Actualités

Carnet de bord #8 – Sur le chantier de l’école Al-Amal d’Alep.

News - 14/12/2020

Même après plus de deux mois de mission, le quotidien n’est jamais le même. La routine ne s’installe jamais à la mission en Syrie. Je me retrouve sans cesse face à quelque chose d’inconnu qui me dépasse. Aujourd’hui, nous nous rendons dans la périphérie d’Alep, pour un projet lancé par Monseigneur Jeanbart, archevêque grec-catholique d’Alep.

Notre mission est simple : aider à remettre à neuf une école détruite par la guerre. Nous devons déblayer les gravats et débris de plusieurs bâtiments ainsi que les mauvaises herbes et gosses pierres du terrain de sport.

Après deux mois sous une chaleur écrasante, la pluie a décidé de s’abattre sur notre premier jour du chantier. Sur le chemin, nos yeux sont fixés sur les vitres des multiples fenêtres. Nous traversons un ancien quartier bourgeois d’Alep. Le spectacle est impressionnant : de grandes maisons, avec des balcons presque à chaque fenêtre. Entre deux murs effondrés, nous apercevons des moulures splendides, comme de la dentelle. La couleur claire de la pierre donne un charme et une luminosité incroyable à la maison. Ces quelques détails permettent de s’émerveiller sur la beauté et le luxe syrien, qui devait se dégager d’ici avant la guerre.

A la place, vous trouvez désormais des amas de pierres, des débris sur le sol, des murs et toitures entièrement effondrées sur les maisons. Je m’imagine la cour intérieure et le jardin qui devaient jadis être fleuris par de nombreuses plantes et embaumer la maison entière par son parfum. Ces murs, avant d’être bombardés, recueillaient des rires enfants. Mais maintenant c’est le calme, le désert. Toutes les familles sont parties à la recherche d’une vie meilleure.

Lorsque je descends du taxi, mes pieds ont à peine touchés le sol, que la boue colle déjà à mes chaussures. Sur les quelques mètres qui me séparent du chantier du terrain de sport, j’esquive maladroitement les flaques d’eau, pour ne pas être totalement mouillée avant même d’avoir commencé.

Sur le chantiers de cette école, j’apprends à retirer le béton fragilisé, à bien manier la pelle pour ne pas avoir mal au dos, et pleins de détails auxquels je n’aurais jamais pensé de moi-même.

sos chretiens orient syrie chantier ecole al amal alep volontairesChaque matinée, passée là-bas, me met face à la réalité : je suis dans un pays qui a connu la guerre. Je le sais bien, et chaque jour en traversant la ville d’Alep, je vois ces ruines qui me le rappelle. Mais dans cette école Al-Amal, je vois les traces de la guerre. Je vois un pays entier qui a souffert. Alors que je déblaie le sable et les pierres, je retrouve des douilles, des traces d’obus, des feuilles d’exercice sur lesquelles est inscrite la date : « novembre 2011 », des cahiers d’enfants avec leurs écritures et leurs dessins, ou même des écharpes. Me dire que je nettoie un lieu où des cours ont été donnés à des enfants avant d’être la scène de combats…me retire les mots de la bouge.

Il y a à peine quelque mois, je passais mon baccalauréat. J’étais moi-même dans une salle de cours. J’étais à la même place qu’eux il y a quelques années ; je faisais les mêmes dessins sur mes feuilles d’exercice, je suivais les mêmes matières. Je me reconnais, je me vois en eux. Et maintenant je suis ici, à Alep, suis le chantier d’une école en ruine. La vie peut nous faire prendre des tournants étranges et nous éveiller sur des vérités inconnues : d’autres, au même âge, ont connu l’horreur.

sos chretiens orient syrie alep ecole al amalA travers les murs détruits, je vois les anciens autobus scolaires renversés et brûlés. Ils ont vraisemblablement servi de barricades. La réalité est difficile. Chaque terrain de reconstruction est différent, mais celui-là me rappelle ce que je vivais il y a quelque mois, et la chance que j’ai eu de pouvoir finir ma scolarité. Je ne m’en rendais pas compte, bien qu’on me l’ait souvent dit, mais maintenant je le comprends et je remercie le ciel. Je remercie à la fois d’avoir eu cette chance de suivre une scolarité, mais surtout de m’avoir mis sur ce chantier, car c’est ici que j’apprends. C’est ici, que je me forge.

Le chantier d’Al-Amal fait partie des moments forts de ma mission. Chaque activité, chaque rencontre, chaque donation, chaque chantier a quelque chose à m’apporter. Je sens que je grandis de jour en jour, que je me forge. Il a fallu que je vienne en Syrie pour comprendre tout ce qu’on me disait, pour voir ma chance. 

J’étais encore au lycée il y quelques mois, et aujourd’hui j’aide à en restaurer un.


En quittant le chantier, nous passons devant une maison très simple, délabrée, inhabitable. Il n’y a ni fenêtre, ni porte. Sur un filet, près de la maison, du linge est étendu. Que ce soient les pantalons, ou les tee-shirt, tout est troué. La misère de cette famille me brise le cours, surtout lorsque cinq enfants, âgés de huit mois à trois ans, s'approchent de nous, de larges sourires aux lèvres.

sos chretiens orient syrie enfants syriens et volontaire a alepJe vois leurs petites jambes qui trottent jusqu’à nous pendant que la plus grande porte dans ses bras le petit dernier. Un des enfants s’approche doucement et commence à nous parler. Le petit nous demande nos noms et ce que nous faisons ici, tout en tentant de prendra la bouteille d’eau à moitié vide que tient Aubert, mon comparse volontaire. Il doit avoir soif !

Evidemment, nous la lui donnons. Au vu de sa misère qui lui aurait refusé ? Et puis, on ne peut pas dire « non » à un petit garçon de trois ans, qui vous regarde avec des yeux pleins d’admiration et un sourire coquin.

Je ne pouvais pas être plus dans le faux au sujet de la motivation du garçon ! Quelques minutes plus tard, le petit revient avec une bouteille pleine. Il ne nous l’avait pas demandé pour boire mais pour nous venir en aide ! Devant une telle gentillesse, une telle générosité, on ne sait pas comment réagir. Doit-on la prendre ? La lui laisser ? Cette maman n’a rien, vraiment rien. Ses enfants ont pour terrain de jeu un ancien champ de bataille.

Ils jouent au milieu des impacts d’obus, des pierres de l’école qui se sont écroulées, des douilles, mais en nous voyant, la première chose à laquelle ils ont pensés fut de nous venir en aide.

Cette famille est incroyable, ils n’ont rien, mais donnent tout, et pensent d’abord aux autres. C’est une belle leçon d’humilité. Le lien que j’ai avec les enfants ici en Syrie est incroyable. Ils sont jeunes, mais ils ont tout à m’apprendre,. Cest auprès d’eux que je reçois beaucoup. Ce sont eux qui me montrent ce qui est essentiel dans la vie.

Matériellement ils sont pauvres, mais leur cœur est riche et beau. Ils m’apprennent l’essentiel, ils m’apprennent à être heureuse en prenant soin des autres.

Joséphine, volontaire en Syrie.

Le projet de rénovation de l’école Al-Amal est financé à hauteur de 75.000€ par les dons récoltés à l’occasion du semi-marathon de Paris 2015. Les travaux n’avaient jamais pu commencer car, peu de temps après l’événement sportif, les combats avaient repris. Aujourd’hui, le projet est bien lancé. Après les premiers travaux de déblaiement soutenus par l’association, le gouvernement syrien réalisera le gros des travaux de reconstruction.

Aidez-vous à continuer nos projets de reconstruction de la Syrie.

bouton faire un don