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Attaque de l’Azerbaidjan contre l’Arménie : un combat aux confins de l’Occident

FR - 17/07/2020

Depuis le 11 juillet, des combats secouent la frontière entre l’Arménie et l’Azebaïdjan et ont provoqué la mort de 11 soldats azéris et 4 soldats Arméniens. Ces tensions entre les deux Etats ne sont pas nouvelles ; les deux pays sont en conflits depuis le début des années 90, avec en toile de fond la sécession du Haut-Karabagh, une région historiquement, culturellement et religieusement arménienne, enclavée en Azerbaidjan. Cependant, c’est la première fois depuis longtemps qu’une attaque de cette ampleur se produit dans le district du Tavoush, au Nord-Est de l’Arménie.

Cet évènement réactive des querelles historiques. Revenons quelques temps en arrière. Au XIXème siècle, la grande Arménie est partagée entre la Russie et l’Empire ottoman. En 1915, le gouvernement Jeune Turc ottoman organise la déportation et le génocide des 1,2 millions d’Arméniens qui vivaient en Turquie. Suite à l’effondrement de l’empire Russe en 1917, la partie russe devient une république, qui rejoint l’URSS en 1920, en même temps que l’Azerbaïdjan voisin. Le comité central du parti communiste déclare alors le rattachement du Karabagh à l’Azerbaïdjan, en dépit d’un accord amiable conclut entre les deux états caucasiens.

C’est le début d’un statu quo de 70 ans, qui sera brisé en 1988 lorsque le Karabagh fait sécession. A la chute de l’URSS, chacun des états accède à l’indépendance, et l’Azerbaïdjan envoie ses troupes s’emparer du Karabagh, attaque qui est repoussée par les Arméniens vivant dans l’enclave. Une trêve est conclue en 1994, mais les tensions subsistent, se traduisant notamment par des échanges de tirs sporadiques de part et d’autre de la frontière. C’est sur cette toile de fond que s’inscrivent les récents évènements.

La frontière, militarisée, voit les soldats de chaque état s’observer depuis des décennies. Les habitants ont appris à vivre avec la guerre, calfeutrant les fenêtres exposées à l’Est, aménageant les caves et faisant des réserves de nourritures en cas de besoin. Mais lundi dernier, des tirs d’artillerie de gros calibre ont été échangés, tuant quinze soldats : onze Azéris et quatre Arméniens. Chaque gouvernement accuse l’autre de provocation, Moscou appelle au calme, défendant ses intérêts dans la région. La Turquie, de son coté, a réaffirmé son soutien à l’Azerbaïdjan.

L’Arménie se retrouve donc entre deux blocs, la Turquie à l’Ouest, qui a laissé dans l’histoire du peuple arménien une cicatrice sanglante, et l’Azebaidjan à l’Est, qui souhaite se voir rattacher la région du Karabagh. Si la frontière turque est surveillée par l’Armée russe, ce qui en interdit toute violation, l’Arménie se retrouve aux prises avec l’armée azérie, dont le budget militaire est plus important que le budget total de l’Arménie. Le combat de David contre Goliath ?

Dans ce jeu géopolitique, l’Arménie peut néanmoins compter sur le soutien de poids de la Russie, qui souhaite voir la situation revenir au calme, et qui défend cet état chrétien dans une région dominée par l’Islam. De son côté, « en sa qualité de coprésidente du groupe de Minsk, la France (…) réitère son engagement en vue de parvenir à un règlement négocié et durable du conflit du Haut-Karabagh, dans le respect du droit international » selon l’ambassade française à Erevan. L’avenir dira si ces tensions vont s’amplifier, ou si la situation dans le Caucase reviendra au calme, permettant aux chrétiens arméniens de vivre en paix et de continuer à reconstruire leur pays.

Crédit photo de couverture : UN Photo / Armineh Johannes