiller.


L’entrevue entre sœur Jocelyne, sœur Pascale la mère supérieure, et l’association prend très vite un tour pragmatique. Elles établissent les besoins en enseignants et décident la mise en place d’une colonie de vacances cet été. En plus des Libanais, l’école accueille des réfugiés syriens. La grosse difficulté réside dans la nécessité de trouver les fonds nécessaires à la scolarisation de 550 enfants de 3 à 15 ans. L’équipe passe la suite de l’après-midi avec les adolescents de l’école, entre discussions, échanges et jeux de ballon.


Auprès des réfugiés


Les journées verront se succéder les visites. Avec les services sociaux de l’archevêché grec-catholique de Zahle, l’association programme les prochaines missions au profit des réfugiés syriens. Le groupe est accueilli avec chaleur et simplicité par l’évêque, Mgr Issam John Darwich. À Batroun, après s’être recueillie sur les reliques de sainte Rafqa, l’association rencontre les religieuses maronites du monastère Saint-Joseph, où vécut la grande sainte libanaise. Elle apporte également des fournitures scolaires aux sœurs melkites de Notre- Dame des Apôtres, qui tiennent une école. Elle visite, surtout, de nombreuses familles auxquelles sont distribués des sacs de nourriture, et note leurs besoins.


L’histoire est souvent la même. Un petit appartement loué au prix fort à des Libanais pour loger la famille élargie, le travail de plusieurs membres permettant à grand-peine de payer le loyer. Une aide reçue pour se nourrir, mais l’impossibilité de payer les médicaments nécessaires. Le nombre de personnes handicapées que ces familles ont à charge surprend. Conséquence de la guerre ou méfaits de la consanguinité ? La langue est également un problème pour suivre des cours ou trouver du travail, certains réfugiés ne parlant que l’araméen.


Toutes ces familles souhaitent migrer en Europe ou aux États-Unis. Elles pensent à leur avenir. À celui de leurs enfants. À leur arrivée d’Irak, elles obtiennent un visa de tourisme de deux ou trois mois, puis se trouvent en situation irrégulière et n’osent plus sortir de peur d’être emprisonnées. Beaucoup d’enfants ne sont pas scolarisés. Les familles se pensent en transit, l’école coûte cher... et les enfants peuvent rapporter un peu d’argent. On voit de plus en plus de bambins de 10 ans travailler dans des magasins de chaussures ou de narguilés pour 2,50 € par jour.


Un colonel libanais à la retraite, très investi auprès de ces familles réfugiées, confie : « Cela me touche beaucoup de voir les jeunes de “SOS Chrétiens d’Orient” venir aider comme ils le font, en Irak et au Liban, alors que tant de nos jeunes quittent le pays et n’ont pas ce souci. »


Le séjour est marqué par une rencontre exceptionnelle. L’équipe passe près de trois heures avec Jocelyne Khoueiry, figure de la résistance chrétienne au Liban depuis 1975. Elle racontera la guerre, sa conversion, sa lutte pour la survie du Liban chrétien, et son engagement actuel au Centre Jean-Paul II au service de la vie et de la famille. Elle félicitera chaleureusement « SOS Chrétiens d’Orient » pour son action.


Puis sonne l’heure du départ pour Erbil. Le fixeur (guide) de l’association cueille l’équipe à la sortie de l’aéroport et les dépose devant une maison dont l’accès est protégé pour empêcher le stationnement d’un véhicule piégé. C’est là que s’est installée la mission permanente le 9 septembre dernier. Les procédures de sécurité sont rigoureusement mises en place, mais la brochette de sourires qui accueille les arrivants en efface le poids. Dans cette maison règne une ambiance de franchise, de joie, de grande vitalité. Le travail auprès des réfugiés a tissé entre ces jeunes de véritables liens d’estime et d’amitié. Ils font montre d’une étonnante capacité à besogner jusqu’à des heures indues dans une ambiance festive.


Faisant suite à leur mission de Noël en Syrie en 2013, les équipes de SOS Chrétiens d’Orient se sont rendues en Irak afin de fêter Pâques auprès des déplacés chrétiens de la plaine de Ninive. Ces villages chrétiens accueillant depuis plusieurs mois les réfugiés ayant fuis Mossoul, la situation devenait de plus en plus tendue. Les volontaires de l’association ont immédiatement décidé d’apporter leur aide à ces communautés éprouvées par dix années de persécution. Dix années qui ont déjà amené près d’un million de chrétiens à quitter le pays.


 Apprenant la prise de Qaraqosh et des villages avoisinants début août, les bénévoles de l’association se sont à nouveau envolés pour l’Irak afin d’y établir une mission permanente. Dans les jours qui ont suivi, deux cabines médicalisées ont été établies à Ankawa et Mangesh afin d’apporter des soins d’urgences à plus de 13 000 familles qui ont tant enduré à cause de l’exode. Depuis lors, les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient sont présents, sans discontinuer auprès de ces réfugiés afin de leur permettre de survivre et d’être présents lorsqu’ils pourront, un jour, retourner dans leurs villages.


Dans ce cadre, l’association intervient sur trois grands pôles. Tout d’abord, une réponse d’urgence, afin d’apporter quotidiennement aux réfugiés le minimum vital -nourriture, gaz, vêtements…- ainsi que d’organiser des activités collectives pour rétablir un lien social souvent fragilisé - tournois sportifs, activités culturelles… Face à l’évolution constante des moyens d’accueil des réfugiés, SOS Chrétiens d’Orient établit également des projets structurels. Ces derniers visent à permettre au niveau collectif de répondre aux besoins à moyen-terme : systèmes de distribution d’eau potable, isolation des logements occupés pour l’hiver, retour à l’autonomie alimentaire - poulaillers, potagers, fours à pain… Enfin, l’objectif premier de SOS Chrétiens d’Orient étant de permettre aux chrétiens de pouvoir imaginer un avenir sur leurs terres, l’association se mobilise au sein de projets communautaires afin de mettre à la disposition des irakiens les moyens pour continuer à vivre par eux-mêmes : construction d’écoles, de cliniques, d’espaces culturels.

C’est justement parce que le but de l’association est de se projeter au-delà de la nécessaire réponse humanitaire, que les volontaires ont à cœur de témoigner chaque jour des liens historiques existant entre la France et les chrétiens d’Orient. Ces liens sont trop souvent mis à mal par une politique française désastreuse dans la région. C’est pourquoi, SOS Chrétiens d’Orient a envoyé 47 volontaires en mission en 2014, en Irak bien sûr, mais également en Syrie et au Liban. En 2015, de nombreux projets attendent les équipes de l’association qui comptent sur le soutien des français afin de poursuivre et développer ses programmes auprès de nos frères chrétiens, persécutés pour leur Foi