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A la rencontre du peuple syrien.

News - 28/07/2021

A Alep, les volontaires effectuent hebdomadairement des donations auprès des chrétiens les plus pauvres pour subvenir à leurs besoins. Une mission nécessaire et vitale car la guerre et les sanctions ont appauvri le peuple syrien qui, de plus en plus, demande l’aide des associations.


Quand j’ai découvert Alep, je n’ai pas vu de traces de la guerre. Ce n’est qu’après, lors des chantiers et des visites que j’ai vu le visage défiguré de cette ville millénaire. « La guerre civile, m’a confié une archéologue syrienne, a fait bien plus de mal à Alep que tous les autres drames de l’histoire ». Le souk est une suite de rues en ruines et le vieil Alep montre sa robe déchirée, ses haillons de pierre et de bois, uniques souvenirs de son ancienne splendeur. Alep libérée, le cauchemar devait s’arrêter : plus de proches perdus, plus d’obus sur les maisons, finie la peur de ne pouvoir rentrer chez soi. Mais la Syrie devait rejoindre le destin du Liban. Une autre histoire, d’autres origines mais un seul et même résultat : une crise qui saigne lentement les peuples à blanc. Après les balles et les coups de mortier sont tombées les sanctions. Les conséquences sont implacables : baisse de la valeur de la monnaie, hausse des prix, chômage de masse… Le peuple syrien sort de la guerre pour se réveiller dans la misère.

Grâce aux différentes Eglises d’Alep, nous allons à la rencontre de ceux qui ont besoin d’aide. Ainsi, toutes les semaines, les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient réalisent des donations de colis d’hygiène et alimentaires, de batteries ou de LED…

Tous les mardis et jeudis, avec les volontaires syriens, ils parcourent la ville pour distribuer des couches. Pour vous, cher lecteur, cela est ridicule. Mais vous avez tort car cet article coûte très cher en Syrie. Handicapés et personnes âgées sont bien souvent dans l’impossibilité de s’en procurer.

sos chretiens orient syrie promenade dans les rues d alepDe Midan à Syrian en passant par Talat et Soulaymani, nous traînons nos sacs plastiques, demandant notre chemin à un commerçant, une passante, des hommes installées sur le bord de la rue en train de lancer les dés de leur backgammon. Certains endroits sont calmes avec des rues étroites où le taxi se faufile difficilement ; d’autres sont plein de vie comme le quartier des garagistes à Midan avec ses odeurs d’essence et d’huile de moteur qui emplissent nos narines. Enfants et adultes, les mains et le visage noirs, réparent des engins de toutes les formes et de tous les âges. Puis nous prenons la direction du quartier de Talat où des magasins de bijoux et de sacs de contrefaçons côtoient les nuisettes, les robes à paillettes et les burqas. C’est le Alep de tous les jours, avec sa diversité et ses paradoxes.

sos chretiens orient syrie volontaires en mission donation a alepEnfin arrivé à une des adresses, nous toquons. « Qui est-ce ? », demande une voix derrière la porte en arabe. « C’est SOS » répond dans la même langue le Syrien qui nous accompagne. Comme par magie, la porte, immédiatement, s’ouvre, révélant un sourire qui nous invite à entrer. Il nous faut repartir. Mais il insiste « Tfadalo, tfadalo ». Nous acceptons. On nous propose de l’eau, du thé, du café, du jus de citron. Certains ont si peu qu’ils n’ont qu’un seul verre que nous nous passons l’un après l’autre, profitant de ce petit temps de fraîcheur avant de retourner dans la fournaise des rues aleppines.

Pendant 1h30, nous visitons une dizaine de familles. Je me souviens de deux messieurs âgés que les années ont rendu presqu’incapables de marcher. Nathalie, la volontaire syrienne présente avec moi, informe l’un d’eux que je suis française. « Je parle le français. Général de Gaulle, j’ai vu le Général de Gaulle » s’exclame-t-il. Je suis ravie de rencontrer au milieu d’Alep un amoureux de la France qui eut la chance d’étudier dans l’école où passa, lors de son voyage en Syrie, le dernier grand chef d’Etat de mon pays. Je me souviens d’un autre homme, un militaire d’origine arménienne. La guerre lui a brisé le dos. Il ne sait plus se déplacer correctement, s’appuyant sur un déambulateur pour faire les voyages entre les différentes pièces de sa maison. Sa mère veille sur lui. « Islamo, islamo, merci, merci » nous répète-t-il.

sos chretiens orient syrie volontaire syrien donne des colis hygieniqueNous ne nous limitons pas aux donations de couches mais réalisons également une évaluation fine des besoins des familles syriennes : batteries, LED, colis d’hygiène. Les demandes sont variées et nombreuses, spécialement en ces temps de crise. Les Syriens nous accueillent toujours avec la même gentillesse souriante et chaleureuse. La sincère courtoisie des orientaux est un lieu commun, mais ô combien vraie. Beaucoup sont arrivés à Alep ou dans ce quartier à cause de la guerre qui a ravagé leur maison. Comme cette famille, exilée de Raqqa, qui a dû payer pour quitter l'enfer. Avant ils étaient heureux, ils ne connaissaient pas la pauvreté. Aujourd’hui après avoir fui et s’être installés à Alep pour trouver du travail, ils sont obligés de demander de l’aide aux associations. Mais le malheur et la misère qui se sont abattus sur eux n’empêchent pas l’infinie gentillesse de leur accueil.

Je ne peux pas énumérer et raconter toutes les rencontres que j’ai pu faire aux cours de ces donations tellement il y en a. Mais ces donations révèlent le vrai visage de la Syrie. Ce n’est pas la visite d’un vieux monastère ou d’une ancienne citadelle. C’est plus intime, c’est plus simple. C’est la rencontre d’un peuple et de ses histoires, de ses craintes, de ses douleurs, de ses espoirs. Parce que c’est important de faire des chantiers, de reconstruire, mais rencontrer les Syriens est la raison pour laquelle je suis venue, pour laquelle les volontaires sont venus. SOS Chrétiens d’Orient n’est pas là pour les pierres, mais pour toutes ces personnes que la cruauté des circonstances a placé au mauvais endroit et au mauvais moment.

C’est dans ces moments-là que je réalise ce qui se passe en Syrie. Les défis n’ont pas la même violence meurtrière, mais c’est comme un fleuve qui s’assèche sous le feu du soleil. Les forces vives fuient un pays que l’on croit incapable de se relever. Les jeunes rêvent d’ailleurs. Ils rêvent d’Europe et d’Amérique. Combien déjà sont partis aux quatre coins du globe pour fuir un service militaire obligatoire à durée indéterminée ? Les villages se vident au profit des grandes villes, les grandes villes se vident au profit de Stockholm, Montréal et Paris. Un peuple inquiet de l’avenir, une jeunesse rêveuse d’horizons lointains, c’est ce que j’ai vu au Liban. C’est ce que je retrouve en Syrie.

Les chrétiens veulent partir, partir, partir… Comment en est-on arrivé là ? La folie des intérêts, les erreurs des puissants… Comment est-il possible de briser tant de vies humaines ? Il n’y a pas de réponses à cette question car c’est de cela qu’est faite l’Histoire. Mais s’il y a une chose que je choisis de retenir c’est que si la guerre en Syrie semble s’achever, une autre guerre reste à mener ; celle pour un orient, terre originelle, source de chrétienté, qui s’essouffle et disparaît.

sos chretiens orient syrie volontaires donation colis alimentaire a alepPour contrer ces départs et enrayer l'hémorragie, nous tentons par tous les moyens de venir en aide à un maximum de personnes. Ainsi, depuis un mois, en lien avec les Eglises de la ville, nous avons lancé une donation de 600 colis alimentaires aux chrétiens démunis d’Alep. Jean-Rémi Méneau, chef de mission adjoint en Syrie, me raconte « L'idée d'organiser un tel projet m'est venu après avoir rencontré un homme qui, tous les jours, ne mange que du pain et du zatar car il n’a pas les moyens d’acheter autre chose. »

Déjà près de quatre cents colis ont été distribués. Fastidieux travail à la chaîne que de scotcher les cartons pour les remplir des quinze mêmes produits avant de poser le scotch final. Quand vient le jour J, on appelle les bénéficiaires l’un après l’autre et les personnes s’avancent pour montrer leur carte d’identité, signer un papier. Elles se retournent vers nous et c’est comme offrir un cadeau de Noël. « Merci SOS ! » crie une vieille dame arménienne. Tous ces remerciements, ces sourires balayent la fastidiosité et la lassitude de cet interminable travail.

Notre aide n’est peut-être pas à la hauteur des enjeux, mais nous pouvons au moins donner à ces pauvres gens la certitude qu’ils ne sont pas abandonnés, leur montrer notre désir de voir l’histoire des chrétiens d’Orient continuer sur la terre de leurs ancêtres.

Nous ne voulons pas que l’orient chrétien devienne un souvenir porté par les pierres et les manuscrits. Un colis alimentaire coûte 20 euros. Grâce à votre soutien, à chacune de nos rencontres, nous pouvons transmettre ce message que malgré la mer et les kilomètres qui nous séparent, l’Occident ne les oublie pas.

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Jeanne, volontaire en Syrie.