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Egypte - « Dans le bidonville de Mariut, ils meurent de faim. »

News - 20/11/2020

7h du matin, la voiture mandatée par le Patriarcat copte nous récupère au coin de la rue. Nos yeux sont encore lourds mais 3h de route nous attendent pour rejoindre la région du Lac de Mariut, à côté d’Alexandrie. Chacun s'accommode de la climatisation poussée au maximum, et nous regardons le paysage désertique défiler jusqu’au village où nous allons effectuer une donation. Chaque mois, grâce aux donateurs de SOS Chrétiens d'Orientle Patriarcat copte effectue des donations de vivres à près d’un millier de personnes très pauvres, vivant dans ces bidonvilles autour du lac.   

A peine arrivés, nous assistons à la messe. Une large salle, des bancs de bois noir, des murs peints d’icônes colorées, pas de doute, nous sommes bien dans une église copte. La pièce résonne de prières répétées avec ferveur par les fidèles. Pour un jour de la semaine, le lieu est bien plein : les hommes à gauche, les femmes, la tête voilée à droite.  

Tous tiennent à assister au saint office aussi régulièrement que possible. « Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison », « Seigneur, prends pitié de nous ». Si nous ne comprenons que très peu de mots, nous sommes marqués par l'application que met chacun dans sa prière. Debout, à genoux, assis : l’office défile. Les hommes communient puis les femmes. Viens le temps de la bénédiction finale. Coutume étrange, l’eau bénite sort non pas d’un goupillon mais d’une carafe et est littéralement projetée avec force sur les fidèles à l’aide d’un rameau. L’eau nous frappe de plein fouet, nous nous signons un peu surpris par cette dernière et vigoureuse bénédiction.  

La messe finie, le Père Srpaun, en charge de la paroisse, nous invite dans son bureau où nous attend un festin de roi : fromage, œufs, pains, yaourts … Nos estomacs affamés se réjouissent de déguster ce petit-déjeuner. De quoi prendre des forces avant la donation ! Repus, nous partons visiter le véritable centre social que l’église a construit dans le village avec l'aide des donateurs de SOS Chrétiens d’Orient.  

Une garderie accueille les enfants dont les parents travaillent la journée. Une école procure aux petits l’enseignement nécessaire pour s’ouvrir sur le monde. Un atelier de couture fait travailler les mamans et les filles à la fabrication de vêtements pour tous les âges. Un hospice prend soin des personnes âgées … Chaque endroit est propre, moderne, lumineux. Les murs des lieux consacrés aux enfants sont colorés des dessins de Minnie et Mickey. Tout ici est mis en œuvre pour aider les paroissiens à avoir un métier et les enfants à s’éduquer.  

sos chretiens orient egypte bidonville de mairutDu haut du toit, nous apercevons le bidonville qui s’étale à perte de vue. Aussi loin que nos regards portent, nous apercevons des maisons en ruines et des ruelles défoncées. Les habitations branlantes sont composées de pierres grisâtres ou de plaques de tôles. Des immeubles à moitié construits attirent notre attention : seulement deux ou trois étages sont finalisés. Certains n’ont même pas de toit et leurs escaliers semblent se lancer à l’assaut du ciel, sans but. Le linge, qui pend aux fenêtres, fait comme des tâches de couleur au milieu du paysage poussiéreux. Vues de haut, les rues semblent larges alors qu’elles sont étroites, cabossées et jonchées de déchets. Impatients, nous nous demandons ce qui nous attend quand nous les parcourons. La réponse ne tarde pas à venir car il est temps de réaliser la donation !  

Une camionnette pleine de vivres, une vieille Lada quasi tout terrain et un tuk tuk forment l’équipage qui nous mène de porte à porte délivrer nos précieux colis. Notre chauffeur nous précise avec fierté que sa Lada date seulement de 1997. Face à notre air dubitatif devant la carrosserie branlante, il assure qu’elle passe partout, surtout dans les rues défoncées des villages égyptiens.   

sos chretiens orient egypte bidonville de mairut volontairesNous voilà dans les rues étroites. Ce que nous avions entraperçu du toit de l’église se précise. Les déchets sont omniprésents. Peu d’odeur cependant, car un vent fort balaye sans relâche cette partie de l’Egypte. Des ânes se nourrissent des ordures ici et là, certains encore harnachés à leur charrette, d’autres profitant d’un éphémère repos. Les chiens et les chats sauvages pullulent.  

Dans chaque foyer, nous sommes attendus avec impatience. Colis alimentaires à bout de bras, accompagnés de notre traducteur, nous toquons à la porte. Une femme nous ouvre, le regard méfiant. A notre vue, son visage s’éclaire d’un large sourire. Elle se hâte de nous débarrasser des vivres et nous invite à entrer chez elle. Ses enfants déballent le colis avec empressement : pâtes, riz, thé, haricots, viande … Des petites choses qu’ils nous semblent évidentes de posséder mais qui, ici, représentent un véritable trésor. 

La famille suivante vit entassée dans une même pièce. Ils se précipitent vers nous. La doyenne de la famille, alitée, tente même de se lever pour nous accueillir. La camionnette se vide peu à peu de ses précieux colis, au fur et à mesure que les familles se les voient remettre. Notre organisation est bien rodée : un volontaire prend le colis, un traducteur frappe à la porte. Nous entrons quelques minutes, partager quelques instants, une prière, avant de passer à la maison suivante.   

Sur la fin de notre donation, nous traversons un canal aux eaux verdâtres et troubles. Une plaque de béton flottante, abritée par un morceau de tôle, sert de bac. Un câble de métal, sur lequel le passeur tire, sert à acheminer passagers et marchandises. Quelques livres, le bac improvisé fend les flots et nous voilà sur la rive opposée. Nous aiderons même le passeur à hâler sa « barque » pour le retour.  

sos chretiens orient egypte bidonville de mairut pere Srpaun et chiffonnier

En haut d’un escalier à moitié effondré, nous livrons notre dernier paquet. Dans l’unique pièce à vivre, meublée d’un tapis et de quelques chaises de jardin, une famille vit là, à 7 ou 8. La femme qui nous accueille ne veut plus nous laisser repartir. Elle s’accroche à nous, nous force à nous rassoir. Sa joie de vivre, sa gratitude, son sourire nous rassurent. Même dans la pauvreté, ils trouvent la force de vivre dans la joieDans chaque famille, derrière la misère se cachent la simplicité et la fraternité. 

« Dieu vous bénisse tous », répètent les mères de familles émues. La reconnaissance dans leurs yeux est visible et si touchante. Nous reviendrons ici, nous l'espérons, pour que le mois prochain, ces personnes aient encore autant de joie dans leurs yeux à la vue de leurs colis de vivres que vous nous aidez à leur apporter. 

Cette donation mensuelle, d’une valeur de 5.030€, permet de nourrir 100 familles, soit 600 personnes. Grâce à vos dons, ces femmes, maris et enfants peuvent subsister. Alors n’attendez plus ! Financez l’achat d’un colis alimentaire d’une valeur de 15€.

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Inès, volontaire en Egypte.