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Cinq voix chantent Noël dans le village reculé de Qaa.

News - 12/01/2021

Mi-décembre, l’église Saint-Georges du village de Qaa a accueilli le récital de musique de Noël de cinq jeunes libanais, sur une initiative originale de Sandy Matar. Une volontaire présente lors de l’événement raconte.

« Je n’ai jamais autant apprécié le soleil et ses effets dans le ciel qu’ici au Liban. Un lever de soleil dans les montagnes de l’Anti-Liban est un spectacle que je n’oublierai pas. Ces ténèbres balayées par la force des rayons de lumière, le froid qui mordait notre peau disparaissant sous la chaleureuse caresse de l’aube, la Bekaa qui se pare de brumes bleutés à travers lesquelles dansent les lueurs matinales alors que le Mont-Liban, derrière nous, s’habille d’or et de gloire.

Le Liban est le pays où le soleil est maître de beauté : boule de feu, joyau dans le ciel bleu, dentelles de pourpres et de rose, lanterne céleste tamisée dans le brouillard. Que le Liban est beau sous le soleil ! Dommage qu’il n’y ait pas que la beauté des paysages qui soit mise en lumière. Il y a d’autres choses qui se tapissent dans l’ombre jusqu’à ce que l’Histoire les éclaire : les intérêts, les erreurs, les lâchetés qui transformèrent ce bijou merveilleux de l’Orient en un fruit rongé par les vers et la pourriture.

Aujourd’hui il n’y a plus grand-chose qui rappelle cette Suisse du Moyen-Orient. Les crises qui s’accumulent les unes après les autres attisent les flammes d’un incendie de plus en plus incontrôlable. Mais le pire se cache dans ses effets désastreux sur la jeunesse. Une jeunesse qui espérait changer les choses mais qui est forcée de se dépouiller de ses illusions. Combien en voyons-nous qui rêve de partir seulement de partir, partir pour la France ou l’Amérique, vers des horizons où il semble encore possible de se forger un avenir ? Cependant, des pépites saillissent encore de cette sédimentation de malheurs. C’est ce que j’ai vu à Qaa, un village chrétien de la Bekaa chiite.

Sandy Matar est une jeune libanaise qui a pour elle la beauté, l’intelligence et la gentillesse mais surtout une voix qui ferait vibre les anges. Sandy a une passion : la musique. C’est par elle qu’elle veut aider son pays. Elle en a vu des choses, Sandy… Elle n’était pas encore une adulte lorsque Daesh occupait les montagnes juste à côté de sa maison. Sa ville est tout prêt de la frontière syrienne : les attaques de Daesh, les explosions des djihadistes, les bombes qui traversent le ciel, un père qui s’en va l’arme à la main et qui peut-être ne reviendra pas, des amis blessés« C’était comme dans un film » s’exclame un volontaire lorsqu’elle nous raconte son histoire. « C’était pire qu’un film » lui répond-elle.

Son désir pour Noël : préparer un récital. Entourée de cinq autres jeunes, tous animés par le même amour de la musique, elle veut faire résonner des chants arméniens, byzantins, français et maronites au cœur d’une église de Qaa. « Le peuple libanais ne mérite pas ce qui lui arrive », nous avoue-t-elle. Elle a hâte de nous aider. Ce n’est pas possible de rester les bras croisés. Sandy veut encore espérer en cette terre, en cette culture qui a traversé les siècles malgré les guerres et les trahisons. « Le Liban pourra se relever, mais pas avant au moins une dizaine d’années et à condition que la classe politique change ». Porte-parole d’une génération qui paie les fautes et les trahisons de ses prédécesseurs mais qui refuse de croire que tout est perdu.

Je suis allée à une répétition du récital, à l’église Saint-Georges où tout doit se dérouler. Les vibratos jaillissent, s’emmêlent pour venir caresser nos oreilles. Ils ne sont que cinq et pourtant les voix inondent le lieu consacré de leur mélodie. Elles se déploient à travers l’église, résonnant sur les murs, se modulant selon le mouvement des mains de Sandy, maître d’orchestre de cette soirée.

sos chretiens orient liban recital musique noel qaaSe posent au pied de l’autel des chants de Noël et des hymnes au pays du cèdre, un air pour les martyrs et une litanie d’espoir. Mais une erreur brise la rêverie… Il faut recommencer… La musique est un art, une discipline de rigueur et de passion, où on recherche l’excellence. On s’entraîne jusqu’à ce que ce soit parfait. La mélodie reprend. Les voix s’emmêlent. Elles ne forment plus qu’un seul et même corps d’air et de notes, qui bercent nos cœurs. Tout ce travail, c’est pour « rendre de la joie aux Libanais. Il n’y a plus de joie dans ce pays » me confesse Sandy. « C’est pour cela que j’ai hâte de vous aider. Je suis enthousiaste de ramener des sourires sur le visage des enfants ».

Ce récital qui se déroulera samedi, nous avons hâte de le voir. Voir ce déploiement de beauté, au milieu du silence de l’assemblée. Déjà des enfants nous demandent si nous pouvons les accompagner jusqu’à Saint-Georges ce soir-là. Prions pour qu’il y ait du monde. Parce que Sandy ne s’arrêtera pas au récital : elle en a des rêves et des projets. Sa vie c’est la musique et quoi offrir de plus précieux que le plus beau cadeau qu’elle reçut de Dieu ? Une école de musique, c’est ce qu’elle voudrait faire : ouvrir une école pour les talents cachés et abandonnés des villes reculées du Liban. « Je veux rendre aux gens l’envie de faire la fête. Je veux donner de la vie ». 

sos chretiens orient liban recital de noel qaa volontaires« Si Qaa est encore debout c’est parce que nous sommes forts » me confie Sandy. Espérons qu’elle réussisse à transmettre cette force enrobée de gentillesse dans le cœur de tous ceux qui la verrons et l’écouterons. Que le soleil n’éclaire pas seulement la terre du Liban, mais qu’il rayonne aussi de courage dans toute cette jeunesse talentueuse, laissée à l’abandon par les politiques.

Prions pour que le Liban ne se vide pas de tous ces porteurs d’avenir et d’espoir… C’est en ce moment la prière la plus importante que nous puissions déposer au pied de la Vierge Marie en ces fêtes de Noël pour notre pauvre frère de l’Orient.

Venez soutenir les chrétiens du Liban en nous rejoignant comme volontaire !

Jeanne, volontaire au Liban.