Revue de presse

Les chrétiens irakiens sont toujours en situation précaire

Var Matin

25 décembre 2017

Si la plaine de Ninive, berceau de la chrétienté, a été libérée du joug de Daesh, la situation des chrétiens d'Orient reste très précaire. De passage à Toulon, les Irakiens Tariq Aboosh et Simon Assofy témoignent.

Nous les avions rencontrés il y a un peu plus d'un an, au Kurdistan irakien. C'était en novembre 2016, à Ankawa, le quartier chrétien d'Erbil.

Comme des milliers d'autres chrétiens chassés de leurs villes par l'offensive de Daesh, alors en pleine expansion, Simon Assofy et Tariq Aboosh avaient trouvé refuge dans la grande ville du nord de l'Irak pendant l'été 2014. Et depuis cette date, ils travaillent pour l'association humanitaire SOS Chrétiens d'Orient.

Mais au début du mois de décembre, troquant leur gilet floqué d'un gros cœur de couleur rouge pour le costume, c'est à Toulon que nous les avons retrouvés. En mission, bien plus qu'en vacances. « Nous sommes ici en France pour témoigner de la situation des chrétiens d'Orient », lâche Tariq Aboosh, alias Abu Dany.

 

AU BEAU MILIEU DES PESHMERGAS ET DES SOLDATS IRAKIENS

Depuis la libération de Mossoul du joug de l'État islamique, le 9 juillet, les chrétiens irakiens ont quasiment disparu des médias français.

Leur situation est pourtant loin d'être enviable. « Avec la défaite de Daesh, on a réglé un problème certes, mais un autre a commencé », déclare Tariq. Et de préciser: « On se retrouve aujourd'hui entre les Kurdes qui rêvent d'indépendance et le pouvoir central de Bagdad ».

Si, pour l'heure, les Américains arrivent à maintenir le calme, la situation pourrait dégénérer très vite, comme on l'a vu au mois d'octobre, quand peshmergas kurdes et soldats irakiens ont échangé des tirs dans les environs de Kirkouk. « Pour ceux qui l'auraient oublié un peu vite, je vous assure que l'Irak n'est toujours pas un bon endroit où vivre », assène Simon, le plus sérieusement du monde.

Des deux témoins irakiens, il est le plus remonté. Pour comprendre son exaspération, voire sa colère, il nous explique sa situation professionnelle. « Je suis dentiste de formation. Mais mon métier, dans un camp de réfugiés, ne me permet pas de vivre, car le gouvernement ne paye pas les salaires. La corruption est partout », raconte le jeune homme, qui continue donc de travailler pour SOS Chrétiens d'Orient.

 

DIFFICILE RETOUR DANS LES VILLES DÉTRUITES

Plus âgé, plus sage, Tariq ne dit pas autre chose. Mais le ton est moins révolté. « On ne reçoit aucune aide du gouvernement pour reconstruire nos villes de la plaine de Ninive ravagées par Daesh, puis par les combats pour les déloger. L'église est la seule à s'occuper de la population chrétienne.»

Malgré les efforts de l'église qui se bat pour que les chrétiens restent sur leur terre, les choses n'avancent pas vite. À Qaraqosh, la grande ville chrétienne de la plaine de Ninive, si une croix, plus grosse que celle abattue par les combattants de Daesh, a été érigée à l'entrée de la ville, à peine une cinquantaine de maisons ont pour l'heure été reconstruites par l'association SOS Chrétiens d'Orient.

On comprend pourquoi à peine 3.000 familles ont fait le chemin retour. « Et encore, 10% d'entre elles sont depuis reparties pour Ankawa à Erbil, où nombre de pères de familles ont trouvé un travail », s'empresse de tempérer Tariq.

« Les écoles ont rouvert leurs portes certes, mais la situation reste extrêmement précaire. Il y a régulièrement des coupures d'eau et d'électricité. Quant aux médecins, ils sont confrontés à des ruptures d'approvisionnement en médicaments. Ce n'est vraiment pas facile », confie Simon.

Rien d'étonnant, dans ces conditions, à ce que certains chrétiens, qui de toute façon n'ont plus confiance en leurs voisins musulmans, envisagent de refaire leur vie ailleurs…

Un article de Var-matin