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Témoignage bénéficiaire – Etre une famille kurde syrienne dans le village libanais de Qaa.

News - 31/08/2020

Les volontaires de l’association poursuivent leurs actions quotidiennes auprès des Libanais de Qaa durement éprouvés par la crise économique et sanitaire qui frappe le Liban. Permettez leur de poursuivre leurs missions.

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Non loin de la maison des volontaires de Qaa vit une famille kurde syrienne. Originaires de Kobané dans le nord de la Syrie, à quelques kilomètres de la frontière turque, les huit membres de la famille ont dû fuir au Liban après la destruction de leur demeure par les terroristes il y a sept ans.

Hasan, le père de famille, aux mains ridées et creusées par le travail, nous demande : « As-tu encore ton père et ta mère ? » avant de nous parler des siens tués par les terroristes, en mimant le couteau plaqué sur la gorge. Massacrés parce que Kurdes, tués pour une différence à laquelle l’islamisme n’octroie aucune place.

Voilà peut-être leur point commun le plus marquant avec les chrétiens de Qaa qui tentent, eux aussi, de préserver leur culture ancestrale sur leurs terres, dans la menace permanente de se faire écraser et de disparaître dans les abîmes de l’Histoire. Ils ont connu à nouveau, avec les Libanais de Qaa, la destruction et la mort lors des attentats de 2014. Désormais, ils vivent paisiblement mais miséreux, aidés parfois par leurs voisins qui, selon leurs propres paroles, leur ont offert un accueil bienveillant.

sos chretiens orient famille kurdeRoughash, la mère, est une femme courageuse de trente et un an. Elle est très fière de sa famille de six enfants, mais très soucieuse pour leur avenir. Âgés de dix mois à onze ans, ils laissent transparaître cette complicité que l’on retrouve chez les familles unies par des évènements tragiques. Les petits semblent bien acquis aux coutumes libanaises, maîtrisant l’arabe local aussi bien que le kurde, mais leurs difficultés matérielles sautent aux yeux lorsque l’on passe devant leur logement.

A Qaa, cette famille est pauvre parmi les pauvres : tous dorment dans la même pièce minuscule. Entre les quelques salles, des rideaux font office de portes. Le sol de la maison est cabossé à tel point que l’on peut facilement se retrouver dans une flaque par distraction. A l’occasion de nos visites, nous les aidons régulièrement pour les tâches ménagères ou pour déplacer des meubles, alors qu’ils étaient au début réticents à ce que nous bougions de nos chaises et que nous sortions de notre « rôle d’invité ».

C’est dans ces moments précis que nous avons pu observer ce qui se cachait derrière ces murs plus ou moins anodins de leur maison. Les enfants rayonnants, qui sont au moins aussi bien vêtus et aussi propres que les autres enfants de leurs âges, vivent dans un cumul de problèmes matériels quotidien : les fuites d’eau, le sol et les murs à nu, les coupures d’électricité communs au village, l’insalubrité et le manque de place pour une si grande famille. Nous ouvrons nos yeux sur leur réalité.

sos chretiens orient liban famille kurde avec les volontairesEt pourtant, impossible de passer devant chez eux sans être invités dans la foulée à prendre le café ou le thé et, bien sûr, à discuter une bonne trentaine de minutes. Pas une semaine ne passe sans que les volontaires ne reçoivent un plateau de fruits ou encore un plat cuisiné avec du poulet, alors même que la crise a rendu le prix de la viande inabordable pour les plus modestes. Partagés entre la gêne d’être gâtés par une famille si pauvre et la reconnaissance pour ce geste si généreux, nous arrivons parfois à refuser une partie des offrandes, et à renchérir en leur apportant un gâteau le jour suivant. Cette propension à inviter nous oblige parfois à des décisions quelque peu honteuses, à savoir esquiver leur maison lorsqu’une activité urgente nous attend. Evidemment, ce n’est jamais sans un cœur serré… !

Quatre de leurs enfants fréquentent assidument les activités du Centre de lecture et d’Activités de Qaa (CLAC) organisées par SOS Chrétiens d’Orient. Ils arborent en permanence un sourire radieux qui ne peut laisser personne indifférent, et sont probablement le fan-club le plus fidèle des volontaires du Qaa.

sos chretiens orient liban enfant kurde refugiee a qaaLorsque les activités commencent à 10h du matin, les quatre gamins se jettent dans nos bras pour nous saluer, avec des regards soit tendres soit malicieux. Awaz, cinq ans, et Viane, huit ans, sont de véritables bombes d’énergie qu’il faut savoir canaliser dans des activités fructueuses ; autrement, on les retrouve en train de faire des tours du bâtiment en courant, enchaînant les roues, les pirouettes et les galipettes… Sans pour autant s’épuiser ! Bien différente, Caline, l’aînée de onze ans, est d’un naturel plutôt calme et sérieux. Elle ne parle pas le français hormis quelques mots pratiques, ce qui ne l’a pas empêchée d’apprendre par cœur ses trois lignes attitrées pour une pièce de théâtre, écrites entièrement en français. Sa façon de prononcer la phrase sans poser la voix, les yeux vers le ciel pour se rappeler ses mots, fait beaucoup rire les volontaires qui sont tout aussi admiratifs de son effort.

Les parents sont très heureux des activités que nous organisons pour leurs enfants au CLAC depuis le début du mois de juillet. Comme pour les autres familles, les dessins, le théâtre, les jeux en plein air et les fabrications de masques permettent aux parents d’avoir un peu de temps libre et aux enfants de se mélanger avec leurs camarades chrétiens de tous milieux sociaux.

La place de cette famille kurde dans la mission de SOS Chrétiens d’Orient est particulièrement intéressante. Le rôle premier de l’association étant d’aider les chrétiens d’Orient à rester dans leurs pays et à y vivre dans de meilleures conditions, il n’est pas absurde de se dire qu’aider cette famille sort a priori du cadre d’action. Mais bien au contraire, sa présence en dit long sur les habitants de Qaa, et sur le rôle de l’association pour protéger la richesse historique et culturelle du Proche-Orient.

sos chretiens orient liban Roughash mere kurde refugiee au libanQaa est depuis sept ans un lieu de refuge pour ces kurdes déracinés, arrachés à leurs terres à cause de la guerre en Syrie. Représentant de ce peuple sans Etat, le couple a trouvé pour leurs enfants un endroit paisible où ils n’ont rien à craindre de leurs voisins. Sur les réseaux sociaux, ils affichent fièrement une photo de famille devant une statue de Saint Charbel, félicitée et commentée par les Libanais du village. Ces gestes simples mais symboliques, tout comme la fréquentation du CLAC par les enfants et leur scolarisation au milieu des chrétiens, ne passent pas inaperçu auprès des habitants qui les voient d’un très bon œil. C’est tout à l’honneur des chrétiens de Qaa que d’avoir reçu ces étrangers, et c’est aussi l’honneur des Kurdes que de tout faire afin que leurs enfants s’intègrent sur ces nouvelles terres. Dans cette logique, l’association est un pont entre les gens du village et cette famille étrangère.

Avec l’exemple du Qaa, les volontaires sont surpris de découvrir ce qu’est réellement le village : un lieu de paix dans une région pour le moins agitée à travers son histoire. Les habitants, unis par leur foi chrétienne, savent donc réellement ce que signifie être chrétien ; la famille kurde en a sans doute compris également le sens.

Ils sont le témoignage d’un espoir qui puise sa source dans la charité toute ordinaire qui, jour après jour, montre une image positive de ce qu’est un village chrétien dans la Bekaa : un endroit où chacun peut se sentir en sécurité, accueilli généreusement, et où les enfants, quelle que soit leur condition sociale et leur confession religieuse, peuvent profiter des activités organisées par SOS Chrétiens d’Orient. Leur reconnaissance est notre fierté !

Les volontaires de l’association poursuivent leurs actions quotidiennes auprès des Libanais de Qaa durement éprouvés par la crise économique et sanitaire qui frappe le Liban. Permettez leur de poursuivre leurs missions.

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Matthieu, volontaire au Liban.