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Carnet de bord en Syrie #3 – A l’épreuve de la solitude avec les personnes âgées de Homs.

News - 22/10/2020

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Une fois par semaine, je suis missionnée au Centre évangélique pour les soins aux personnes âgées tenue par des religieuses à Homs, afin de donner un peu de réconfort aux résidents qui se sentent très souvent bien seuls. Là, j’y ai fait de belles rencontres dont celle d’Aida avec qui j’ai pu échanger longuement en français.

Un exploit s’il en est car la langue est un obstacle auquel je me heurte quotidiennement. Pourtant, c’est dans la maison de retraite de Homs, que j’ai compris le sens du proverbe « On comprend mieux si l’on écoute avec le cœur. »

Chaque seconde fut remplie de joie, d’affection et de reconnaissance face à tout ce que la vie m’a apportée. Etre au contact des plus âgées est une source d’apprentissage, car ils nous partagent une vie entière d’aventures parsemées de rebondissements en tous genres.

Ces derniers jours ont été émouvants. A peine ais-je franchis le seuil de la porte, que leurs visages s’illuminent. La majorité ne parle qu’arabe, peu comprend l’anglais, mais par un sourire tout se dit. Ils me racontent leur journée en insistant bien sur la partie la plus importante : le déjeuner. Ils sont curieux de connaître nos habitudes alimentaires françaises !

sos chretiens orient syrie volontaires et personnes agees centre siteDans plusieurs chambres, ils m’offrent des bonbons et du chocolat pour que je reste plus longtemps, signe d’une grande solitude. Car oui, ici, certains sont vraiment seuls car personne ne les visite. Je suis touchée de voir qu’un tout petit geste peut leur paraître si grand. Avec eux je regarde les photos de leur mariage, de la naissance de leurs enfants, et chaque fois que je me souviens du prénom de l’un d’entre eux, ils me disent : « câlin ». Mon cœur se déchire en les voyant pleurer lorsque je pars, mais je suis émue de constater qu’ils tiennent tous à me dire en français : « A bientôt ».

Chaque semaine, j’ai la joie de rencontrer de nouveaux pensionnaires. Il y en a tellement qu’il est difficile de rester longtemps avec chacun. Alors que certains ont besoin d’une présence, d’un sourire ou juste d’une petite attention, d’autres au contraire, s’attendent à échanger longuement pour se sentir soutenu.

Ainsi, j’ai eu la chance de nouer une relation particulière avec Aida, l’une des résidentes. Un jour, elle est venue vers moi en entendant parler d’une volontaire française en mission à Homs. La discussion est vite devenue personnelle et émouvante. Elle me dit « Toi, tu es Française et tu as quitté la France pour voir les Syriens ! Moi, mes enfants ils ont leur vie en France et ne viennent pas me voir. » Les yeux rouges, ses mains serrant les miennes, son regard s’emplit de chagrin, je me retrouve sans voix. Je ne sais que dire. Prise de compassion, j’essaie de lui redonner le sourire, et lui réponds : « Maintenant que je suis ici, chaque semaine je viens vous voir. » Son regard s’illumine, mais sa douleur est profonde, et la solitude pesante.

Nous parlons de choses futiles, mais je reste interloquée par son français absolument impeccable, qui s’explique par la pratique assidue de la langue pendant toute son enfance au collège d’Alep. Elle n’y pouvait parler que français !


 

Dans ce centre, où les profils sont aussi variés que les histoires, il est toujours difficile de s’adapter à tout le monde, de trouver les bons mots, car ils ont tous une histoiresos chretiens orient syrie volontaire et personnes agees centre site différente et il ne faut pas les blesser.

Je suis toujours décontenancée par le regard qu’ils posent sur moi ! Ils sont toujours plein d’admiration, me félicite, et je sens qu’ils attendent beaucoup de ma présence. Ils ont une grande image de la France, des Français, et nous sont reconnaissants d’être aussi présent à leur côté. Souvent, ils ne me croient pas lorsque je leur dis que j’ai 18 ans. Avec des yeux ébahis et une certaine incompréhension, tous ont la même réponse : « Tu es courageuse. Bravo et merci à toi. » Cette situation est embarrassante, et je ressens une certaine pression, un certain devoir à ne pas faire de faux pas.

Ce sont des personnes qui ont connu la guerre : ils ont vécu dans un pays riche, un véritable musée de l’histoire de l’Orient, et en 7 ans, tout a été détruit. Ils vieillissent avec ces ruines, ces images et pour un grand nombre avec l’idée que leur famille a fui, et qu’elle ne reviendra pas avant quelques années. Ils sont donc seuls, incapable d’agir. Ce sujet de la solitude, de la guerre revient dans chaque conversation. Ils ne me demandent rien, mais ils me racontent.   

Au bout de quelques semaines de visites, pour la fête des personnes âgées, nous sommes arrivés avec des boissons et de nombreuses pâtisseries. Tout le monde était réuni et chacun à sa manière profitait de la fête. C’était un moment touchant car les personnes âgées étaient au centre de l’attention et fiers que ce jour leur soit consacré. Avec les autres volontaires nous nous sommes lancés dans un dabké enflammé et c’est au rythme de la musique, que cette après-midi s’est écoulée, entre les rires et les pas de danses.

sos chretiens orient syrie personnes agees et volontaire centre siteMaintenant que mon séjour à Homs touche à sa fin, car ma mission va suivre son cours dans la ville d’Alep, je deviens nostalgique des moments passés ici. Peu à peu je m’étais attachée à ces résidents, comme à toutes les personnes qui ont croisé mon chemin, de loin ou de près. Ce que j’ai vu ici, m’a profondément touché. Et cette semaine va s’achever avec cette sensation, ce ressenti d’avoir été utile, d’avoir réussi à donner de ma personne. En effet, le but premier que je donnais à ma mission, c’était bien cela : être utile, et donner ce que j’ai reçu. J’espère que les habitants de Homs auront le même sentiment que moi, car ce début de mission fut riche.

Cette fête, qui a embellit l’après-midi des personnes âgées a coûté 26€. En ces temps de crise, soutenez nos actions pour sortir les anciens de la solitude !


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Joséphine, volontaire en Syrie.