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Mais il y a eu la guerre en Syrie

News - 31/03/2019

Je m'appele Khalil mais tout le monde m'appelle Estaz Khalil. En arabe, "Estaz" signifie professeur.

Avant la guerre, la Syrie, pour nous, c'était le Paradis ! Nous vivions très bien. Nous avions une vie normale. Nous travaillions.

Avant la guerre, notre vie était calme et tranquille. Nous allions souvent dans la Ghouta, considérée comme les jardins de Damas. Comme tant d'autres de Damascènes, nous nous y promenions, l'esprit en paix... Nous déjeunions et nous y passions toute la journée du vendredi avant de rentrer le soir à Damas pour reprendre notre travail le lendemain.

Avant la guerre, j'enseignais le Français aux Syriens et l'Arabe syro-libannais aux étrangers présents dans notre pays.

Avant la guerre, le tourisme était fleurissant, l'économie était en plein développement. Alors, il y avait beaucoup d'étrangers et donc beaucoup de travail.

Avant la guerre, ma fille s'est mariée et elle a eut deux enfants. Mon fils, lui, était pianiste à l'Opéra de Damas : il faisait donc des tournées dans les autres pays...

Avant la guerre, nous vivions calmement et tranquillement...


Mais il y a eu la guerre. Notre vie dans la plus ancienne ville habitée au monde a été complètement bouleversée. A partir de mars 2011, les protestations ont commencées au Sud de la Syrie. Et, les terroristes sont venus. Ils ont commencé à détruire la vie en Syrie : les bâtiments, les maisons, les systèmes de production d'eau et d'électricité. Le tourisme s'est effondré, les étrangers sont rentrés au pays et les Syriens ont arrêté d'apprendre la langue française. Rapidement, je n'ai plus eu de travail. Les conditions de vie sont devenues très dures : les prix ont augmenté. Le mazout, le gaz, le gazole, l'électricité sont devenus de plus en plus rares et de plus en plus cher. Survivre n'était pas quelque chose d'évident.

Avant la guerre, nous avions une vie chrétienne normale dans nos églises. Pendant la guerre, toutes nos activités religieuses ont diminuées, non pas parce que nous voulions moins prier mais à cause des bombardements, qui ont visé notre quartiers et nos bâtiments. Nous avons cessé de nous rendre dans nos églises. Le dimanche, nous sortions, nous assistions à la messe et nous rentrions vite car nous avions peur des obus qui visaient Damas.

En 2016, alors que je marchais dans le quartier de Bab Touma, j'ai entendu un groupe de personnes parler français. Je me suis approché car c'était la première fois que j'entendais cette langue depuis le début de la guerre. J'ai fait la connaissance d'Alexandre, le chef de mission Syrie pour SOS Chrétiens d'Orient. Il m'a promis de m'aider. Et depuis ce jour, j'enseigne l'Arabe à tous les volontaires qui passent par l'antenne de Damas. Grâce à l'association et à ses donateurs, j'ai retrouvé du travail, j'ai pu améliorer ma vie familiale.

Malheureusement, la guerre n'était encore finie. En 2017, je suis passé à proximité d'une explosion. J'ai reçu des éclats d'obus dans la jambe et dans la tête. Aujourd'hui, j'ai encore des séquelles et je me déplace avec beaucoup de difficultés. Alors que j'étais encore à l'hôpital, un obus est tombé sur ma maison et en a détruit la moitié. Ma femme présente à ce moment-là, n'a pas été blessée. Cependant, la maison n'était plus utilisable. Nous sommes donc allés vivre chez des amis pendant six mois. SOS Chrétiens d'Orient et ses donateurs m'ont à nouveau aider et ont financé les réparations.

L'année dernière, la violence a encore augmenté d'un cran. Depuis la Ghouta, les djihadistes envoyaient des missiles grad, des roquettes et des obus sur le quartier de la Vieille Ville en visant particulièrement la partie chrétienne. Chaque jour apportait son lot de morts, tous nous avons perdu quelqu'un de proche, quelqu'un que nous aimions... Les maisons, les églises, les commerces, les djihadistes visaient tout sans faire de distinction.

Aujourd'hui, même si à Damas, il n'y a plus de violences, la vie reste très dure. Je suis obligé de travailler pour vivre malgré mes 69 ans.
A partir de la moitié de 2018, nous avons commencé à reprendre notre vie d'avant-guerre. Ce n'est pas quelque chose qui est facile à expliquer mais c'est dur ! Le coût de la vie et des dépenses de la famille ont augmenté alors que les revenus sont restés les mêmes.

Reconstruire le futur ? Ca viendra. Nous avons besoin de temps. Si les terroristes détruisent un immeuble de cinq étages en une demi-heure, un ouvrier syrien le reconstruit en plusieurs années. Et bien, la vie en Syrie maintenant est comme cest immmeuble. Il nous faut du temps pour reprendre une vie normale.

Reverrai-je la Syrie que j'ai connu avant la guerre ? Non, je ne pense pas... J'espère que mes enfants eux la verront.