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Liban - La Pâques des volontaires au monastère de Mayfouk : Ora et Labora.

News - 07/05/2021

Afin de préparer au mieux la Résurrection du Christ, les volontaires au Liban ont partagé, pendant une semaine, le quotidien des Pères du monastère de Mayfouk. Entre prières et travail, ils ont découvert le sens de la règle bénédictine « Ora et Labora ».

« Il est 8h du matin, quand nous fermons la porte de notre jolie maison d'El Mina, un quartier chrétien de Tripoli. Nous sentons déjà nous gagner l'excitation de cette semaine sainte à Mayfouk en rejoignant notre chauffeur Johnny, sur cette petite place où l’on aperçoit à la fois une église maronite, une église melkite et un monastère franciscain. Les rues animées de Tripoli défilent sous nos yeux pour ne laisser bientôt place qu'aux paysages de montagne et de mer.

Nous passons le dernier point de contrôle avant de nous enfoncer dans la montagne, et quittons peu à peu la frénésie de la civilisation. Quelques virages sinueux plus tard, nous sommes au Monastère de Mayfouk, oasis de simplicité et de charme, tous petits face à cette imposante bâtisse. Les vieilles pierres illuminées par les premiers rayons du soleil et les arbres centenaires rendent particulièrement propices au recueillement et à la rêverie.

Le dos légèrement plié sous le poids de nos sacs à dos, nous nous faufilons dans l’enceinte du monastère, à la recherche du Père Youssef, le père supérieur. Il ne m'est pas inconnu, et si j’aime autant venir à Mayfouk, c’est, je pense, avant tout pour sa présence solaire. Heureux de nous retrouver, il nous indique rapidement le programme.

Nous voilà donc lancés dans les escaliers pour rejoindre le premier étage qui se sépare entre un grand dortoir pour les garçons d’un côté, et 4 chambres de deux lits, réservées aux filles, de l’autre. Les sacs jetés sur les lits, il est déjà temps de redescendre pour prendre le café au rez de chaussée : café noir pour les plus traditionnels, café blanc libanais pour les plus aventureux.

Puis, nous nous mettons au travail. Le monastère est entouré de milliers d’hectares de terres, dont les plus proches disposent de serres qui accueillent toutes sortes de légumes et herbes aromatiques. Les frères les utilisent avant tout pour leur propre consommation ou les vendent au marché.

sos chretiens orient liban volontaires serres monastere mayfoukRépartis en deux équipes, nous plantons les semences, entretenons les serres et ramassons les produits des cultures. Selon un rituel très précis, j'entame les semences des fraises, tomates, concombres et d'autres légumes. Je mets un peu de terre dans le pot, j'arrose, mets une graine au centre, recouvre de terre et arrose de nouveau. Tout cela en écoutant avec attention le Père nous parler d'archéologie, de théologie et de la vie en général.

Très vite vient l’heure de déjeuner. Si les volontaires sont toujours heureux de venir à Mayfouk, c’est un peu aussi pour la qualité des repas. La longue table de la salle à manger est remplie de mets variés, témoins de la richesse et de la diversité de la cuisine libanaise. Les volontaires, habitués de Mayfouk, gardent jalousement le secret sur les places stratégiques, celles qui permettent d’accéder au plus de plats possibles. Ce déjeuner dans la joie de nous retrouver tous ensemble, est animé de grandes discussions, de rires et de gentils débats.

sos chretiens orient liban volontaires semaine sainte monastere mayfoukC’est ainsi que j’identifie la première richesse de cette semaine à Mayfouk : passer Pâques avec des personnes de tous horizons : âges, pays, métiers, pourtant tous ouverts aux autres. Nous sommes majoritairement français, mais également italiens, belges, égyptiens, et libanais, bien sûr. Je vois cela comme quelque chose de précieux, car chacun, par son vécu et par son histoire, a quelque chose à apporter au groupe. Que cela soit par une foi inspirante, par une empathie lumineuse ou un par un rire communicatif, chaque personne présente, rend ce déjeuner et cette semaine toute entière, inoubliables.

Une fois rassasiés, nous partageons un café sur le balcon extérieur avec vue sur les serres et la montagne. Puis, de nouveau, nous longeons le cloître, interpellés par les nombreux chats qui sont, peut-être, finalement, les vrais hôtes de ces lieux. Toujours au taquet, malgré la pluie, je rejoins la deuxième équipe, missionnée pour l’entretien des serres. La joyeuse troupe se presse vers les serres en contrebas pour ramasser les pierres et ainsi préparer la terre pour les prochaines plantations.

sos chretiens orinet liban messe semaine sainte volontaire lectureLa fin de journée est marquée par l’office de la passion, qui nous ouvre les portes des fêtes de Pâques. Les maronites ont pour tradition de jeûner du vendredi matin jusqu’au samedi midi qui marque, pour eux, la fin du carême. Motivés par l’esprit de groupe, nous décidons, presque au complet, de suivre ce jeûne.

Le vendredi saint, tout s'enchaîne. Nous assistons à l'office de l’ensevelissement de Jésus et au chemin de croix sous la pluie, dans les montagnes. La cérémonie de la mise au tombeau de Jésus n’existe pas dans notre rit latin, mais elle est pourtant particulièrement émouvante. Le corps du Christ est descendu de la Croix et déposé sur un cercueil souvent parsemé de fleurs. Il est ensuite emmené en procession sur les épaules de 4 porteurs. Au passage du cortège, les Orientaux touchent le corps et se signent ou passent dessous. A l'issue, il est placé à la vénération de tous dans une sorte de tombeau et repose jusqu'à sa Résurrection.
En commémorant ainsi la passion de Jésus, nous pouvons mieux saisir le sens de Son sacrifice.

Le samedi matin, nous préparons la messe de fin du carême par une grande confession. Quelle joie que d’entendre, à midi, les cloches sonner, sous les rayons du soleil ! La journée est loin d’être terminée puisqu’après le repas nous reprenons le chemin du travail. Inlassablement, nous répétons les gestes enseignés, en bons apprentis agriculteurs que nous sommes devenus. Les heures passent ; nos mains se souviennent de la terre et des cailloux ; nos esprits se remémorent les sages paroles de notre hôte et nous projettent déjà à la grande messe de la Résurrection qui s'annonce.

Je crois qu’aucun des volontaires n’aurait rêvé meilleur endroit que le bureau du Père Youssef pour patienter jusqu’à la veillée pascale. Dans ce grand et chaleureux bureau, certains jouent aux cartes, d’autres discutent au coin du feu, alors que le Père, entouré de quelques volontaires, rie aux éclats devant des extraits de Louis de Funès. Cette décontraction et cette simplicité, resteront, je le sais, longtemps ancrés dans ma mémoire.

Minuit se rapprochant, nous nous serrons dans les voitures, en direction de la chapelle de Notre-Dame-d’Illige. Malgré l’heure avancée, les fidèles se pressent dans la chapelle, et l’on ne trouve bientôt plus un seul siège libre. Cette messe de minuit, malgré la barrière de la langue, me touche tout particulièrement par sa beauté et parce que je me rends compte que je n’avais jamais fêté Pâques aussi proche de la terre qui a vu naître le Christ.

Violette, volontaire au Liban.