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Trésors de l’Orient – Le monastère Notre-Dame de Saidnaya et son icône miraculeuse.

FR - 29/07/2020

Sous ses airs de forteresse, le monastère orthodoxe antiochien Notre-Dame domine les hauteurs de Saidnaya, village montagneux situé à 4h au Nord-Ouest de Damas, sur les premiers contreforts de l’Anti Liban. Construit par l’empereur byzantin Justinien au VIème siècle, il est, après Jérusalem, le sanctuaire chrétien le plus visité du Proche-Orient, notamment le 8 septembre, jour de la fête de la Nativité de la Vierge. Il abrite la très célèbre icône de la Vierge Marie réputée pour être à l’origine de nombreux miracles de guérisons.


L’église du monastère Notre-Dame de Saidnaya fut construite en l’an 545, sur la route de pèlerinage entre Constantinople et Jérusalem, à l’endroit précis où, selon la tradition, la Vierge Marie serait apparue sous la forme d’une gazelle à l’empereur Justinien 1er. Alors que son armée traversait la Syrie pour attaquer les Perses, elle se trouva à court de ressources en plein milieu du désert. S’étant mis en quête de vivres, l’empereur se trouva en présence d’une gazelle qui lui apparut soudainement. Au moment où il s’apprêtait à tirer sur l’animal, ce dernier se métamorphosa en Vierge Marie et lui demanda de faire construire un couvent.

Notre-Dame de Saidnaya est aujourd’hui un grand centre de pèlerinage de rit grec-orthodoxe, tenu par une cinquantaine de religieuses qui veille sur la riche histoire de ce sanctuaire et sur de nombreux et précieux manuscrits.  

sos chretiens orient syrie icone notre dame de saidnayaDes milliers de fidèles viennent chaque année en pèlerinage se recueillir dans la chapelle Sainte-Marie, ce qui lui vaut le surnom de « Lourdes de la Syrie ». Pèlerins et visiteurs sont invité à se déchausser avant d’entrer dans la chapelle où règne une très forte atmosphère mystique silencieuse et paisible qu’accentuent les cierges, les ors et les icônes qui l’ornent. Hommes et femmes, agenouillés devant l’icône sacrée, hument l’air dans l’espoir de sentir ce parfum si agréable et envoûtant qui, leur a-t-on dit, se dégage de temps à autre de l’icône.

sos chretiens orient syrie monastere orthodoxe saidnayaSi les hautes et solides murailles du monastère, de grandes pierres dorées par le soleil, émerveillent, l’intérieur du bâtiment est un enchevêtrement bizarre de chambres, couloires et d’escaliers suivant les nombreuses irrégularités du terrain. Il renferme une précieuse Shaghoura, image de Marie qui aurait été peinte par l’évangéliste Saint-Luc ou en serait une réplique, que l’on dit miraculeuse. Elle aurait été introduite bien après la construction du sanctuaire par un moine, pèlerin de Terre Sainte.*

De nombreux autres églises et monastères catholiques et orthodoxes ont été construits dans Saidnaya à travers l'histoire, comme les monastères orthodoxes de Saint-Ephrem et de Saint-Georges, ou le monastère catholique Saint-Thomas.

sos chretiens orient syrie statue jesus christ mont des cherubinsDans les environs, une statue monumentale du Christ, surplombant les montagnes des Chérubins, a été érigée en 2013, par les Eglises orthodoxes d'Ukraine et de Russie, Placée à une altitude de 2100 mètres, la sculpture en bronze de 32 mètres, surnommée « Je suis venu pour le monde », peut être vue depuis le Liban, la Jordanie, la Palestine et Israël. Elle incarne « un espoir de paix dans toute la région du Proche-Orient. »

La sculpture est l’image de la Parousie : le Christ bénissant, foule le serpent qui personnifie le mal. Il est flanqué d’Adam et d’Eve dont les têtes sont baissées. « Nous avons voulu que le nom du Christ puisse faire cesser le bain de sang que vit actuellement la Syrie. Je crois que notre sculpture est unique au monde : la seule à être tournée vers le futur, non vers le passé. Nous plaçons tous nos espoirs en Christ parce que c’est de lui que nous attendons le salut », affirmait Samir El Gabban Chakib Samir, directeur de la Fondation Saint-Paul et Saint-Pierre, dans des propos rapportés par le site Aleteia.

Le projet fut initié en 2005, avant le déclenchement des événements tragiques qui se déroulent aujourd’hui dans le pays, et béni par Sa Béatitude Ignace IV, Patriarche grec-orthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient.

Mais l’installation s’est conduite dans un contexte particulièrement tendu en plein cœur des opérations militaires en Syrie. C’est seulement grâce à la médiation des Églises orthodoxes russe et d’Antioche qu’un accord a été conclu pour établir une trêve des opérations militaires pour quelques jours le temps de mettre en place cette statue.

Sources : Notre-Dame de Saydnaya, Pascalchristian.fr, Youtube, La Croix


La légende du monastère

* Au temps où les Byzantins étaient maîtres de la Syrie, une sainte veuve, voulant fuir le tumulte du monde, se retira à six milles de Damas en un lieu nommé Sardanaï, et s'y étant bâti une maison, ainsi qu'un oratoire dédié à la Mère de Dieu, elle exerçait là l'hospitalité envers les pauvres pèlerins.

Or, il arriva qu'un moine de Constantinople y fut reçu, et la veuve, ayant appris qu'il se rendait à Jérusalem, le supplia très humblement de lui rapporter de la ville sainte quelque image ou tableau représentant la Mère de Dieu qu'elle mettrait dans son oratoire.

Il promit de revenir avec une image pour la cénobite. Quand le moine eut terminé son pèlerinage et visité tous les lieux saints de Jérusalem, oublieux de sa promesse, il voulut partir et se mit en route. Mais, à peine sorti de la ville, il entendit une voix du ciel lui disant : « Comment ?  Reviens-tu les mains vides ? Où est l'image que tu as promis de rapporter à la sainte cénobite ? » 


Le moine se rappela alors la parole donnée, et étant rentré dans Jérusalem, il chercha des vendeurs d’images. Parmi celles qu'on lui offrit, une lui plut davantage, et l'ayant achetée, il l'emporta avec lui et sortit de la ville. En chemin, il arriva à un endroit où se trouvait un lion qui dévorait tous ceux qu'il pouvait atteindre. Le fauve vint en rampant lui lécher les pieds.

Il échappa ainsi, à tout danger, par la protection du ciel. Plusieurs brigands qui voulurent porter la main sur lui, furent soudainement frappés de terreur par la voix menaçante d'un ange. 

Avec l'aide de Dieu, le moine continuait donc sa route. Pensant qu'il possédait une image aux vertus miraculeuses, il résolut de ne pas l'abandonner à la sainte veuve et de la rapporter avec lui dans sa patrie.

Parvenu à Acre, il s'embarqua sur un navire vers Constantinople. Après quelques jours de navigation, il s'éleva subitement une horrible tempête. Les matelots, pour alléger le navire, commencèrent à jeter à la mer tout ce qui se trouvait à bord. Et comme le moine se préparait à lancer le sac contenant l'icône, un ange lui fit entendre ces paroles : « Garde-toi bien de jeter l'image à la mer, mais élève-là vers Dieu. » Il obéit, et aussitôt la tempête s'étant apaisée, la mer redevint calme. Le navire ne sachant plus quelle route tenir, rentra à Acre.

Le moine, voyant alors ce qui se passait, y reconnut la volonté de Dieu, et, résolu à tenir sa promesse, se rendit chez la cénobite, portant avec lui l'image sacrée.

Mais la veuve ne reconnaissant pas son visiteur ne lui réclama pas l'icône. Ce que voyant, le moine pensa de nouveau à la garder et à la remporter avec lui, et, ayant pris congé, il entra dans l'oratoire pour prier avant de se remettre en route.

Mais quand il voulut sortir, la porte de l'oratoire avait disparu. Déposant donc l'icône qu'il portait, il aperçut la porte, et ayant repris son précieux fardeau, il ne put la retrouver. Ce phénomène se renouvela toute la journée, la porte disparaissait chaque fois qu'il reprenait l'image.

S'inclinant alors devant ce miracle, il déposa l'icône et alla raconter à la cénobite tout ce qui venait de lui arriver, en ajoutant que la volonté divine était certainement que cette icône demeurât et fut vénérée en ce lieu.

La cénobite la prit donc et commença à bénir Dieu et la glorieuse Vierge de tout ce qu'elle entendait. Le moine s'engagea à servir Dieu, en ce lieu, pendant le reste de sa vie. L'image qui suscitait une grande vénération sécréta bientôt un liquide qui guérissait tous les malades qui en étaient touchés.

Aussi, la renommée de ces miracles s'étant bientôt répandue, les malades affluaient de toutes parts et s'en retournaient en bonne santé. 

  1. Editions Lépinois. Pèlerinage de Thetmar et Burchard, page 26.
  2. Assemam. Catal., Manus., Syriac. Vatic., tome II, page 26.