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Arménie - Les familles de l’Artsakh s’apprêtent à affronter difficilement l’hiver.

News - 04/12/2020

Nous sommes à Tegh, un petit village arménien à l’est de Goris. Cinq kilomètres nous séparent de la frontière avec l’Artsakh ; dans le creux de la vallée, nous devinons le tracé de cette ligne, serpentant entre les ondulations de terrain.

En ces temps de guerre, nous entendons les tirs de l’artillerie qui résonnent dans la vallée. Le paysage montagneux, qui se dévoile sous nos yeux, donne une impression de calme et de sérénité qui dénote avec la tension générée par la situation.

sos chretiens orient armenie sous les premieres neigesFace à nous, la forteresse de l’Artsakh : un bloc hétéroclyte de roches, qui s’élève jusqu’à 3700 mètres d’altitude. Sortant de la plaine environnante, ce massif semble avoir été bâti par la main d’un antique Titan ; sans doute le même qui a sorti de la glaise ces Arméniens farouches qui habitent ces montagnes depuis des millénaires.

Les familles que nous allons visiter sont des déplacés qui fuient les bombardements intensifs sur leurs villages et leurs champs. Ils ont tout quitté en quelques heures, souvent contraints par les forces de l’ordre arméniennes, qui ont pour consigne de vider entièrement la zone des derniers civils.

Dans la première maison, nous rencontrons Alvart, qui habitait le Sud de l’Artsakh dans le village de Hadrut, avec ses enfants. Elle nous raconte :

 « En pleine nuit, il y a deux jours, j’ai été réveillée en sursaut par un voisin qui tambourinait à ma porte ; je me suis levée, et il m’a dit de quitter ma maison. Je pensais qu’il était fou ; je savais la guerre proche, mais encore hier le front était à 20 km ! »

Pourtant, ce voisin lui assure qu’elle doit quitter sa maison car le village risque d’être bombardé. Persuadée qu’il s’agit d’un raid passager, et surtout prise au dépourvu, Alvart s’exécute.

 « Nous sommes partis à huit avec un unique sac à dos, emportant rapidement quelques affaires prises au hasard et quelques provisions. Devant notre maison, un flot de voitures prenait la route, dans la nuit. J’ai mis mes quatre ainés dans une voiture, et je me suis glissée avec les petits dans une vieille Lada qui partait vers l’Arménie ; « rendez vous au premier village après la frontière ! ».

Dans la nuit, sans savoir de quoi demain sera fait, nous quittons Hadrut. Notre voisin nous apprendra plus tard la destruction de notre maison par les bombes azerbaïdjanaises, une heure seulement après notre départ ». Quelle douleur de ne pouvoir envisager un retour dans ces terres qui ont toujours été les leurs.

La famille se retrouve après de longues heures de route dans les montagnes, sans rien, au milieu du village de Tegh, porte du Syunik et donc de l’Arménie. Alors qu’Alvart commence à regretter ce départ précipité qui les laisse si démunis, elle est accueillie par la femme du maire.

sos chretiens orient armenie volontares et familles deplaceees de l artsakhDésormais quatorze personnes vivent dans la maison, principalement des femmes. « Nos maris se sont battus à la guerre de 90, ils sont aujourd’hui encore sur le front. Nos fils y sont aussi. Tous se battent pour la survie de l’Arménie. L’Artsakh a toujours été arménien et doit le rester ».  Ces femmes nous impressionnent par leur courage et leur détermination. Une d’elle annonce fièrement « je sais utiliser une arme. S’il le faut, je partirai moi aussi sur le front défendre ces terres qui sont les nôtres ». Les autres femmes acquiescent et affirment qu’elles partiront elles aussi défendre l’Arménie.

Malgré leurs moyens pauvres et le nombre exceptionnellement important d’habitants dans le village, elles se démènent pour que chacun ait de quoi se nourrir et se chauffer. En effet, l’hiver tombe vite dans le sud de l’Arménie. Si la semaine dernière nous pouvions encore ne porter qu’un pull, il est désormais impensable de sortir sans manteau et bonnet. Les mamans voient cet hiver s’approcher avec peur, comment vont-elles pouvoir habiller leurs enfants alors qu’elles ont tout laissé en Artsakh ?

Nous reprenons la route vers la deuxième maison que nous visiterons aujourd’hui. Sur le chemin, nous croisons des enfants qui aident les bergers à cheval garder un troupeau de vaches. Après avoir roulés sur des chemins de terre s’enfonçant dans les montagnes, nous arrivons devant une vielle grange. Le sol de la première salle, entièrement vide, est en terre battue. Il y fait froid.

Dans la deuxième salle, beaucoup plus petite, trois femmes nous attendent assises sur leur lit, devant une table et un poêle qui apporte une douce chaleur dans ce contexte si difficile. Malgré leur situation précaire et leur avenir incertain, l’hospitalité et la générosité des Arméniens sont toujours bien réelles. Ces femmes sont tellement touchées de nous voir leur apporter une aide qu’elles ne savent comment nous remercier. Elles nous donnent alors leur bol de noix et les trois pommes posées sur la table, les seules denrées qu’elles ont. Leurs sourires édentés sont encore gravés dans notre mémoire. Comment peut-on encore sourire et accueillir avec tant de générosité des étrangers lorsqu’on traverse de telles souffrances ?

sos chretiens orient armenie volontaires evaluent les besoins desComme si nous nous enfoncions toujours un peu plus dans la misère entraînée par cette guerre, nous arrivons dans une troisième famille. La pauvreté est criante, la souffrance omniprésente. Lorsque nous arrivons, toute la famille sort sur la pallier de cette maison qui leur est loué suite à leur fuite de Stepanakert. Les enfants sont habillés d’affaires trop grandes pour eux. Ils sont fascinés par les coloriages que nous leur donnons. Leur sourire souligne leur innocence alors que les canons grondent toujours dans le lointain.

La femme, Gayané, nous raconte « mon mari et mon fils ainé sont morts au combat, mon cadet est porté disparu, je n’ai pas de nouvelle de lui depuis dix jours déjà ». Mais la misère de cette famille ne s’arrête pas là. Elle n’a pas de revenu pour payer son loyer et va devoir bientôt quitter cette maison qui va être vendue. L’avenir semble sans espoir. Nous nous sentons démunis face à tant de souffrances.

L’hiver s’annonce rude en Arménie. Pour les familles déplacées, parties sans rien de l’Artsakh, l’angoisse grandit de devenir affronter des températures glaciales. Avec 8€, vous achetez une couverture. Avec 15€, vous offrez un pull à un Arménien.

Pour Noël, souvenez-vous des Arméniens déplacés de l’Artsakh.

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Camille, volontaire en Arménie.