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Liban - « Welcome to the jungle »

News - 26/03/2021

A Beyrouth, Paul Fouad El Zouki, 42 ans, réside au coin d’une des ruelles qui fait le charme du quartier de Geitawi. Avec une pointe d’amertume, il me parle de son Liban, de son quartier et de sa vie d’aujourd’hui.

Paul est né au début de la guerre à Beyrouth. Ses parents, originaires de la Bekaa, s’y étaient installés pour fonder une famille. Aujourd’hui, malgré les tumultes, ils vivent encore tous au Liban. Un cas de plus en plus exceptionnel pour ce pays qui se vide de ses habitants. La jeunesse, portée par l’espoir d’une vie meilleure en diaspora, quitte à contrecœur le pays. Beaucoup de ses amis sont partis travailler à l’étranger car, dit-il, « ils préfèrent être barman en Europe qu’ingénieur au Liban. »

Paul est un Libanais comme tant d’autres qui souffre de voir son pays tomber peu à peu dans le chaos. Coiffeur, il a fait ses classes comme apprenti et exerce son métier avec passion depuis vingt-cinq ans. Un sourire se dessine sur ses lèvres quand il en parle. « J’aime mon travail, quand je me lève le matin je suis heureux. »

sos chretiens orient liban libanais manifestent contre la crise economiqueCette posture, ce sourire et cette sérénité dans son discours représentent si bien l’optimisme inébranlable du peuple libanais. Mais malheureusement cette année est la goutte de trop. Le quotidien est rude, plein d’incertitudes et dans les yeux de beaucoup, la flamme de l’espoir s’éteint. Ces deux dernières années, le peuple a dû faire face à une crise politique, sanitaire et économique sans précédent. Tout s’est enchaîné : la révolution, le coronavirus, l’inflation de la livre libanaise et l’explosion de Beyrouth. Flagellant ainsi sans répits les habitants. « Le gouvernement est en train de nous tuer », me dit-il tristement. « Les habitants peinent à payer leur loyer. Ils ne vivent plus, ils survivent. »

Il me parle aussi de son quartier. « Nous sommes très liés avec mes voisins. C’est la seule chose qui nous fait encore tenir debout. » A chaque fin de mois, l’angoisse monte. Il le sait, il n’aura pas suffisamment d’argent pour régler son loyer à son propriétaire qui, heureusement, lui fait souvent « un prix » afin qu’il puisse continuer à se nourrir. « Sans ce geste, je serai déjà à la rue depuis longtemps. » Mais pour son salon de coiffure, pas de passe-droit. Le propriétaire veut le règlement cash, tous les mois, sans ristourne.

sos chretiens orient liban confinement tripoli« Le drame c’est aussi ce confinement généralisé ! Je paie le loyer de mon salon de coiffure tout en ne pouvant pas continuer à m’y rendre pour travailler. C’est absurde ! » Depuis le 14 janvier 2021, date à laquelle les autorités libanaises ont mis en place un confinement total, aucun déplacement n’est autorisé sauf exception et magasins, bars, restaurants, salons de coiffure restent fermés. « Une catastrophe pour l’économie de notre pays » se plaint Paul. « Il ne nous manquait plus que ça. Que pouvons-nous faire ? Nous ne voulons pas être assistés mais nous voulons du travail. »

Les problèmes s’accumulent sans espoir de répit. Les loyers et les factures d’électricité pèsent lourdement sur les budgets des familles - rappelons qu’au Liban, il y a toujours deux factures : l’électricité publique mais aussi le générateur qui vient prendre le relais chaque fois que celle-ci saute -, les frais alimentaires explosent à cause de l’inflation et les dettes contractées sont rapidement insolvables… A peine l’énumération de tous ces maux finie, l’électricité saute comme pour nous prouver que la situation est belle et bien critique.

Avec l’explosion des manifestations et le développement d’une ambiance délétère, l’insécurité est un problème grave dans le pays des cèdres. Il y a encore un an, Paul sortait de chez lui la nuit, sans avoir peur de son ombre. Maintenant à cause de la recrudescence des enlèvements, règlements de compte ou encore des rackets, il se terre quand vient la nuit. La pauvreté et le blocage total du pays poussent les Libanais à tenter le tout pour le tout, et souvent, malheureusement, certains choisissent la violence.

sos chretiens orient liban volontaires discutent avec un libanais dans un quartier detruit de beyrouthIl est devenu pratiquement impossible de se déplacer en toute sérénité dans plusieurs régions du pays. Il y a cinquante ans, la guerre ruinait le pays, « mais l’ennemi était visible et combattable ! Aujourd’hui, le virus du chaos s’inocule dans les consciences insidieusement et sans prévenir. Comment voulez-vous le combattre ? »

Les Libanais sont désillusionnés ? Oui, sans doute et pour cause... Les crises économiques et politiques ont semé la discorde, la crise sanitaire a sonné le glas. Des aides sont mises en place pour assister les populations mais la situation reste critique. « En cas de contamination, pour avoir un lit d’hôpital et une bouteille d’oxygène, il faut débourser dans les 1000€. Welcome to the jungle ! » Alors les Libanais restent chez eux, regardent le temps défiler par la fenêtre à mesure que leurs économies diminuent et espèrent se réveiller le matin suivant.

Dans ces temps troublés, SOS Chrétiens d'Orient se tient aux côtés des Libanais et intensifient ses actions. Soutenez nos projets d'urgence et de développement. Aidez les Libanais à reprendre espoir et à vivre sur leur terre.

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