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Carnet de bord en Syrie #4 – Le bonheur des Syriens se trouve aussi dans les ruines.

News - 28/10/2020

En Syrie, la destruction est la première dure réalité à laquelle on se heurte. On ne voit que des ruines. Cela fait un mois que je suis ici mais je suis toujours aussi choquée de cette brutalité du paysage. Il y a quelques jours, je me suis rendue sur un nouveau chantier de reconstruction, mais cette fois, ce n’était pas une église, ou autre bâtiment, c’était véritablement la maison d’une famille. Tout comme j’ai été émue par les témoignages des personnes âgées, je l’ai été par la famille de Rim.

C’est au milieu d’un désert, sous une chaleur étouffante, que je descends de la voiture. Autour de moi je ne vois que des pierres, du sable et des débris de plastique. Quelques arbres ici et là, mais le décor est triste, et l’on dirait même que tout est abandonné. En effet, seules deux maisons en construction se tiennent cahin-caha sur ce terrain.

A première vue, l’on dirait des pierres surélevées maladroitement, avec comme toit seulement quelques planches de bois.

sos chretiens orient syrie maison en reconstructionJe prends quelques photos des travaux de l’extérieur et j’aperçois les ouvriers déjà à l’ouvrage. Sur une pauvre échelle en bois, qui ne paye pas de mine, on y monte et on y descend sans relâche afin de terminer la toiture. La chaleur est difficile à supporter, et après plusieurs photos je me pose à l’ombre quelques instants, avant de reprendre. En face de moi ces artisans continuent pendant des heures à transporter des pierres, à monter l’échelle et à la descendre. Je ne cesse de les admirer, et au fond de moi, de me questionner : « Dans quel état serais-tu à leur place ? ».

Lorsque je traverse le seuil de la maison, des petits cailloux transpercent le début de toiture et viennent tomber devant moi. A l’intérieur il n’y rien. Ou plutôt rien d’habitable : des échafaudages en fer, presque totalement rouillés, des outils de construction comme des haches, ou des pelles, et surtout un amoncellement de pierre. Péniblement je prends mes photos, toujours en regardant où je mets les pieds, car une chute est vite arrivée. Et c’est lors de cette traversée difficile que j’aperçois devant moi, un petit bonhomme avec de belles boucles blondes, qui ne doit pas avoir plus de deux ans, me regardant fixement avec de grands yeux.

Je lui souris, et certainement plus impressionné par le flash de ma caméra par que moi-même, il part en courant. Plus agile que moi, il rejoint facilement le reste du groupe, pendant que je me faufile difficilement à travers tout ce chantier.

sos chretiens orient enfant syrienCe petit garçon, qui n’est encore qu’un bébé, a le sourire aux lèvres, la joie de vivre et le regard pétillant alors qu’il vit dans des conditions extrêmement difficiles. Il ne s’en rend pas compte et il ne le saura sans doute jamais ! Quelle belle leçon de vie. Dès que je le regarde, je le vois heureux alors qu’il n’a rien ; ou plutôt, rien de matériel, car il est entouré de l’amour de ses proches, comme en témoignent les bras autour de lui toujours prêts à le cajoler ou à l’embrasser. En quelques photos, je comprends que le bonheur n’est pas dans ce que l’on a, mais dans ce dont on se satisfait. On peut avoir tout l’or du monde, toutes les maisons du monde, mais sans amour on ne vit pas et le vrai bonheur nous est inconnu.  

Un membre de la famille me tend alors une pâtisserie locale que je savoure et m’amène prendre le café dans l’autre maison à côté de celle photographiée précédemment.

sos chretiens orient syrie reconstruction apres la guerreC’est ici qu’ils vivent. Seule la présence d’un canapé et de quelques mobiliers en fait une maison plus habitable que sa voisine. Mais on n’y voit aucune isolation, aucune fenêtre ou ce qui peut paraître essentiel pour vivre. Pourtant, je les vois fières. Il y a quelques temps, il n’y avait pas tous ces meubles, ces tapis, ces canapés. Leurs travaux avancent doucement, mais avancent et ils sont heureux. Leur bonheur est simple, et c’est cette simplicité qui me frappe. Ils me remercient d’être là aujourd’hui, et intérieurement je les remercie d’être ce qu’ils sont, et de me donner autant.

Je suis face à quelque chose qui me dépasse totalement, que je ne comprends pas, mais pourtant qui m’émeut au plus profond de moi. Je le sais, je le ressens, tout cela me forge et restera gravé en moi, et reviendra me faire signe tout au long de ma vie.

Cette rencontre m’a bouleversé. On ne s’est pourtant rien dit, car nous ne parlons pas la même langue, mais un regard, une intention, et je voyais leur force. Leur capacité à se satisfaire de peu, à remercier la vie pour ce qu’ils ont, et non à la blâmer pour ce qu’ils n’ont pas. J’ai compris que le bonheur ne dépend que de nous. Il nous suffit de voir ce pourquoi on peut être heureux, et non de chercher ce qui nous manque pour être heureux. J’ai vu l’amour de cette famille qui est particulièrement émouvant, et à partir de là, je ne peux que me souhaiter le même amour, plus qu’une belle maison.  

La reconstruction de cette maison, a été rendu possible grâce au réseau d’une ancienne volontaire de SOS Chrétiens d’Orient. Touchée par leurs besoins urgents, et certainement comme moi émue du jeune âge de ces enfants, elle a voulu leur donner la chance, la possibilité d’un avenir et serein.

Des familles comme celles de Rim, il en existe des milliers en Syrie. A toutes, la guerre a pris un être cher ; à toutes, elle a laissé des souvenirs douloureux mais à toutes, elle a donné la capacité de ne jamais abandonner et de se battre pour continuer à vivre et à espérer. Alors aujourd’hui, aidez-les à vivre à nouveau et redonnez-leur un toit sous lequel vivre.

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 Joséphine, volontaire en Syrie.