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« Emy, j’aimerais voir les avions voler, ils sont libres eux ! »

News - 10/08/2021

L'orphelinat des garçons d'Abbaseya se situe au coeur du Caire. Depuis deux ans maintenant, les volontaires présents à Héliopolis interviennent dans cet orphelinat à raison de 2 à 3 heures par semaine. Cet établissement, géré par soeur Marianne, compte une vingtaine de garçons ayant entre 4 et 14 ans. Notre intervention auprès de ces jeunes consiste en des donations ponctuelles de fournitures ou de vêtements lors des grandes fêtes et des cours de français de manière hebdomadaire.


 

sos chretiens orient égypte activité foot abbaseya 21« Tamantoshor, tessatoshor, ashrin !  Tous les enfants sont là, on peut y aller. Yalla ! ». C’est sur ces mots de notre interprète George que les portes du petit bus transportant les 20 orphelins d’Abbaseya se ferment. Objectif du jour : atteindre le terrain de foot de Nasr City pour une après-midi en plein air.  Cela fait 1 mois, oui, 1 mois que ces enfants ne sont pas sortis de leur petit appartement, n’ont pas vu la lumière naturelle du jour, n’ont pas senti l’air tiède du Caire et les rayons brûlants du soleil sur leur visage.  C’est donc avec beaucoup d’excitation et de joie que chacun d’entre eux enfile une chasuble orange, notre signe distinctif pour la journée, et s’attache à sa place.  Sur le chemin, les chameaux dans les rues attendant l’Aïd et les voitures hors d’âge suscitent l’admiration des garçons qui s’exclament sous le regard amusé et bienveillant de la dizaine de volontaires que nous sommes.  Cette sortie, nous l’attendions tout autant que les enfants, et moi tout particulièrement.sos chretiens orient égypte activité foot abbaseya 20

En effet, responsable des activités liées à l’orphelinat depuis mon arrivée au Caire, je suis immédiatement tombée sous le charme de cette institution pourtant redoutée de la majeure partie des volontaires. Je m’en souviens comme si c’était hier. Prévenue seulement quelques heures en amont par un responsable que j’allais m’occuper de cette activité, c’est sous les « Bon courage » et « Reviens-nous en vie » que les autres volontaires m’avaient laissé partir sous le soleil chaud d’un samedi après-midi. Pendant le trajet, mon cœur balançait entre excitation et appréhension face à ce qui me semblait être alors un nouveau défi. Après 20 minutes de trajet à travers les rues étroites et encombrées du quartier d’Abbaseya, c’est en arrivant devant la grande grille de fer forgé de l’orphelinat et en entendant les rires qui émanaient du fond du couloir que mes doutes se sont dissipés. Ayant fait retentir la sonnerie chantante de l’appartement, j’attendais patiemment que la soeur en charge de l’établissement vienne m’ouvrir. Depuis le paillasson je pouvais déjà apercevoir quelques garçons de 5 ou 6 ans qui me regardaient curieusement et malicieusement depuis le grand canapé du salon. Au bout de quelques instants la soeur apparut. C'est soeur Marianne, flanquée d’un jeune garçon, fin, aux yeux noirs presque mélancoliques, à la peau d’ébène et au sourire doux et paisible. Sans le savoir, je venais de rencontrer un des enfants, si ce n’est l’enfant qui bousculerait le plus le cours de ma mission par sa malice, sa douceur et sa joie de vivre. Son nom : Moheb. C’est donc sous les regards interrogateurs de ceux qui allaient devenir mes petits protégés que j’ai pénétré dans ce petit appartement exigu dans lequel une vingtaine de garçons âgés de 4 à 13 ans cohabitent. L’activité a ensuite commencé et une instantanée complicité est née. Elle est née des sourires d'abord, puis de nos fous-rires qui malgré la barrière de la langue auront ponctué notre après-midi et s’est renforcée à grand coup de « facteur n’est pas passé » et de « macarena ». Bien que le temps m’ait semblé s’être arrêté, mon traducteur me rappela à la réalité au bout de 2h 30, car il était temps de rentrer. En quittant l’appartement après un dernier au revoir de loin à Moheb et avant de monter dans le Uber, j’étais animée d’une certitude : il faut faire sortir ces enfants qui sont en train de perdre leurs plus belles années sous la lueur blafarde du néon de leur salon.sos chretiens orient égypte activité foot abbaseya 3

De cette certitude a germé une idée qui n'a cessé de me tourmenter et qui s’est transformée en projet, puis en réalité. Aujourd'hui nous y sommes, nous emmenons les garçons disputer une fantastique partie de football dans le centre-ville. Là où certains de mes camarades ont vu de l’inconscience ou de la folie de vouloir faire sortir ce qu’ils pensaient être des petits monstres, j'ai vu un objectif essentiel. Ce qui m'a portée pendant tout le processus d’organisation fut le sourire des garçons et la petite voix de Moheb qui m’avait chuchoté à l’oreille quelques jours plus tôt « Emy, j’aimerais voir les avions voler, ils sont libres eux !». Ainsi, animée par ces petits visages et après avoir évité tous les cahots de l’organisation « made in Egypt », nous voilà donc enfin dans ce mini bus, en partance pour la partie de foot du siècle ! Le conducteur nous confie être très touché par ce que nous faisons pour ces enfants, il nous laisse chanter à tue-tête dans son véhicule, trop heureux de voir les larges sourires de chacun.sos chretiens orient égypte activité foot abbaseya 8

Arrivés dans l’enceinte du parc où se trouve le terrain, c’est l’euphorie. Malgré la chaleur, la verdure, l’espace et l'odeur de la liberté font monter l’excitation chez les garçons qui ne se défont plus de leurs grands sourires. Tous impatients, nous traversons le parc jusqu'au terrain que nous avons réservé en échange de quelques sous. Une fois le terrain investi, c’est le début d’une impressionnante partie d’une heure et demi, qui opposera les volontaires à la vingtaine d'enfants surexcités et qui se soldera par la victoire de ces derniers. Après une pause de réhydratation bien méritée, la journée se poursuit par un goûter, puis, toujours dans la joie et la bonne humeur, se trouve rythmée par des parties d'épervier puis une bataille d’eau lancée par les volontaires. Chacun y va de sa plaisanterie, ajoute un peu de folie à cet après-midi, nous sommes heureux, tout simplement. Le temps passe trop vite, mais nous ne le voyons pas encore, pris dans l'action. À coup sûr, nous garderons des souvenirs impérissables de cette journée. Une bulle de joie, de bienveillance, de complicité et d’amour s’est formée sur le terrain, liant inexplicablement bénévoles et orphelins.

sos chretiens orient égypte activité foot abbaseya 10La bulle éclate, le muezzin d’à côté appelle à la prière. Ce son nous rappelle l'heure et sonne pour nous la fin de cette journée merveilleuse. Le départ est plus ou moins douloureux pour les enfants qui, enchantés de leur journée ne souhaitent pas y ajouter le mot « fin ». Malgré cette déception du départ, tous, volontaires comme orphelins quittons le parc avec le souvenir éternel d’une journée passée sous le signe du partage et de l’amour, les deux raisons de mon départ en mission. Ces belles sensations se démultiplient en moi quand, avant de monter dans le car, Moheb m'attrape la main et me dit avec des étoiles dans les yeux « Merci Emy, aujourd’hui j’ai vu les avions ».

Emmanuelle