Revue de presse

« Plutôt que de râler, j'ai décidé d'aller en Syrie »

Ouest France

12 octobre 2016

Antoine, un Choletais de 21 ans, est parti trois fois en mission humanitaire, dont deux mois cet été. Il veut partager son expérience pour évoquer la situation des Syriens.

Témoignage

« Dis-leur ce que tu as vu, ce que tu as entendu, ce que tu as vécu. » C'est la demande qu'a formulée Émile, un Syrien, à son ami Antoine de Frémicourt. Ce Choletais de 21 ans a effectué trois séjours en Syrie, soit quatre mois et demi au total, dans le cadre d'une mission humanitaire avec SOS Chrétiens d'Orient. La dernière date de cet été.

Le jeune homme a effectivement à coeur de témoigner sur son expérience, ce qu'il a déjà fait auprès de jeunes, mais il ne se prend pas pour un héros. « J'étais juste un maillon, une petite goutte d'eau. » N'empêche, diriger des missions humanitaires à l'étranger, il veut en faire son métier. Il étudie à l'Iffeurope d'Angers où il prépare un diplôme universitaire d'animateur de projets solidaires, après avoir étudié les sciences politiques à La Roche-sur-Yon (Vendée).

Sa décision de partir est née d'un ras-le-bol : « Je regardais les infos sur la guerre en Syrie, et plutôt que de regarder et de râler, j'ai décidé d'y aller. » Une amie le met en contact avec quelqu'un qui veut ouvrir une mission dans ce pays. Il part l'été 2015 pour s'occuper de jeunes, reconstruire des maisons, faire du ravitaillement... « Je donnais aussi des cours de français, de danse rock et parfois de cuisine », ajoute Antoine.

La vie continue

À son arrivée en Syrie, il s'attendait « à ce que ça tire de partout, qu'il n'y ait que des ruines, de la désolation. Or, j'ai vu des Syriens sourire, des jeunes s'amuser, étudier... La vie continue, même si la menace est réelle ».

Pour preuve, lors d'une partie de football avec des enfants, il entend comme souvent les tirs de « kalach », les bruits d'obus. « On les comptait, c'était presque un jeu. » Sauf qu'un obus explose tout près d'eux. « Un bruit hyper fort, j'ai vraiment eu peur. » Les enfants ont crié de joie, applaudi. Étonné, il leur a demandé pourquoi. « Il ne nous est pas tombé dessus, ça nous fait plus de temps pour vivre », lui ont répondu les jeunes Syriens.

Même si Antoine est « très vite redescendu sur terre », il s'est aussi très vite « senti comme à la maison. Au bout de deux ou trois semaines, ils me disaient « tu es Syrien, tu es comme nous » ». Il faut dire que le jeune homme a fait l'effort d'apprendre l'arabe. Un vrai plus pour passer certains check points« Ça les faisait sourire, un p'tit Français qui parle un peu leur langue. »

Fatigué mentalement

La démarche d'Antoine ne relève cependant « pas de la compassion ». Il est avant tout porté par des « valeurs d'entraide », qu'il a partagées auparavant dans le scoutisme et le rugby.

Même s'il est croyant, il n'est pas parti avec l'association SOS Chrétiens d'Orient pour « s'occuper uniquement des chrétiens, mais des musulmans tout autant ».

À ceux qui souhaiteraient se lancer, il conseille de bien s'informer au préalable et de ne pas surestimer ses forces. Lui-même est revenu « très fatigué mentalement » et a perdu 4 kg. « En allant en Syrie, je suis vraiment tombé amoureux de la France, où il fait bon vivre », sourit le jeune homme.

Pour son stage d'études de six mois, il s'est aussi porté candidat auprès du diocèse pour s'occuper des réfugiés et migrants accueillis dans le département. Et il compte bien repartir l'été prochain en Syrie, « pas pour moi-même, mais pour les autres », sa définition de l'humanitaire.

 

Un article de Sylvie Arnaud pour Ouest-France