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Témoignage chef de mission – L’Orient m'a appelé ! Je n’ai pas résisté à son appel.

News - 26/06/2020

Après des études à l'IEP d'Aix-en-Provence et à l'IAE de Nice, j'ai commencé à travailler et à m'investir dans ma ville de naissance. Connaissant Benjamin Blanchard, le directeur général et fondateur de l'association, depuis quelques années, j'ai très vite suivi l'évolution et toutes les actions de SOS Chrétiens d'Orient en Syrie, en Irak puis en Jordanie et au Liban.

Bénéficiant comme tous les Français de 5 semaines de congés plus quelques jours de récupération, j'ai décidé en mai 2016 puis en octobre 2017 de partir 1 mois avec l'association en tant que simple volontaire. Ces deux missions se déroulèrent en Syrie, à Damas et à Sednaya pour la première puis à Damas, Alep et Maaloula pour la seconde.

Profondément touché par la spiritualité et le courage des Syriens notamment des chrétiens qui dans certains villages parlent encore l'Araméen, la langue du Christ, je dois avouer que je ne pensais pas trouver autant de bonheur, de joies, de foi et d'inspiration en faisant le choix de partir.

sos chretiens orient syrie bergers de maaloulaAu tout début, la soif de découverte et l'envie d'aider primait sur la redécouverte de ma foi chrétienne et le besoin désintéressé de servir son prochain. C'est ainsi qu'a débuté pour moi l'aventure SOS Chrétiens d'Orient : dans des villages montagneux et dans des villes dix fois millénaires où les hommes tutoient Dieu, sourient à l'étranger de passage, bâtissent leurs maisons tout en aidant leurs amis qui bâtissent la leur.

Un pays d'Orient où les gens ne prient pas comme nous, où les chants sont différents, là où les plus anciens parlent aux pierres comme aux hommes, ils cueillent les plantes de l’erg, boivent avec leurs amis et parfois ils s’arrêtent, regardent les étoiles, et ne disent plus rien… Chut ! Ils prient : pour eux et pour nous…

Ainsi, après ces deux expériences dans l'humanitaire ma vie ne pouvait plus être la même à mon retour. Déjà, dès les premiers jours de mon retour s'opérait un changement en moi et l'appel de l'Orient qui a attiré et parfois piégé tant de Français se faisait ressentir pressant et pesant; et je n'ai pas attendu longtemps avant d'avoir l'opportunité d'y retourner ! En effet, au début de l'année 2018, j'apprenais que l'association souhaitait ouvrir une nouvelle mission en Egypte.

Le signe de Dieu était là, il fallait que je postule pour monter, créer et vivre cette nouvelle mission. L'envoi du CV, l'entretien d'embauche, le déménagement à Paris quittant ma Provence natale ! Tout s'est très vite passé entre mai et juin 2018 et en juillet je posais mes valises au Caire, capitale tentaculaire de plus 20 millions d'habitants !

sos chretiens orient egypte communaute copte caireCe nouveau travail est pour moi comme un saut dans l’inconnu ou presque. Tout reste à découvrir et à appréhender. Je dois l’avouer, à l’annonce de ma nouvelle affectation, je ne connais rien sur ce peuple de chrétiens autochtones, descendants des pharaons et parmi les premiers chrétiens convertis après le passage de l’évangéliste saint Marc. Noyés au milieu de plus de 80 millions de musulmans, les Coptes sont soudés et conscients de leur identité, j’en parlerai plus tard…

Le 12 juillet, l’avion était annoncé pour les 14h et quelques… je ne me souviens plus exactement. Dans tous les cas, j'étais à l’aéroport en avance comme d'habitude car trop tôt vaut mieux que trop tard.

EgyptAir est à l’heure. C’est rassurant, mais en 2016 après la perte d’un avion dans la Méditerranée, la compagnie avait été encore dénoncée par plusieurs institutions européennes comme étant peu sure et ayant beaucoup de lacunes dans l’entretien et le suivi de ses appareils…  Qu’importe, Dieu veille. Il est là ! Mon chapelet à la main, j’égrène. Il est bientôt temps d’embarquer pour les chaleurs intenables de juillet-août en Egypte. Là-bas, la terre brûle et le soleil est dit-on sans charité envers les nuques découvertes. Je suis de Provence, je survivrais...

Après plus de 4h de vol, l’avion descend progressivement et effectue des virages sur la gauche, l’Egypte se dévoile : le désert, les pyramides que j’aperçois sur la droite de l’appareil, et puis la mégalopole du Caire, étendue, gigantesque, dévorante, sans fin à l'image du désert de pierre et de sable qui l'entoure de part et d'autre.

sos chretiens orient egypte bidonville ezbet el nakhl caireJ’étais loin d’imaginer cela à ma sortie de l’aéroport mais déjà le survol de la capitale égyptienne offre un avant-goût : la pesanteur, la pollution, la surpopulation. Le Caire vous saute à la gorge, vous enfume les yeux et vous prend la main pour vous mener dans le dédale de rues millénaires. L’Egypte c’est donc le chaos « organisé », l’air saturé qui vous encombre les poumons et vous cache les parfums disparus de l’Orient.

Nous sommes à un carrefour géographique et historique et lorsque ces deux notions se marient, elles peuvent donner naissance à un enfant déroutant, surprenant et magnifique. Un enfant à la fois surdoué et oisif, beau et laid, explosif et calme.

L’Afrique pousse. Elle est ici chez elle mais le cœur de la nation est arabe dans sa mentalité et dans son comportement, les mosquées chantent et couvrent le sifflement doux du Nil et de ses ibis.

Ici, les pharaons ont construit leurs tombeaux, les grecs leur bibliothèques, les romains leurs forteresses, les chrétiens leurs églises et les musulmans y sont restés apposant lentement leurs marques, leurs mœurs et leur conception de la vie en société. Le sable indolent et insurmontable avait fait le reste en engloutissant les vestiges passés ou en laissant les hommes des califes construire sur les ruines païennes.

Parmi les bruits pêle-mêle : klaxons ininterrompus, la cohue des rues et la poussière hurlante, charriant les détritus de plastique, qui s’élève partout. 100 millions d’Egyptiens se côtoient d’Alexandrie à Assouan en passant par la tentaculaire capitale du Caire. Ici, l’Egypte suffoque mais ailleurs il peut en être autrement, le désert est un grand refuge et il demeure indompté par l’Homme. Il est encore des lieux, domaine exclusif de Dieu et de l’inconnu.

C’est donc ici, après le Liban, la Syrie deux fois et l’Iran, que j’ai posé mes valises, enfin du moins pour un temps selon les obligations de mon travail et selon la volonté de Dieu. L’Egypte offre un spectacle déroutant et grandiose. Longtemps, les Égyptiens ont dominé les autres nations mais leur temps est révolu. L’Histoire a basculé et les peuples d’autrefois ont perdu leur essence.

sos chretiens orient syrie shisha et cafe dans les ruines d alepL’Orient, il faut que vous le sachiez, est un virus. Frère du poison et père des passions, le virus s’inocule insidieusement et secrètement. Il est là dans les ruelles pavées millénaires, à l’ombre des minarets, devant les portes des monastères, dans les vapeurs des chichas, au détour d’un café turc là où se dressait avant un harem, un hammam ou peut-être une confrérie soufie. Kessel y était, Saint-Exupéry y était, Lawrence d’Arabie y a trouvé son nom et les Français sont inexorablement attirés depuis des siècles par ces peuples des déserts.

Les chants, les cris, les bruits, les larmes, les lamentations et les rires sont les appels de l’Orient : forts, gutturaux, ils tranchent avec la pudeur des femmes voilées et les secrets des moucharabiehs mais ils répondent indirectement aux appels du muezzin et aux prières orthodoxes.

Non, à vrai dire je ne l’imaginais pas comme ça mon Egypte, mais peut-être je l’espérais, oui, me faire surprendre par le chaos, par le flot continu de la lenteur exacerbée en son plus haut point : Dieu pourvoit, laissons faire.

Ainsi, j'apprends sur le tas auprès de Tanneguy mon formateur et précédemment chef de la mission en Irak : l'administratif, les relations publiques en Orient, les finances, la sécurité, la gestion des employés, la gestion des volontaires, le planning, la comptabilité, les budgets, les tableaux et les rapports, les lieux etc... Un maximum de notions doit être intégré en quelques mois car mon formateur s'en va vers d'autres horizons après plus de 3 ans chez SOS Chrétiens d’Orient.

Quelques mois après cette arrivée dantesque, les choses ne se sont guère apaisées. Les tâches administratives, les activités, les rendez-vous, les budgets, les volontaires, les employés, beaucoup de choses requièrent une attention de tous les jours et de toutes les secondes je dirais.

Je découvre et j'appréhende l'Egypte petit à petit : les Pyramides de Gizeh, immense amas de pierre géométrique, trois tombeaux écrasants devenus musées à ciel ouvert pour « instagrameuse » en mal de stock de photos et gagne-pain facile pour des anciens bédouins venus du désert occidental.

sos chretiens orient egypte volontaires monastere saint antoineIl y aussi les monastères, les églises, le vieux Caire chrétien, le grand souk Khan El Khalili, le Nil, le grand musée Égyptien... oui décidément ce pays et ce travail vont bien ensemble : riche, vaste, compliqué, exaltant et fastidieux mais tellement beau et surprenant.

Au détour de certaines tâches, je découvre et j'apprends à connaitre les Coptes notamment via nos employés locaux, nos interprètes de mon âge, nos amis égyptiens et certains prêtres ou « abouna » (père en arabe) que nous rencontrons au fil du temps. Je pourrai les décrire un à un mais le tout serait fastidieux après deux ans en Egypte, car les rencontres amicales et les liens fraternels se créent très vite au contact des chrétiens d'Egypte.

Je pourrais citer le docteur Adel Ghali, médecin aux côtés de Sœur Emmanuelle pendant 17 ans et véritable saint vivant !

Monseigneur Krikor Coussa, évêque des Arméniens catholiques, le premier évêque que nous avons rencontré.

Ayman et Saleh, nos amis du bidonville du 15 mai.

Sœur Maria, mère supérieur de la Congrégation des Filles de Marie dans le bidonville d'Ezbet El Nakhl.

Père Marcos, moine du désert dans le premier monastère du monde, Saint-Antoine.

Mes rencontres sont riches et nombreuses et elles me poussent toutes inexorablement à vouloir aller de l'avant et connaître dans les moindres détails, les Coptes, leur Eglise et leurs traditions mais aussi ce pays si riche de par son passé et son Histoire gargantuesque.

Les Coptes sont majoritairement pauvres voir très pauvres. Sur 17 millions de coptes Egyptiens, 9 millions vivent en dessous du seuil de pauvreté et plus du tiers ne sait pas lire ni écrire. Répartis dans les grandes villes, les villages de Haute-Egypte et les bidonvilles en périphéries des capitales des gouvernorats, ils souffrent de discriminations tout au long de leur vie : mention « chrétien » sur la carte d'identité, impossibilité de dépasser le grade de capitaine dans l'armée, une dizaine de député au parlement sur 596 sièges etc.

sos chretiens orient egypte bidonville ezbet el nakhlTous les visages de la pauvreté sont là et en particulier chez les chrétiens rejetés vivant dans les bidonvilles et dans les villages de Haute-Egypte ! Pourtant, ce qui m'a toujours marqué c'est leur fierté, leur dignité, leur force impressionnante même je peux dire. Ces gens, ces chrétiens des bidonvilles ont quelque chose de dur, extrêmement digne. Ils regardent la pauvreté en face depuis de nombreuses générations et dès leur naissance, ils vivent avec elle, fiers de leurs origines chrétiennes ancestrales. Une croix tatouée sur le poignet quand ils/elles sont bébé, un pendentif de Saint Georges autour du cou et la mention « chrétien » sur leurs cartes d'identité font leurs histoires et contribuent à les endurcir dans la foi et dans l'espérance.

Jérôme, chef de mission en Egypte.