Revue de presse

Avec SOS Chrétiens d'Orient, visite d'un hôpital ravagé au coeur de Beyrouth

Valeurs actuelles

07 août 2020

Par Jean-Rémi Méneau, chef de mission SOS Chrétiens d'Orient, à lire sur Valeurs actuelles.

Ravagé. Un seul souffle a suffi pour mettre hors-service l’hôpital de la Quarantaine, situé à environ 500 mètres du lieu de l’explosion à Beyrouth. Cet hôpital situé près du port a la particularité d’accueillir un service de néonatalogie qui disposait d’un matériel aussi coûteux que nécessaire à la survie des nourrissons accueillis ici. Jean-Rémi Méneau, chef de mission SOS chrétiens d’Orient actuellement en poste à Beyrouth, s’est rendu dans ce qu’il reste de ce service, que l’association a contribué à ouvrir en 2016. Témoignage.


Le lendemain de l’explosion, après avoir eu plusieurs échanges téléphoniques avec le professeur Sacy, chef du service des urgences pédiatriques de La Quarantaine, je décide de me rendre sur place pour constater les dégâts.
En début d’après-midi, je m’enfonce dans les bouchons de Beyrouth puis longe la rue du port. Des habitants sont là, le visage fermé, qui tentent d’apercevoir ce qu’il reste du dépôt 12, épicentre de l’explosion et de cette terrifiante épreuve qui s’ajoute encore à leurs malheurs.


L’accès à l’hôpital est difficile, il faut se faufiler entre les débris, les monceaux de verre, avant d’arriver jusqu’à l’arche d’entrée de ce grand hôpital. En entrant, je tourne immédiatement sur la droite pour m’engouffrer dans le bâtiment des urgences pédiatriques, où les petits malades ont du vivre un tel cauchemar. A chaque pas, le verre craque sous mes pieds et je dois éviter les câbles électriques nus tombant du plafond éventré et les morceaux de contreplaqués déchirés qui pendent ici et là. Dans ce labyrinthe de décombres jonchant le sol dont le carrelage n’est même plus apparent, je monte à l’étage. Un banc me barre la route au milieu de l’escalier, porté là par une explosion que les Libanais n’ont « jamais connu en 20 ans de guerre ».


En poursuivant mon chemin dans la direction du service de néonatalogie, je n’ai qu’une pensée en tête : « Comment ont-ils pu être évacués dans des conditions pareilles  ? Par quel miracle n’y a t-il eu aucun mort, comme le professeur Sacy me l’a assuré…? » En rentrant dans la salle de néonatalogie, je tombe immédiatement sur une couveuse, ouverte, dans laquelle un drap maculé de sang séché me saute aux yeux, m’imposant l’image du tout, tout-petit qui a du être arraché à son cocon avant d’être exfiltré d’ici dans des conditions apocalyptiques. 

En une fraction de seconde, la vie de milliers de personnes a été détruite, 300 000 personnes se trouvent sans domicile, des nombreux malades, bébés, enfants et adultes se retrouvent, par la force des choses, chassés de leur chambre d’hôpital réduite en théâtre de guerre. Une guerre sans ennemi, une guerre qui n’a pas duré plus de cinq secondes et dont le Liban mettra des années à se relever. D'après des anciens ayant connu la guerre civile, l'état des quartiers chrétiens est plus sinistré que pendant les combats des années 1970-80.


Je ressors de l’hôpital afin de me poser quelques minutes dans la cour intérieure, sonné par ce que je viens de voir. La Quarantaine est particulièrement symbolique, à Beyrouth, car lui aussi avait subi de lourds dégâts durant la guerre. Alors que les images du drame m’assaillent encore, j’aperçois au milieu des tuiles du toit qui recouvre à présent le sol extérieur de la cour, un morceau de ferraille tordu, projeté directement depuis le port. Un objet de plusieurs kilos qui, volant au-dessus du chaos, a décidé de s’écraser là où personne ne se trouvait, évitant ainsi d’ajouter un mort à la liste, déjà trop longue.


Cet hôpital sera reconstruit et le service de néonatalogie sera réaménagé. SOS Chrétiens d’Orient s’y est engagé auprès du professeur Sacy dans les heures qui ont suivi l’explosion. Le Liban est au bord du gouffre, ses habitants ont besoin de notre soutien à tous. Ne les abandonnons pas, sauvons Beyrouth.