Actualités

Reconsécration de la Cathédrale Arménienne Apostolique des quarante martyrs à Alep.

FR - 04/04/2019

A Alep, la Cathédrale Arménienne Apostolique des 40 martyrs à été reconsacrée samedi, en présence du Catholicos de la Grande Maison de Cilicie, Aram Ier Kechichian.

Bâtie entre 1499 et 1500 sur les fondations d’une chapelle arménienne du VIe siècle, elle est une des plus anciennes églises de la communauté Arménienne d’Alep. Vers 1400, Tamerlan ravage la ville et les habitants se réfugient dans les campagnes. Ils s’aperçoivent à leur retour que tout est détruit, et s’installent hors les murs, au Nord-Ouest, dans ce qui devient alors le quartier de Jdeydeh. Bien qu’ils n’aient pas habité cet endroit avant le début du XVème siècle, les habitants y trouvent les restes de plusieurs dizaines d’églises plus anciennes. C’est à partir d’une vieille chapelle arménienne située près de la porte Yasmine qu’ils bâtissent la première cathédrale des quarante martyrs.

A mesure que la communauté arménienne devient plus importante et que le nombre de pèlerins pour Jérusalem augmente, elle bénéficie de restaurations, une prélature est construite au XVIIème et des bâtiments sont érigés autour pour l’accueil des pèlerins. La cathédrale est proche voisine de l’Archevêché Grec Melkite Catholique et de trois autres églises : l’église Maronite Saint Élie, l’église Arménienne de la Sainte-Mère-de-Dieu, et l’église Grecque Orthodoxe de la Dormition.

Cette cathédrale est dédiée aux martyrs de Sébaste, quarante soldats chrétiens de Métilène en Arménie romaine, arrêtés pour leur foi en Mars 320 et torturés, sommés de renier : ils furent laissés nus un soir sur un étang gelé, les gardes offrant des bains chauds à ceux qui se décideraient à renier. L’un des quarante accepta, mais sa récompense le tua : il ne survécut pas à la différence entre la température de son bain chaud et celle du lac gelé où il se trouvait juste avant. Saisi par la force de la foi des autres, un des gardes se convertit et alla prendre la place du renégat sur le lac, maintenant leur nombre à quarante, et dans la nuit ils moururent tous.  Leur mort en martyrs fit d’eux des saints, commémorés le 9 mars.

La cathédrale subit des premiers dommages lors du séisme de 1822, et fut restaurée en 1869. En 2015 elle est à nouveau partiellement détruite lors de la bataille d’Alep. Les chantiers de reconstruction et restauration commencent au début de l’année 2017, dès la fin des combats à l’intérieur de la ville, et s’achèvent aujourd’hui après deux ans de travail.

Le samedi 30 mars, les tambours des scouts retentissent dans les petites rues de la vieille ville, les paroissiens des communautés arméniennes affluent de toute la ville et convergent vers la place Farhat, avant de continuer jusqu’aux quarante martyrs sous une pluie un peu plus clémente que les jours précédents, mais qui fait délicatement briller les pavés sombres de la place.

Pressés par la pluie et par la hâte de découvrir cette église à la splendeur renouvelée, les paroissiens affluent aux portes de l’église. Le bâtiment est splendide, on peut voir enfin sur le côté gauche de la nef le tableau du jugement dernier dont on a tant entendu parler. Des icônes sobres sont accrochées aux colonnes centrales, sous des lustres majestueux. L’église entière chuchote, les fidèles guettent les portes avec impatience, attendant l’entrée du Catholicos, venu du Liban pour la cérémonie. Quelques notes s’échappent de la tribune dans un bruissement de partitions, ultime préparation. Le bruit des fanfares scoutes se fait plus proche, les photographes s’agitent, et la porte s’ouvre enfin sur la procession d’entrée.  Des servants en rouge et or encensent, d’autres font tinter les flabellum liturgiques, et la chorale entonne. Sa sainteté Aram Ier Kechichian bénit la foule et procède à la consécration de l’église, avec Monseigneur Chahane Sarkissian, traçant avec l’huile sainte des croix sur les colonnes de l’église, avant de s’adresser à l’assemblée :

A la fin de la cérémonie la foule s’arrête par petits groupes aux portes, allumer un cierge devant les icônes et prier un instant.

C’est sous la même pluie fine que les fidèles se rejoignent au cœur du quartier de Jdeydeh le lendemain matin, encore plus nombreux que la veille. Les autres églises de la communauté sont fermées pour l’occasion, tous les fidèles étant invités à la célébration de la première messe dans l’église tout juste reconsacrée. La chorale fait à nouveau des merveilles, agrémentée par deux solistes. Un mot du Liban est lu à l’assemblée, et la messe est suivie par une distribution de pain béni, la communion n’étant pas donnée en ce temps de Carême.

Ce fut une période riche en symboles et célébrations pour la communauté Arménienne d’Alep dont la Cathédrale se relève une nouvelle fois, juste avant la fête de Pâques et la commémoration le 25 avril prochain du génocide Arménien. Et dans les ruelles du quartier de Jdeydeh les fidèles se dispersent, passant entre les églises voisines dont la reconstruction avance aussi chaque jour un peu plus, signe de vie et d’espérance.