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Liban – Beyrouth, après l’explosion, la reconstruction.

News - 03/12/2020

Depuis quelques semaines, les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient collaborent avec l’association Offre Joie pour aider à la reconstruction du secteur « Mar Mikhael » dans le quartier Medawar, détruit par l’explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020. Cette association, créée en 1985 au Liban œuvre également en France et en Irak, et partage notre envie de voir un jour le Liban se relever de ses peines.

Nous marchons vers le port de Beyrouth. Nous nous sommes malheureusement habitués à voir les décombres d’une ville, qui demeure malgré tout toujours si fière de ses origines et de la culture sur laquelle elle s’est construite. Les ruines des bâtiments et les gravats qui jonchent les rues nous émeuvent encore comme au premier jour.

Quelle tristesse de voir certains bâtiments où se devinent encore les couleurs des façades, vestiges d’un temps passé que beaucoup de Libanais regrettent, abandonnés à leur sort. Et les plus récents, où ne subsistent plus que des pans de structures bétonnées et les débris des fenêtres soufflées par l’explosion. L’ancien et le moderne, égaux face à la destruction. Cependant, la vie doit reprendre son cours et les échafaudages, enchevêtrement de tubes métalliques et de planche de bois, apparaissent ici et là tout au long de notre cheminement.

sos chretiens orient liban volontaires sur les chantiers de reconstruction capitale beyrouthNous voilà arrivés au cœur de Mar Mikhael, l’un des quartiers les plus touchés par l’explosion en raison de sa proximité avec le port. Nous sommes accueillis par un brouhaha où se mélangent salutations et rires, dénotant étrangement avec l’atmosphère des lieux traversés. Des gens de tout âge sont réunis devant un bâtiment arborant le logo de l’association Offre Joie : une colombe avec un cèdre sur le cœur, comme une promesse future pour le quartier.

Nous nous équipons avec un casque et des gants, puis happés dans le moment, discutons avec les autres bénévoles. Quelle surprise de retrouver d’autres Français, même si les Libanais représentent la majorité des bénévoles présents. Nous partageons nos impressions sur le Liban, faisant ainsi rire Jean, un local qui nous écoutais jusqu’alors discrètement et qui se joint à la conversation.

Le silence se fait autour d’un membre d’Offre Joie qui nous enjoint à nous mettre en rang et nous fait réciter une prière pour la journée qui commence. Puis nous nous séparons en petits groupes menés par des bénévoles en salopette, symbole vestimentaire de leur rôle de chefs d’équipe.

Nous voilà dirigés par George, un étudiant libanais ayant déjà plusieurs mois de chantier à son actif, qui nous mène à travers les décombres jusqu’à un tas de sable. Il nous missionne pour remplir près de deux cents sacs, utiles pour la préparation du ciment. Nous en profitons pour faire connaissance avec les bénévoles de l’équipe. Certains sont étudiants à l’Université de Beyrouth, chômeurs ou en activité professionnelle ayant pris une journée pour contribuer à la reconstruction.

A peine notre première tâche terminée, Georges nous fait signe de le suivre dans l’antre d’un immeuble sentant la peinture. Nous nous intégrons à une autre équipe et formons une chaîne sur sept étages. Nous cherchons la meilleure façon de nous disposer et optons pour un regroupement un par un par demi-palier. Un étrange ballet commence.

sos chretiens orient liban volontaires sur les chantiers de reconstruction maisons beyrouthNos mains se baissent vers celles en dessous pour saisir un parpaing et se lèvent pour le transmettre à celles tendues au-dessus. Petit à petit, nos gestes se coordonnent pour transmettre d’abord les parpaings puis les sacs de sable. Il faut faire attention, la moindre erreur et les pieds, ou pire la tête, ne s’en remettront guère.

Une fois la chaîne défaite il faut déjà la reformer en plus serré dans une autre cage d’escalier pour descendre les débris d’une vie passée.

Des morceaux de murs laissent place à des matelas prématurément usés auxquels se succèdent des bouts de table, de chaises et même un punchingball en lambeaux témoignant une nouvelle fois de la violence subite qui a détruit tant d’existences.

La pause, se transmet de bouche à oreille. Nous sommes tellement occupés par notre action que nous n’avons pas vu le temps passer. Nous nous réunissons sur la petite place du quartier et profitons de manouchés au zaatar. Ce mélange d’épices typique des pays du Levant, sublimé par de l’huile d’olive et étalé généreusement sur une pâte fine, nous procure les forces dont nous avons besoin pour l’après-midi qui nous attend.

sos chretiens orient liban volontaires sur les chantiers de reconstruction magasins beyrouthNous voici de nouveau dans les décombres d’un ancien magasin où les sacs de ciment sont stockés attendant d’être utilisés. 50 kg à transporter jusqu’à une camionnette. Nous nous mettons à deux mais les plus forts, voulant nous impressionner, les portent seul. C’est parti pour des allers-retours dans la poussière et l’obscurité mais toujours dans l’ambiance si amicale des chantiers que nous connaissons depuis notre arrivée au Liban.

L’après-midi se poursuit avec ses différentes chaînes, remplissage de sacs et autres aides manuelles. Les habitants du quartier nous remercient à chaque fois que nous les croisons et nous offre le café pour marquer, une fois de plus, leur reconnaissance pour ce que nous faisons. Lorsque le soir vient, tout le monde s’arrête. Nous rendons nos casques et nos gants, désormais bien poussiéreux, et nous nous apprêtons à partir. Georges nous arrête en souriant. « Vous n’allez pas partir comme ça ! ». Tous les bénévoles se réunissent et c’est en groupe nouvellement soudé par le labeur d’une journée que nous traversons le quartier jusqu’à une haute bâtisse.

sos chretiens orient liban port de beyrouth apres explosionAprès la montée des escaliers, le toit nous accueille avec une vue magnifique sur le port. Les stigmates sont encore visibles. Comment ne pas éviter à nos regards la vue du cratère et les restes du grand bâtiment attenant qui ne ressemble plus qu’à un bloc de béton blanchâtre ? Un bénévole libanais, voyant notre expression, s’approche de nous, et nous explique à mots couverts que cette ruine a sauvé une partie de Beyrouth en faisant rempart. Beyrouth a donc eu de la chance dans son malheur, certains Libanais ont évité le pire.

Nous admirons le coucher de soleil, dont les teintes orangées se mirent sur l’eau de la Méditerranée Orientale. Devant nous les armatures métalliques des entrepôts, les containers, les grues tous soufflés par l’explosion, et disposés devant nous dans un fatras indescriptible nous rappelle qu’il y a encore tant de choses à faire. Mais chaque jour nous apportons une pierre à l’édifice et chaque jour le Liban nous en remercie.

La participation des volontaires sur les chantiers de reconstruction de Beyrouth n’est possible que grâce à vos dons. Par votre soutien toujours plus important, les volontaires travaillent d’arrache pieds pour aider les Libanais à revivre. Par jour, l’association dépense 33€ pour permettre à un volontaire d’agir. En cette période de Noël, parrainer un volontaire.

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Théophane, volontaire au Liban.