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Charles de Meyer, l’audace de la foi et l’énergie de la jeunesse.

News - 07/09/2020

Charles de Meyer est le co-fondateur, avec Benjamin Blanchard, de l’association SOS Chrétiens d’Orient. Il revient sur ses premières années de fondation et évoque l’actualité. Entretien avec un aventurier des temps modernes au service des persécutés.

Vous êtes né le 8 décembre 1992. Vous aviez 20 ans quand vous vous êtes lancé dans cette aventure. S’il fallait résumer ces six années d’activité au service des chrétiens d’Orient, quels mots utiliseriez-vous ?

sos chretiens orient liban charles de meyer hopital de la quarantaineCharles de Meyer : Dans l’ordre, je dirais : foi, passion et raison. Ma phrase-clé est toujours la même : « Retissez les liens entre les chrétiens d’Orient et les chrétiens d’Occident ». Cette phrase revient régulièrement partout, et, pour moi, c’est très important, car SOS Chrétiens d’Orient n’est pas qu’une association humanitaire. C’est plus que cela. Nous nous inscrivons dans une longue histoire, une vieille amitié entre la France et le Proche-Orient. Dans d’autres pays, comme en Allemagne, on ne parle pas autant des chrétiens d’Orient. Malgré des moyens bien supérieurs, dans les débats publics allemands le sujet apparaît peu.

Justement, quels sont les sujets sensibles qui vous concernent aujourd’hui ?

Ce qui m’inquiète vraiment, c’est la nouvelle montée des tensions en Terre Sainte, en Palestine et en Israël. Les conflits qui ont frappé le Proche- Orient depuis 2011 sont en train de se résoudre et de s’estomper, même s’il reste beaucoup à faire. Cependant on dirait qu’il y a un phénomène de vases communicants : les tensions s’abaissent d’un côté, pour augmenter de l’autre. Concrètement, en Palestine, il y a une tension sur le droit de la propriété, sur la protection des biens immobiliers.

Nous avons constaté une augmentation des discriminations contre les chrétiens en Israël et le réveil des factions islamistes en Palestine. Le deuxième sujet, c’est la reconstruction. Comment organiser et opérer la reconstruction de l’Irak et de la Syrie par la « communauté internationale », alors que celle-ci a participé à cette tragédie ? Il y a beaucoup d’attentisme sur le sujet. Pour la Syrie, la propagation de la guerre civile, avec l’armement des rebelles, ne s’est pas faite sans le soutien d’une partie des puissances mondiales ou régionales.

Troisième sujet qui me concerne : ce qui est en train de se passer en Afrique, avec la déstabilisation du Soudan. Cela a déjà des répercussions sur les pays alentour.

Quand on vous écoute, on a une impression de décalage : vos actions, vos propos et votre œuvre au sein de SOS Chrétiens d’Orient montrent une grande maturité, alors que vous êtes encore (très) jeune. Je ne vous fais pas le procès du jeunisme, mais vous avez sauté des étapes, non ?

Oui, vous avez raison et toutes les questions sont bonnes à poser. Même celle-ci [rire]. A dire vrai, rien n’était prévu. Mais attention, je ne suis pas seul ; et puis j’ai une histoire familiale porteuse : je suis né à Ploërmel, près de Coëtquidan, et je suis l’aîné de cinq enfants. J’ai vécu toute mon enfance au Mans. J’étais enfant de choeur à Notre-Dame-du-Pé. Je connais bien Solesmes, la chapelle Notre-Dame-du-Chêne. J’ai eu une enfance heureuse, et j’ai toujours été leader. J’ai été capitaine de rugby, délégué de classe. J’aimais bien être le chef… Je me suis élevé à la notion de service plus tard [rire]. Je suis passé par le lycée militaire de La Flèche, j’ai fait une prépa pour intégrer une grande école de commerce, mais je n’y suis jamais entré. J’ai commencé à travailler tout de suite, comme assistant parlementaire. J’avais soif d’engagement.

En 2013, comme vous le racontez dans un livre-entretien avec Charlotte d’Ornellas, vous avez décidé de créer SOS Chrétiens d’Orient, à la suite d’événements qui sortent de l’ordinaire : une manifestation, celle de La Manif pour tous, une garde-à-vue, où vous rencontrez Benjamin Blanchard, une décision politique majeure : celle de François Hollande, qui décide d’intervenir militairement contre le régime de Bachar el-Assad à l’été 2013, et enfin la prise de Maaloula.

Ce faisceau d’événements se met en place et participe à votre décision de vous engager pour les chrétiens du Proche-Orient. Est-ce que je résume bien vos premiers pas ?

sos chretiens orient syrie noel charles de meyerOui. Je savais que je voulais m’engager pour les chrétiens d’Orient ; avec Benjamin Blanchard nous avons démarré. Je les connaissais très peu, je le dis dans l’ouvrage, je n’étais pas un passionné du Proche-Orient. J’étais complètement ignorant de la chose. J’avais pris l’avion une seule fois dans ma vie. Et à Noël 2013, nous nous sommes retrouvés dans la Syrie assiégée ; quand nous sommes arrivés à Damas, une centrale électrique était attaquée. Je sortais de mon confort. Dans un premier temps, pour que vous compreniez bien ce qui me faisait agir, il faut parler d’indignation. J’ai été blessé par la politique du gouvernement français.

Ce sentiment d’indignation, je l’ai vécu très fortement. Comme le dit l’Évangile : « Il faut pleurer avec ceux qui pleurent », sinon, on ne saisit ni le sens, ni la profondeur de ce que nous essayons de faire au sein de l’association. À 20 ans, dans notre chambre d’étudiant, nous comprenons bien que notre action est peu de chose par rapport au problème syrien. Pourtant, en lançant SOS Chrétiens d’Orient, en allant sur le terrain miné du Proche-Orient, nous avons changé une certaine donne. Nous avons retissé les liens entre les chrétiens d’Orient et les chrétiens d’Occident. Et notre engagement a été vertueux : ceux qui nous disaient de ne pas y aller, hier, nous soutiennent aujourd’hui. Désormais, nous sommes des centaines, et des dizaines de milliers de personnes nous soutiennent. En 2013, nous étions deux.

En 2013, justement, vous rencontrez Benjamin, autre co-fondateur. Qu’est-ce qui vous différencie de lui ? En quoi êtes-vous complémentaires au sein de l’association ?

Avec Benjamin nous formons un très bon binôme, et c’est notre force. Dans une équipe de rugby, dans une entreprise, dans une start-up, il faut de bons leaders.

Nous sommes complémentaires, nous avons des choses en commun et des différences. Benjamin a dix ans de plus que moi mais nous avons tous deux la passion de l’action. Et nous allons au bout de nos engagements. Notre rencontre et ce que nous avons fait depuis ont été providentiels. Nous avons pris beaucoup de risques, et nous avons assumé notre part de folie. C’est d’ailleurs la noblesse de l’engagement : s’engager, ce n’est pas faire un prudent calcul d’équilibriste, c’est aussi répondre à des exigences et des responsabilités nationales. Et nous ne sommes pas seuls.

Parlez-nous de votre première mission, en Syrie. Personnellement, intimement, comment l’avez-vous vécue ?

Le premier souvenir que j’ai, c’est le poids écrasant des responsabilités. Il faut se rappeler que j’avais 20 ans, et que nous étions 17 ou 18 dans la mission. C’étaient nos premiers volontaires. Le deuxième souvenir, c’est la messe de Noël 2013 dans Damas. J’y ai vu beaucoup d’anxiété, de peur, et en même temps comme un cri d’espoir. À ma connaissance, nous étions les seuls Français sur place. La France avait fermé son ambassade et rapatrié ses ressortissants. Il y avait aussi le correspondant de l’AFP. Il n’y avait pas de doute, le pays était bien en guerre. J’entends encore les bombardements, je vois encore les roquettes tomber.

Après cette première mission en Syrie, vous décidez d’aller en Irak : ce sera la mission « Pâques en Irak ». Quels sont vos souvenirs les plus marquants ?

sos chretiens orient irak charles de meyer camp de deplacesOui, après « Noël en Syrie », nous décidons de la mission « Pâques en Irak ». Là, l’aventure était encore plus absolue. Un saut dans l’inconnu. Nous n’avions aucun contact. Nous décidons d’aller sur place pour organiser la mission ; nous faisons des rencontres incroyables, comme ce réfugié syrien que nous prenons dans notre taxi et qui se fait arrêter, dans la plaine de Ninive, à un barrage irakien.

La mission se passe bien. Puis nous y retournons, fin juillet. D’abord pour fêter saint Charbel, au Liban, et trois jours après nous sommes en Irak. Mossoul vient de tomber aux mains de Daech. Sur place, je fais une déshydratation majeure. Je me retrouve à l’hôpital de Qaraqosh, avec Daech à huit kilomètres. Une semaine après, l’hôpital tombait entre leurs mains… Et moi, j’étais rétabli et j’avais quitté l’hôpital. J’ai passé tout l’été 2014 à m’occuper des chrétiens en exode

Propos recueillis par Antoine Bordier dans le Hors Série de l'Homme Nouveau N°36-37.