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« Si mon devoir est à Beyrouth, mon cœur lui est à Mina. » Récit d’un volontaire au Liban.

FR - 26/05/2020

Jour 1 – Découvrir Tripoli

Nous suivons la côte sur de nombreux kilomètres, frappés par la proximité frappante entre la mer et la montagne qui nous entourent. Avec l’arrivée de beaux jours, le vert éclatant des montagnes se jette dans l’infini turquoise de la Méditerranée. Hélas, à de trop nombreuses reprises des constructions déforment le paysage. Çà et là des immeubles à moitié terminés, quelques usines, un « parking » de grues immenses et désordonnées, viennent briser net ces instants de contemplation. Le Liban est beau certes, mais meurtri à bien des égards.

sos chretiens orient liban port tripoliAprès avoir laissé Hamat, nous passons comme une sorte de petit col derrière lequel s’étend à quelques kilomètres la ville de Tripoli. La route passe tout à côté d’une baie dont les eaux tranquilles nous invitent à goûter leur fraicheur. La tentation est énorme, dehors il fait 38° déjà et malgré la climatisation la sueur perle sur nos fronts. Stoïques nous continuons la route, nous avons rendez-vous avec Maya, responsable de l’association Al-Tawarek et grande amie de SOS Chrétiens d’Orient.

A notre arrivée, on devine derrière son masque un sourire qui illustre la joie de nos retrouvailles. Il faut dire que, malheureusement, nous n’avons pas toujours pu maintenir une présence à Tripoli pendant ces derniers mois. Deuxième ville du Liban, Tripoli est un des endroits les plus touchés par la misère. Lorsqu’en octobre 2019 la « Tawra » éclate, la ville devient le théâtre de nombreux affrontements violents, raison pour laquelle les volontaires sont rapatriés pendant de longs mois à Beyrouth.

La plupart d’entre nous n’étions jamais allés à Tripoli et par conséquent ne connaissions pas Al-Tawarek. Maya se fait donc un plaisir de nous présenter rapidement l’association, dont le nom signifie « Urgence » et qui existe depuis maintenant 30 ans.

Malgré le coronavirus, l’association a pu organiser quatre donations pour les 500 familles de Mina actuellement inscrites auprès d’Al-Tawarek. Ce chiffre, 500, représente environ 80% des familles pauvres de Mina. Nous en sommes admiratifs. Pour Maya, rien n’est jamais acquis, une telle misère reste encore à endiguer. Non contente de cela, elle voudrait pouvoir en faire plus.

sos chretiens orient liban association al tawarekCette semaine, le centre d’accueil des familles rouvre pour la première fois depuis le confinement. Ce temps de repos forcé, les volontaires d’Al-Tawarek l’ont mis à profit pour instaurer un système de permis à point. Chaque famille vient gratuitement se fournir en vêtements ainsi qu’en denrées alimentaires. Chaque aliment « coûte » un certain nombre de points et l’on remplit son panier en fonction. Des fruits et légumes frais sont depuis peu intégrés aux denrées proposées, encore une des réussites du travail mené pendant le confinement. Bientôt la cuisine pourra rouvrir, proposant aux familles des plats tout prêt.

Avec Maya nous évoquons déjà les actions des futurs volontaires qui pourront aider à la préparation et distribution des repas et des denrées, à l’accueil des familles et des enfants. Il est en tout cas certain que nous travaillerons ensemble.

Ce fut avec joie que Maya appris notre arrivée et notre désir d’envoyer de nouveaux volontaires à Tripoli, et plus particulièrement à Mina, où, entourés de chrétiens, ils pourraient pleinement vivre une vie de village, nouer des relations, aider les chrétiens et partager leur quotidien.


Jour 2 – Installation à Mina

Depuis plusieurs années déjà nous souhaitons installer les volontaires dans le village côtier de Mina, majoritairement chrétien. Les activités, anciennes ou potentielles y sont nombreuses. Grâce à de nombreux amis Libanais, Maya, Pierre, Nada, Raymond, Joseph pour ne citer qu’eux, nous avons eu la chance de visiter plusieurs endroits propices à l’installation des futurs volontaires.

Nous avons jeté notre dévolu sur une petite maison, au cœur de Mina. Nous en sommes tous tombés amoureux. Certes les travaux à faire y sont nombreux : repeindre les murs, installer une vraie douche, refaire quelques prises électriques… mais une fois finit ce sera le paradis. La maison s’articule autour d’une grande pièce qui fera office d’entrée, salon et salle à manger. La salle donne sur chacune des autres pièces de la maison, à gauche une petite cuisine fonctionnelle, deux chambres, une petite pièce de quoi faire un bureau et une sorte de pièce faisant pour l’instant de débarras.

Avec sa petite cour intérieure et son calme jardin dans lequel trône un beau citronnier, entouré d’une cour de nombreuses plantes en pot, la maison ne manque pas de cachet. A son charme naturel s’ajoute celui du voisinage, intrigué par l’arrivée soudaine de cinq garçons. Joseph le propriétaire ainsi que sa femme sont aux petits soins pour faciliter notre arrivée. Fruits, café, eau fraîche arrivent toujours à point nommé pour nous redonner force et courage.


Jour 3 – Vivre à Mina

La vie à Mina est douce et paisible. En dépit d’un quotidien rendu chaque jour plus incertain nous ne croisons dans la rue que des sourires et des regards amusés. Tout le quartier semble être déjà au courant de notre arrivée. Il faut dire qu’un déménagement passe rarement inaperçu, surtout ici au milieu des ruelles. Combien nous envions les futurs volontaires qui viendront vivre ici plongés au cœur des chrétiens du Liban.

sos chretiens orient liban volontaires dans les rues minaLes petites ruelles s’entrelacent sans que nous puissions en deviner l’organisation. Insouciants, nous marchons, sans savoir où, ni comment, sans autre but que celui de dégourdir nos jambes après ces deux mois de confinement. Comme il est dur de se dire que, à quelques minutes d’ici se dresse le « four tripolitain ». Se dresse, le mot est juste, tant Tripoli n’est plus qu’un amoncellement de tours, de barres d’immeubles, de rues tracées à la règle. La chaleur qui y règne y est étouffante, l’odeur, renforcée par la chaleur y est prenante, le bruit incessant de la circulation noie la moindre parcelle de nature.

A Mina, tout est bien différent. Ici, malgré quelques immeubles on y voit le soleil. Les maisons sont basses, colorées, accompagnées de petits jardins dans lesquels fleurissent quelques arbres fruitiers. Les ruelles, étroites, ne se prêtent guère aux bouchons infernaux caractéristiques de toute métropole. On y entend chanter les oiseaux, on n’entend même qu’eux dans certaines ruelles désertiques que nous parcourons avec Raymond, un ami qui nous conduit au travers du dédale.

sos chretiens orient liban volontaire libanais a minaAprès ces quelques jours de travail intense, déménagement, emménagement, aménagement nous profitons d’un repos bien mérité. Après une courte collation nous rejoignons Rachid, à deux pas de la nouvelle maison. Ce garçon de 22 ans tient un petit magasin de café, narguilé et quelques confiseries. Ici, assis sur des chaises disposées en pleine ruelle, nous prenons le café et bavardons longuement. Remarquant un de ses tatouages, représentant une église de Russie, Bruno lui en demande la signification. C’est, dit-il, pour rappeler sa petite-amie qui est russe. Elle-même, actuellement en Russie, porte un tatouage d’une église de Tripoli.

Plus tard, nous sommes rejoints par Gabriel, un aîné. Il parle peu, fume le narguilé souvent, c’est un habitué. Habitués, nous ne sommes pas loin de nous croire nous-même. C’est à peine le troisième jour que nous passons à Mina, mais déjà les amis d’hier nous font signe, ceux d’aujourd’hui nous saluent. A plusieurs reprises nous croisons un marchand ambulant de fruits et légumes. Il va et vient, poussant cahin-caha son lourd chariot à travers les innombrables chemins du village.

Plus tard dans l’après-midi, nous voyons rentrer au compte-goutte les nombreux baigneurs. Dans les allées, quelques enfants s’égaient autour d’un ballon de foot, interloqués par la vision improbable de ces Français couverts de sueur en trimballant de grosses étagères, lits, armoires, de quoi meubler cette nouvelle maison des volontaires.

sos chretiens orient liban volontaires emmenagement minaL’aménagement touche à sa fin, il n’est que temporaire puisque bientôt les travaux commenceront. A regret nous quittons Mina, son calme, sa fraîcheur et ses habitants aux sourires larges et accueillants. Heureusement nous savons que c’est pour mieux y revenir, si Dieu le veut nous prendrons part aux travaux.

Nous avons eu cette chance incroyable de partager l’espace de quelques jours le quotidien de Mina. Quel meilleur endroit qu’ici pour créer des liens, se faire de nouveaux amis et retrouver un peu de l’Orient dont on rêve. En quelques jours à peine, c’est toute la rue qui nous a salué, bientôt, ce sera le village entier et nous croiserons à chaque coin de rue, un ami avec qui partager le café.

Bientôt 8 mois que je suis au Liban… Si mon devoir est à Beyrouth, mon cœur lui est à Mina. Je reviendrais, Insha’Allah !

Si toi aussi tu veux découvrir ou redécouvrir cet Orient dont tu rêves, ces ruelles étroites, ces maisons colorées, ces odeurs suaves de narguilé. Si tu veux réellement vivre la fraternité chrétienne qui unit les chrétiens, ou plus largement la fraternité humaine qui unit les hommes, si tu veux être dépossédé de toi-même pour être pleinement donné à tes frères et sœurs chrétiens, rejoins-nous au Liban, rejoins-nous à Mina !

Gauthier, volontaire au Liban.