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Violence, crise économique et pauvreté ! Qu’a donc fait le Liban pour subir un tel courroux ?

FR - 19/06/2020

Voilà un certain temps que l’on voit défiler, dans l’actualité européenne, des articles sur la violence qui secoue le Liban. Ce beau pays d’Orient traverse une crise d’une rare intensité. Des coups de feu par centaines rythment le quotidien autrefois plus apaisé des Libanais. Des pro-révolutionnaires descendent par milliers dans les rues, bloquent les autoroutes principales du pays en y déversant des tonnes de gravats. Des policiers, des militaires même, finissent à l’hôpital. Des manifestants sont blessés, des banques, des commerces, des établissements sont saccagés, incendiés. Tandis que certains clament que « l’heure est à la révolution » en désaveu du gouvernement, d’autres enchérissent en s’attaquant au Parlement. Rappelons-nous qu’il y a une semaine, des manifestants en ont forcé les barricades en les escaladant avec des barrières métalliques. Des affrontements avaient alors éclaté avec la police, tirant à balles réelles. Oui… ici, rien n’est calme. Tout est en émoi.

Le terrible cercle de la violence est enclenché dans ce pays aux habitants pourtant si conciliants. Alors penchons-nous sur les différents éléments qui expliquent la situation actuelle du pays des Cèdres.

Depuis plus d’un an, le Liban est traversé par une profonde instabilité économique. En été 2019, des milliers de Libanais appellent à la révolution et descendent dans les rues. Ils jugent leur gouvernants corrompus. La confiance que le peuple leur donnait est brisée. Il faudra du temps pour que cette confiance se reconstruise. Le mois de novembre voit des manifestations quotidiennes engendrant des blessés par dizaines. Les mouvements de protestation contre le confessionnalisme, la corruption et les inégalités sociales présents au Liban apparaissent. Les prémisses de l’invraisemblable crise économique se font ressentir et bien des Libanais se retrouvent à la rue.

sos chretiens orient liban crise et pauvreteMalheureusement, cette crise économique va s’accentuer le 9 mars 2020, lorsque le Liban sera déclaré en défaut de paiement, ne pouvant pas rembourser les eurobonds. Un nombre de banques libanaises tombent en faillite. Il devient impossible de retirer des dollars et des livres libanaises dans plusieurs institutions. Bien qu’elles aient encore de l’argent en banque, beaucoup de familles libanaises ne peuvent plus y avoir accès. « A quoi cela me sert-il d’avoir de l’argent en banque si je ne peux pas le sortir », dira un Tripolitain. La classe moyenne plonge. Le taux de pauvreté explose. Des chiffres aberrants parlent : le seuil de pauvreté dépasse alors les 45 %. Si le Liban n’a pu rembourser ses dettes, c’est parce qu’un « trou » est à déplorer dans les caisses du pays. Plusieurs milliards de dollars sont manquants, aussi le peuple réclame-t-il des réponses quant à la localisation de ces dollars depuis mars.

Outre cet événement venu intensifier les manifestations, le coronavirus a fait son apparition. Le Liban, alors en pleine crise, se voit contraint de confiner sa population. Depuis le 17 mars, les ports et aéroports sont fermés. Le pays entre en confinement et impose la fermeture de la plupart des commerces pendant des semaines entières. Le 13 juin, 1.422 personnes sont atteintes et 31 décès sont à déplorer…

sos chretiens orient liban fanar jeunes libanais et animateurEn raison de l’expansion du coronavirus, le Liban a annoncé, le vendredi 28 février, la fermeture de toutes ses écoles et universités. Cette fermeture devait durer une semaine. Au crépuscule de ce délais, la fermeture est prolongée d’une nouvelle semaine. Et ainsi de suite, de 7 jours en 7 jours, et puis de 14 jours en 14 jours... La jeunesse, en besoin d’éducation, se retrouve confinée et n’a plus mis un pied dans les établissements scolaires depuis des mois. Aujourd’hui encore, alors que bien des secteurs d’activités ont pu rouvrir, l’entièreté des écoles et universités libanaises sont fermées.

De plus, l’année à venir s’annonce rude pour le système scolaire. En effet, il semblerait que 80% des écoles privées catholiques du Liban ne pourront pas rouvrir leurs portes en septembre 2020, faute de moyens. Cette nouvelle est conséquente lorsque l’on sait que ces écoles scolarisent environs deux tiers des élèves des établissements privés du pays.

La crise économique, conjuguée au confinement, a suscité une nouvelle vague de manifestations.

Celles-ci, plus violentes qu’au mois de novembre, entendent protester contre la détérioration sans précédent de la situation économique et sociale doublée de l’importante dégradation de la parité de la livre libanaise face au dollar. Par des heurts, des jets de pierres, des tirs de feux d’artifices, des lancés de grenades, des pneus enflammés et des cocktail Molotov, les manifestants s’en prennent aux forces de l’ordre. Ainsi, le 28 avril, de violents heurts à Tripoli ont blessé 54 militaires de l’armée libanaise et des véhicules des forces de sécurité ont été incendiés. Un manifestant de 26 ans est mort d’une balle tirée par un militaire, suscitant une hausse de violence dans les manifestations qui suivirent. Enfin, plusieurs banques et petits commerces de Tripoli ont été vandalisés et incendiés. « Je manifeste car j’ai faim, car je n’ai plus d’argent, » déclare une Tripolitaine.

sos chretiens orient liban route qaa revolutionLe jeudi 11 juin, les volontaires ont quitté Beyrouth pour se rendre à Qaa, village chrétien du Nord Liban, afin d’y apporter leur aide. Ce trajet qui devait durer 2h30 en pris bien davantage. Car, en effet, le mécontentements des Libanais se fait aussi ressentir sur les grands axes routiers du pays. Cela transparaît par les innombrables barrières de bidons, murailles de pneus, murs de gravats déversés au milieu des routes, forçant les voitures à faire demi-tour, parfois sur les autoroutes elles-mêmes. Les véhicules déroutés cherchent des alternatives et vont jusqu’à se perdre dans des chemins de campagnes reculés pour tenter d’arriver à leur destination. C’est après bien des contournements et détours que les volontaires finirent par atteindre Qaa.

La crise économique continue, elle bat son plein et la dévaluation de la livre libanaise (LL) poursuit son effrayante chute. Depuis janvier 2020, elle a ainsi perdu 70% de sa valeur face au dollar. « La colère va grandir, car la livre s’écroule et le gouvernement est incapable de réagir, » clame Ali, un ex-serveur de restaurant au chômage. Ici, les gens ont peur. Les gens ont faim. Le taux de population sous le seuil de pauvreté, que l’on savait à 45 %, a atteint, le 7 mai, les 60 %… il ne fait que grimper inexorablement. Aussi voit-on les gens s’insurger de plus en plus contre la situation actuelle. Il y a quelques jours, à Beyrouth, un manifestant du nom de Haitham scandait : « les gens n’en peuvent plus, ça suffit », « les gens n’ont pas de travail, ni de quoi manger. Ils ne peuvent pas acheter des médicaments, des couches ou du lait pour les enfants ».

Pourquoi donc le Liban doit-il subir un tel courroux ? Que faire lorsque des centaines de milliers de familles ne peuvent plus retirer d’argent et voient celui qu’elles possèdent perdre sa valeur chaque jour ? Est-il possible de venir en aide aux Libanais alors que la violence est en plein essor ?

Oui vous pouvez ! De chez vous, soutenez ces familles libanaises dans l’épreuve !

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Bruno, volontaire au Liban.