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Syrie - Alep n’a pas le temps de se perdre dans le chagrin car maintenant il faut tout reconstruire.

News - 01/07/2021

Depuis 2018, SOS Chrétiens d’Orient participe à la reconstruction de 18 appartements dans le quartier chrétien arménien de Midan à Alep.

Alep. C’est la ville des Mille et une Nuits. Assyrienne, séleucide, romaine, dynasties des Ayyoubides et des Omeyyades, empires mongol, ottoman, français, centre industriel et commercial de la Syrie. Elle traversa les siècles et connut toutes les histoires pour devenir, à partir de 2012, le théâtre tragique de la bataille la plus sanglante de la guerre civile.

Dans cette ville de batailles et de conquêtes, l'armée arabe syrienne et les groupes armés terroristes s’affrontent. Entre l’Ouest du gouvernement syrien et l’Est du terrorisme se tient Midan, quartier situé au nord de la ville, où, quatre générations auparavant, les Arméniens, après avoir quitté leur maison et leur terre, se réfugièrent pour échapper au génocide mené par le gouvernement turc. Pour ce peuple exilé c’est une nouvelle tragédie que l’Histoire leur impose. Midan est prise entre deux feux, encerclée, subissant les obus et les tirs de mortier pendant près de trois ans.

sos chretiens orient syrie appartement detruit quartier de midan alepLa libération fait cesser les bruits de la guerre pour laisser la place au silence de la destruction. A la place de leur maison, les familles retrouvent des ruines. Mais Alep n’a pas le temps de se perdre dans le chagrin car maintenant il faut tout reconstruire. Et depuis 2016, beaucoup a été relevé, les rues ont été déblayées, les commerces ont rouvert. La vie a retrouvé ses droits. Mais tout n’est pas fini car le quartier est pauvre et tous n’ont pas les moyens de la reconstruction.

Depuis 2018, SOS Chrétiens d’Orient aide les familles de Midan à revenir vivre chez elles. Ce matin j’entre dans le dix-septième appartement pris en charge par l’association. En 2015, en pleine semaine sainte orthodoxe, un obus envoyé per les terroristes s’écrasait sur cet immeuble de cinq étages. Suite à ce tragique événement, les familles, qui s'en sortent miraculeusement, se voient contraintes à l’exil. Pendant la guerre, déserté de ses occupants, l’immeuble tient malgré tout toujours debout, fébrilement.

Jusqu’à ce mois d’avril 2021 où les premiers sons de burin et de coups de balais résonnent dans la cage d’escalier et les pièces d’un appartement appartenant à une mère et à ses deux filles.

Grâce à l’Eglise arménienne apostolique, SOS Chrétiens d’Orient a obtenu le nom de cette famille obligée de quitter précipitamment les lieux et de se réfugier dans un appartement d’Alep pour les deux filles ou de s’exiler dans le nord-est de la Syrie dans le cas de la mère.

Le souvenir est douloureux, l'un des deux filles est incapable de le raconter, prisonnière de ses larmes et de son chagrin. Nous n’insistons pas.

sos chretiens orient syrie volontaire renove appartement quartier armenien midanA mon arrivée, le chantier a bien avancé. Du bas de l’immeuble, je peux voir que les murs du premier étage, autrefois détruits, ont été relevés. Notre travail consiste à enlever les gravats pour permettre de poser le mortier et le carrelage. Nous entrons dans l’immeuble. Le hall est sombre avec un petit escalier en pierre, tout au fond. Des cartons et d’autres objets hétéroclites couvrent le sol. Nous commençons le déblayage. Tout est déjà entassé dans des sacs qu’il faut descendre pour qu’un camion les embarque. Par tous les saints ! Qu’ils sont lourds ces sacs ! Nous les trainons dans les escaliers, incapables de les porter. Allez un peu d’effort physique après des mois de confinement en France ne peut pas faire de mal ! Nous comptons les voyages qu’il nous reste. Allez plus que dix… plus que huit… plus que deux… allez c’est le dernier celui-là !

Quand nous avons enfin fini, nous décidons de mettre un peu d’ordre au rez-de-chaussée. Pierres, cartons, barre de fer, papiers… Tout s’y est accumulé. Nous trouvons des médicaments, des encyclopédies, des dossiers... « Vous pensez que c’était une pharmacie ? » interroge Victoire, une autre volontaire. Alors que je dépose les médicaments dans un sac, je découvre un carnet. Des photos y sont gardées, certaines abîmées par l’eau et la saleté d’autres encore intactes, préservées de la démolition et de l’abandon.

sos chretiens orient syrie objets retrouves dans les decombres quartier midanSur toutes ces photos, une jeune fille d’une petite dizaine d’année sourit au milieu d’un parc d’attraction. Elle est heureuse. Elle est accompagnée d’un petit garçon. Son petit frère, un cousin ? Je n’en sais rien. Une autre jeune fille sur d’autres photos. Est-ce sa sœur, sa cousine, sa meilleure amie ? Pendant que je feuillette le carnet, j’imagine son périple au milieu des jeux et des Dingos. Était-elle avec ses parents ? Était-ce son papa derrière l’appareil ? Quel était son nom ? Ces murs, au début si sombres, d’un seul coup s’animent d’une vie disparue : avant il y avait une petite fille ici.

Au deuxième étage, plusieurs caisses de médicaments, des images saintes, de vieux passeports, des chaussures, une armoire, des livres pour enfants, une cuisine dont la vaisselle n’a pas été rangée. « Ils ont dû partir précipitamment » pense Sébastien à haute voix...

sos chretiens orient syrie appartement detruit midan alepAu-dessus de nos têtes, le ciel bleu et les vestiges d’un mur, unique témoin des anciens appartements qui composaient l’immeuble. Je demande à Nathalie, l’ingénieure architecte de SOS Chrétiens d’Orient à Alep, si elle sait quelque chose des personnes qui y habitaient : « Ce qui est arrivé aux familles de l’appartement ? Hormis celle qui nous a contacté, nous ne savons rien ».

Et ils ne sont pas les seuls à avoir perdu leur maison, à avoir tout perdu. Aujourd’hui les familles syriennes doivent faire face à la reconstruction d’un pays brisé, sacrifié sur l’autel de l’Histoire et des intérêts des puissants. Selon les prévisions les plus optimistes, cinquante années seront nécessaires pour relever la Syrie… Il est difficile de réaliser le découragement de toute ces personnes que nous croisons. Destruction, chômage, émigration d’un quart de la population, sanctions économiques… Comment leur en vouloir de ne plus y croire ? Comment ne pas être pris de désespoir quand vous traversez l’ancien souk d’Alep, autrefois joyau de la ville, symbole de la grandeur de toute une civilisation, devenu un labyrinthe de ruelles dévastées ?

Le prix de la guerre n’a pas fini d’être payé par les Syriens. Avec SOS Chrétiens d’Orient, nous essayons de leur redonner un toit, un chez eux. Reconstruire un appartement coûte entre 3000 et 4000 euros. Aidez-nous à donner à ces chrétiens de Midan une raison de rester sur la terre de leurs ancêtres. Si nous voulons que cette terre soient encore foulées par des âmes chrétiennes apportons-leur au moins la certitude que dans leur combat pour relever la Syrie nous ne les abandonnons pas.

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Jeanne, volontaire en Syrie.