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Liban - Les enfants du CLAC : le défi permanent relevé par les volontaires.

News - 18/12/2020

A Qaa, village chrétien de 5 000 habitants situé à cinq kilomètres de la frontière syrienne au bout de la plaine de la Bekaa en plein fief chiite, les volontaires de SOS Chrétiens d'Orient sont missionnés pour donner des cours et organiser des activités manuelles et sportives pour les jeunes enfants du CLAC, le Centre de lecture et d’activités culturelles de Qaa. 


Jeudi matin, départ pour le CLAC. Nous longeons la rue principale qui mène de l’église Saint-Elie à la sortie du village. Il ne fait pas chaud ce matin. L’hiver commence à montrer le bout de son nez. Derrière et devant nous, un épais brouillard a caché les montagnes sous son triste manteau de grisaille. Dix petites minutes de marche et nous sommes arrivés. Le CLAC est une maison blanche, toute simple, en préfabriqué, pas très grande… Mais, ne vous y trompez pas, bien des choses pour Qaa se décident entre ces murs.  

sos chretiens orient liban volontaire donne cours de francais aux enfants du clac qaaLe CLAC a été créé pour enseigner aux petits et aux grands. Nous, volontaires, répondons présents pour aider tout ce beau monde. Certains parlent déjà bien le Français, d’autres baragouinent quelques phrases, certains ne connaissent rien. Il faut s’adapter et surtout enseigner notre propre langue sans parler celle de notre auditoire. Quand on a de petits enfants en face de nous qui ne parlent pas un mot de français, le défi est grand pour leur faire comprendre et conserver leur attention pendant une heure.

Nous redoublons d’imagination et de volonté pour leur transmettre ce trésor incommensurable que mille ans d’écriture et d’histoire ont composé. Le dessin, les jeux… Tout est bon ! A chaque cours, il nous faut relever le gant, ne pas nous laisser décourager par les gros blancs, les regards chargés d’incompréhension ou le brouhaha de ces mesdames qui, comme des oies, ne cessent de cancaner et de glousser.

Je découvre ce que mes enseignants de langues étrangères vivaient quand j’étais au collège et au lycée. Je leur voue à présent un immense respect.

Malgré la complexité de la tâche, nous n’abandonnons pas. Nous transmettons. Nous réactivons ce lien qui reliait et relie toujours, malgré les tragédies, la France et le Liban. Nos difficultés renforcent notre plaisir à la vue d’un sourire qui montre que tout est compris, à la lecture d’une dictée parfaitement écrite, au son d’une phrase bien prononcée par un turbulent petit Libanais.

Les Français ne sont pas les seuls à venir en mission avec SOS Chrétiens d'Orient. Les Italiens, les Espagnols et les Hongrois rejoignent les rangs de l’association pour soutenir ces frères oubliés de l’Orient. Ainsi un Italien a pu faire découvrir, à quelques curieuses, la plus belle langue du monde et une Espagnole s’est empressée de le suivre pour initier ces polyglottes en herbe à la langue que parlaient le Cid et Cervantès.

sos chretiens orient liban jeux de societe entre enfants libanais et volontaire a qaaJ’ai l’impression que, par cette transmission de culture et de connaissances, à travers cette curiosité qui nous anime à comprendre ce qui construit et fonde profondément et essentiellement chacun de nous, spontanément, nous réalisons le rêve millénaire qui fit vibrer des rois et des empereurs : l’union, sans un seul coup férir, de l’Orient et de l’Occident. 

Les Grecs savaient qu’un esprit sain devait résider dans un corps sain. Nous suivons pieusement leur enseignement. Après l’effort cérébral, nous défoulons ces boules d’énergie. Incapables d’aller à l’école à cause du confinement, forcés de suivre les cours sur ordinateur ou grâce au portable de leurs parents, les enfants s’ennuient et attendent. « Il y a CLAC aujourd’hui ? » nous demandent-ils quand nous les croisons dans la rue. Des visages éclairés par le sourire répondent à notre « oui » lorsque notre « non » ne récolte que de misérables soupirs.

sos chretiens orient liban volontaire et enfant libanais CLAC qaaAprès les cours, nous conduisons donc toute cette marmaille dans un stade situé derrière le CLAC. C’est un grand terrain, où se trouvent des buts de foot et des paniers de basket, et qui se métamorphose peu à peu en ruines et en déchèterie. Mais il n’en faut pas beaucoup pour égayer des enfants. Souvent ce sera football, où filles et garçons de tous âges courent avec furie après un ballon. D’autres fois ce sera basket ou voleurs et policiers jusqu’à ce que la nuit tombe. Pendant près d’une heure, nous essayons d’épuiser ces petits monstres autant qu’ils nous épuisent.  

A Qaa le soleil n’aime pas veiller longtemps. Vite il part se coucher derrière les montagnes, plongeant, à 17h00, la Bekaa dans une nuit profonde et froide. Il nous faut retourner au CLAC car notre travail n’est pas fini. Le foot se transforme en cache-cache entre les chaises et les bureaux, le basket devient des chaises musicales jusqu’à ce que les parents viennent chercher leurs enfants pour laisser s’imposer le silence.  

La semaine s’achève mais nous n’en avons pas fini avec le CLAC. Noël approche. Il nous faut préparer l’anniversaire de la venue du Christ en ce bas monde. Malheureusement la crise économique s’est répandue dans tout le Liban et beaucoup de familles subissent de plein fouet les conséquences désastreuses de ce virus.

Les prix ont tellement augmenté au Liban… « Nous ne pouvons pas faire comme les années précédentes… » nous avoue Olga, directrice du CLAC. La ville, elle-même, ne pourra se parer de son habituelle tenue de Noël, se couvrir des lumières et des guirlandes que chaque année la municipalité posait sur les arcades de la rue principale.

Nous avons déjà entamé la préparation d’une longue semaine de Noël pour apporter un peu de chaleur et de réconfort aux enfants, aux familles et aux personnes âgées. Décoration, don de cadeaux, concert, peinture d’une immense fresque. Nous nous servons de tous les talents et de toutes les bonnes volontés.  

N’hésitez pas à nous soutenir afin que nous puissions réaliser ce beau Noël. Avec un don de 4€,vous offrez un cadeau à un enfant de Qaa. Ne tardez pas car le jour J se rapproche. Et il y a encore du travail. Parfois la lenteur et le chaos de l’organisation libanaise engendrent des pensées qui ne sont pas très charitables envers notre prochain, mais la gentillesse et la générosité de toutes les âmes que nous rencontrons pendant ce voyage nous poussent à tout donner pour offrir aux habitants de Qaa, si ce n’est un Noël mémorable, au moins un Noël qui parviendra à leur faire oublier, pendant quelques jours, les injustices et la misère de ce monde.

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Jeanne, volontaire au Liban.