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Témoignage bénéficiaire - « Nation Station », la jeunesse libanaise en action.

News - 10/09/2020

Début d’une belle amitié entre des volontaires libanais et les volontaires français.

Depuis la double explosion du 4 août qui a ravagée le port de Beyrouth et les quartiers limitrophes, les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient sont mobilisés dans les rues, écoles, casernes de pompier de Beyrouth pour porter main forte aux Libanais dans le nettoyage et déblayage des dégâts. Ce jour-là, alors qu’ils viennent de quitter le chantier de l’école de la Sagesse, ils s’apprêtent à faire la rencontre d’une jeunesse libanaise engagée qui malgré la crise a décidé d’agir.

« Quelques jours après l’explosion, alors que nous venons de quitter l’école de la Sagesse pelle, balais et casque à la main, nous sommes fatigués, épuisés et assoiffés. Nous nous réconfortons entre nous : « Allez courage… plus que quelques mètres avant de rentrer à la maison, où de l’eau fraîche nous attend ! »

Miraculeusement, comme une oasis en plein désert, j’aperçois au loin un stand « Nation Station » qui propose à boire et à manger aux volontaires !

Une jeune brune, qui semble être volontaire tout comme moi, m’interpelle « Y3tik el3afieh » (Que Dieu vous le rende), une expression que l’on utilise ici lorsque des personnes nous aident, expression à laquelle je réponds « Allah y Rafiq » (A vous également).

Je prends ma bouteille d’eau, une première gorgée tant attendue que je savoure tout en discutant avec Lama, la volontaire libanaise qui me l’a offert.

sos chretiens orient liban nation station volontaires« Nation Station » propose de la nourriture chaude, des colis alimentaires, et des vêtements aux sinistrés de l’explosion et à toute personne dans le besoin. Elle fut créée deux jours seulement après le tragique événement, par deux amis, Hussein et John, dans une station-service désaffectée, afin de reprendre en main, comme le disent-ils « notre population abandonnée. »

Tout a commencé avec Hussein Kazoun, un jeune agriculteur, qui propose de mettre à disposition ses fruits et légumes pour nourrir les plus démunis. Rapidement, le mouvement prend de l’ampleur. Ils ont les fruits et légumes, des bouches à nourrir mais pas assez de volontaires. A son tour John Achkar, un célèbre humoriste libanais, relaie l’information et fait un appel au volontaire sur les réseaux sociaux. Très vite il est entendu ! Les volontaires ainsi que les dons affluent, à tel point que la renommée de la « Nation Station » dépasse les frontières.  Il y a quelques jours, le New York Times, lui a ainsi consacré un article.

Lama m’introduit à un groupe de jeunes, qui semble être des amis de longue date mais les apparences sont trompeuses car en réalité ils ne se connaissent que depuis quelques jours.

Une première équipe d’une dizaine de volontaires, le sourire aux lèvres, se charge de distribuer la nourriture chaude, des centaines de plats préparés par des traiteurs. Un peu plus loin, une jeune fille, Sarah, se prête complètement au jeu de conseillère de vente auprès des personnes nécessiteuses. J’ai l’impression d’être dans une véritable boutique de vêtements où ces personnes qui traversent une période difficile peuvent se détendre.

Elle insiste : « Madame cela vous irez très bien » tout en saisissant le vêtement. Elle aperçoit une veste de costume qu’elle tend à un homme : « J’ai pensé à vous Monsieur en le voyant, prenez-le ! »

A l’arrière de la station, dans un endroit frais sont stockés des centaines de cagettes de fruits et légumes frais, des tomates, des concombres, des carottes, des pommes, des poires, etc. qui ne demandent qu’à être mangés.

sos chretiens orient liban nation station preparation colis alimentaireQuatre jeunes volontaires, sont en train d’empaqueter des sacs de nourriture pour les distribuer, directement après, aux familles dans le besoin. Je souris en me revoyant, il y a quelques jours de cela, effectuant la même opération avec les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient, lorsque nous terminions de constituer nos 1 500 sacs de donation de nourriture, dans la même ambiance.

Une équipe de plusieurs jeunes, sacs à dos, feuilles et stylos à la main s’apprêtent à partir visiter les familles afin d’évaluer matériellement et psychologiquement l’étendue des dégâts de l’explosion. Par de nombreux points, nous leur ressemblons tellement.

Je remercie Lama pour cette visite et les félicite pour ce qu’ils font, chose à laquelle elle me répond : « C’est à moi de vous remercier, merci d’aider mon pays. »

***

Aujourd’hui, les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient et ceux de Nation Station ont créé de très beaux liens. Nous sommes heureux chaque matin lorsque notre chef de mission nous annonce un départ vers « Nation Station ». Nous savons que nous allons revoir nos amis, des nouveaux volontaires et que nous allons aider directement au cœur des quartiers les plus touchés par l’explosion.

sos chretiens orient liban volontaires francais nation stationUne journée de mission à « Nation Station » ne se ressemble jamais, et c’est ce qui nous plaît, car les missions du jour dépendent énormément des besoins et des dons journaliers. Il nous arrive de débuter la journée par le déchargement des camions de fruits et légumes frais, puis d’empaqueter ces produits dans des sacs et de les distribuer directement aux personnes dans le besoin, qui viennent les récupérer, tout sourire, et qui ne cessent de nous remercier, chaleureusement, une première fois en arabe, puis une seconde fois lorsqu’ils comprennent que nous sommes français.

Lorsque les dons de vêtements arrivent, Sarah, la responsable du stand, nous donne les instructions, pour les trier par sexe, catégorie, et par taille avant de les disposer sur les tables, comme dans un véritable petit magasin.

A l’ouverture, des foules se pressent ; un volontaire s’occupe de distribuer du gel hydro alcoolique et de fournir des masques à ceux qui n’en n’ont pas, tandis qu’un autre fait respecter les gestes barrières et la distanciation sociale.

Habituellement, je reste aux côtés de Sarah pour l’assister et prodiguer des conseils vestimentaires à nos visiteurs. Une tâche qui s’avère plutôt simple à réaliser car j’ai participé au tri ce matin. Une petite fille s’approche discrètement de moi. Elle doit faire partie de toutes ces familles qui, à défaut de tout perdre pendant l’explosion, vivent dans une grande pauvreté du fait de la crise en cours. Je ne me laisse pas démonter pour autant et lui tend une robe que j’ai rangé il y a une heure. Elle l’accepte, sourit et me remercie. Ses yeux en disent long sur sa gratitude et sa joie retrouvée.

Alors que « l’équipe vêtements » entame cette journée sur les chapeaux de roue, une autre sous la direction de Lama s’apprête à visiter les familles. Français et Libanais, par groupe de quatre se lancent dans la mission avec joie. Direction l’un des quartiers dévastés de Beyrouth où vivent de nombreuses familles pauvres. De l’extérieur, rien ne porte à croire que ces murs délabrés abritent des personnes démunies et pourtant ! Ici, à seulement quelques pas du port, poumon économique du Liban, nous rencontrons une femme âgée vivant avec son époux. Pour elle, nous sommes les « anges du Liban », ceux qui veillons sur les Libanais éprouvés, eux qui n’ont rien et ne demandent rien. 

Ces visites nous bouleversent toujours et nous permettent de nous remettre en question. Au regard de ce qu’ils affrontent avec tellement de foi et de force, mes problèmes de la vie quotidienne me paraissent bien futiles.

Ainsi cette mère de famille, laissée sans-le-sou après l’explosion, déclina gentiment notre colis alimentaire arguant : « Je vous en prie donnez-le à quelqu’un d’autre. Il y a forcément des gens qui en ont plus besoin que moi. » Les larmes aux yeux, elle finit par accepter les quelques paquets de nourriture avant de les montrer à ses enfants.

Chaque jour, nous sommes motivés par le fait de savoir que nous verrons le fruit de nos efforts et du cheminement, de la première caisse de concombre que nous déchargeons, à sa mise en sac, puis à sa donation en main propre. Contribuer à rendre un sourire à ceux qui ont tout perdu signifie énormément pour nous, volontaire. 

Je vous invite à soutenir d’autres projets comme celui-ci, vous qui ne pouvez pas nous rejoindre sur place, faites un don.

Lucie, volontaire au Liban.

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