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Egypte - Noël en chœur avec les enfants chiffonniers du Caire.

News - 01/12/2020

Frimousses en pagailles, des sourires édentés et des bout’chou en file indienne. Plus ou moins joyeusement, ils attendent tous le cours de chant.

Les carillons de Noël laissent échapper leurs premiers tintements. L’ambiance est à la joie. Nous entrons dans le premier dimanche de l’Avent et pourtant…

Comme chaque lundi, mercredi et samedi matin, nous avons traversé les rues du bidonville d’Ezbet El Nakhl. Et comme à notre habitude en cette fraîche matinée, nous avons été frappés ! Frappés de voir ici un animal mort, là, des femmes assises sur un monceau de poubelles cherchant quelques objets précieux dans ces déchets de la grande ville du Caire, là-bas des hommes sur leur charrette, qui reviennent des rues, chargés de détritus et qui battent leurs ânes pour hâter leur retour.

Mais le chemin terminé, les quelques marches gravies, des enfants aux larges sourires ou aux tristes mines, toujours sales, parfois abîmées, nous attendent. Ils sont là devant nous ; nous, Paul et Claire, « Baul ou Clara », c’est plus simple pour eux.

 « Zaïek » Je salue chacun d’eux en leur tapant dans la main. Ils tapent plus ou moins fort. Quelques fois, les plus charmeurs d’entre eux lancent un sourire coquin ou une grimace furtive. Miss Marlène, directrice de l’école du quartier, est là qui veille à l’installation. Il faut faire vite.

De toute façon c’est bien simple : la pièce est vide. Dans un coin des livres sont entassés, des comédies de Molière et d’autres livres français que ces bout’chou n’ouvriront certainement jamais. Au mur un tableau, une craie et la gamme que j’avais oublié d’effacer au dernier cours.

sos chretiens orient egypte bidonville ezbet el nakhl cours de musique des volontaires noelDevant moi nos petits élèves d’un jour s’installent sur des chaises placées contre le mur, et c’est tout ! Pas de bureaux, pas d’artifice, ils ne savent ni lire, ni écrire pour la plupart, l’école n’est pour eux qu’une échappatoire aux conditions difficiles de la rue. Petits élèves d’un jour, parce que certains partent et viennent. De temps à autres de nouvelles frimousses font leur apparition, mais que deviennent ils lorsqu’ils ne reviennent pas ? Nul ne sait, happés par la rue et le travail sans doute. Ces petits ont entre 6 et 10 ans mais il n’en faut pas beaucoup plus pour conduire un tuk-tuk ou une charrette.

Aujourd’hui ils sont là devant moi et nous allons ensemble réciter, plus que chanter, la gamme. Les enfants des bidonvilles d’Ezbet El Nakhl ne sont pas habitués au chant, ni à la musique, mais au bruit incessant des rues, au cris. Les Egyptiens parlent fort ! J’entonne ma gamme. Il y aurait de quoi se décourager si l’on ne remarquait pas les efforts fournis par certains de ces enfants, qui aimeraient chanter, réussir à imiter la maîtresse.

sos chretiens orient egypte bidonville esbet el nakhl cours de musique enfants chiffonniers noelC’est alors que cette expression prend tout son sens : « Les enfants sont des éponges. » Leurs regards boivent nos paroles, ils répètent après nous chaque syllabe de la comptine de Noël. « Mon beau sapin » leur petits doigts s’articulent, et commencent leur danse plus ou moins rythmée. Nous comptons les syllabes : toujours quelques doigts s’agitent de ça de là… le sens du rythme n’est pas donné à tout le monde. Alors quelques fois l’on abandonne les doigts pour frapper des mains. On se lève, on s’assoit, garçons après filles. On répète les paroles de la chanson avant de suivre du bout des lèvres la mélodie que la maîtresse s’efforce de tenir, parfois perturbée par un enfant désireux d’exprimer de tout son cœur « mon beau sapin » sur un air improvisé. Et si c’était là la beauté de Noël ? Essayer malgré tout, de s’unir autour d’un chant partagé, d’heures de travail à persévérer !

Le petit concert que nous préparons pour le 15 décembre, je l’espère beau, je l’espère touchant et porteur de joie et de chaleur. Le froid au Caire n’est pas glaçant, il n’en demeure pas moins présent et j’espère que chaque syllabe de ces chants clamée à leurs parents sera porteuse d’espérance et de chaleur aussi bien pour les enfants que pour les adultes. A vrai dire j’espère bien davantage ! J’espère que chaque personne présente à cette petite fête de Noël pourra ressentir et comprendre davantage l’esprit de pauvreté de Noël, qui bien loin de vouloir célébrer l’arrivée des cadeaux, célèbre d’abord la venue d’un enfant Roi parmi les plus pauvres de corps et d’âme. Le plus fabuleux serait de montrer à quel point les joies simples sont les plus riches expériences humaines, à quel point s’abaisser élève l’âme à la joie véritable.

sos chretiens orient egypte bidonville esbet el nakhl cours de musique volontaire noelC’est dans cette optique que trois fois par semaine nous nous efforçons, avec Paul à la guitare et avec Shady notre traducteur, de travailler ces comptines de Noël. Inès notre fidèle photographe me soutient dans l’apprentissage des chants et immortalise ces instants de labeurs que nous verrons bientôt, je l’espère, couronnés de succès. D’un succès simple : quelques sourires et regards échangés avec les enfants et poignées de main des parents.

 « Mon beau sapin » Aujourd’hui ce ne sont ni des joujoux, ni des bonbons qui seront déposés en cette fête de Noël à tes pieds, mais bien suspendus dans les airs à tes branches de jolis sourires et de jolis regards. Puisse ce simple récit vous toucher et offrir à chacun de vous un peu de cette expérience que je vis au quotidien auprès de nos frères chrétiens d’Orient.

Aidez-nous à lutter contre la misère des chiffonniers du Caire et offrez à leurs enfants un véritable Noël.

Avec 4 euros, vous offrez un jouet à un élève de Miss Marlène.

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Claire, volontaire en Egypte.