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Témoignage bénéficiaire - L’explosion de Beyrouth, le début d’un long chemin de croix

News - 02/10/2020

Deux mois après la double explosion qui a ébranlé tout Beyrouth, les Libanais sont encore sous le choc. En visitant les familles qui ont tout perdu, nous avons rencontré Sadah. Cette dame d’un certain âge habite à l’avant dernier pallier d’un immeuble de six étages. Elle nous raconte ce jour où tout a basculé.

« C’était un champignon énorme et noir qui s’est dressé. Et puis d’un coup, tout est devenu tout blanc » : son appartement venait d’être soufflé en une fraction de seconde.

Sadah nous avoue dans un sanglot que si elle a survécu à cette explosion « c’est un signe de Saint Charbel qui ne m’a pas quitté. »  A l ‘étage d’en dessous, son voisin n’a pas eu la même chance et est décédé.

Notre amie continue son récit. Quelques minutes après le choc, allongée au sol, elle ne parvient pas à se redresser. Ses oreilles sifflent, tout, autour d’elle, est trouble. A travers ses yeux embués, elle aperçoit un décor apocalyptique. L’enfer ne doit pas être bien différent de son appartement à ce moment là. Après 10 minutes, choquée et bouleversée, elle réussie à se relever et à soulever son volet, qui ne tenait plus que sur un gond. Elle venait de frôler la mort.

sos chretiens orient liban beneficiaire volontaire siteToutes ses fenêtres sont détruites. Des morceaux de verre et de bois gisent partout dans son appartement. « Il y avait même des casseroles de mon voisin d’en face qui ont été projetées chez moi. Imagine si je m’en étais prise une... Dieu merci ! »

En ouvrant le morceau de porte qui est encore partiellement accroché au chambranle, Sadah entend des cris et des pleurs. Tout le monde s’interroge sur ce qui vient d’arriver. Personne ne comprend. Elle descend lentement les escaliers encombrés par des morceaux de pierre : « Tout, mais vraiment tout, était détruit... Que s’est-il passé ? »

Très rapidement, ses voisins accourent vers elle. Ils sont au courant que Sadah vit seule depuis bien longtemps.

« Quand je suis arrivée dans la rue, je ne l’ai pas reconnue. Je me croyais dans un cauchemar, rien n’était pareil. Une voiture blanche était écrasée par une énorme pierre et les rues étaient pleines de débris » nous dit-elle la gorge serrée et les yeux remplis de larmes.

Ce jour là n’est que le premier d’un long chemin de croix. Sadah reste traumatisée aujourd’hui encore. « Quand je dors, je continue de faire des cauchemars. Je revois l’explosion et tout est encore tout blanc. Je me réveille en criant et n’arrive plus à me rendormir. »

Sadah garde des séquelles de sa chute dans son appartement pendant l’explosion. Sa main a perdu une grande partie de sa motricité. Elle ne peut rien porter à une seule main : « même mon chapelet, je n’arrive plus à le faire avec cette main ! » Son dos aussi la fait souffrir énormément. Elle n’arrive plus à se baisser et marche difficilement. Elle a réussi à faire une radio et à avoir des rendez-vous médicaux grâce aux aides financières des associations humanitaires.

« Mais jusqu’à quand cela va-t-il durer ? Je ne pourrai pas me payer tous les jours des médicaments » reprend-elle. « Je ne peux plus vivre dans ces conditions, je n’ai plus rien ! J’ai tout perdu et le gouvernement ne fait rien pour aider les plus pauvres. » Pour elle, le Liban déjà aux bords du gouffre avec la crise économique, se retrouve à genoux avec ce nouveau drame. « Celui de trop » !

Elle finit par nous dire qu’elle n’a « plus la force ni la volonté de se battre pour vivre ».

Mais grâce aux donateurs de SOS Chrétiens d’Orient, nous lui avons apporté de la nourriture et nous lui rendons visite régulièrement.sos chretiens orient liban volontaire site

Dès que nous franchissons sa porte, elle nous accueille avec un grand sourire. Avant de partir nous prenons le temps de réciter un « Je vous salue Marie » en français et un « Notre Père » en arabe. Ces moments de prière et de discussions sont toujours un plaisir et nous apportent à tous du baume au cœur. Sadah n’est plus seule maintenant.

« Merci SOS, merci pour tout ! Merci Habibi ! » nous dit Sadah en refermant sa porte.

 

En ce temps de crise, soutenez nos actions en faveur des familles pauvres libanaises : faites un don !

Olivier, volontaire au Liban