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Notre chef de mission en Egypte vous fait découvrir la Basilique de la cité du soleil.

News - 22/05/2020

Aujourd'hui, les visiteurs étrangers la frôlent, sans la voir. A la sortie de l'aéroport, ils sont dirigés sur une autoroute qui file tout droit vers « Le Caire-centre-ville » ou vers les hôtels luxueux qui bordent le Nil ou les Pyramides. A peine aperçoivent-ils quelques villas d'un côté et, de l'autre, une sorte de temple hindou à l'abandon ou une mosquée-palais, on ne sait pas trop la définir.

Oui, Héliopolis mérite le détour. A vrai dire, elle le méritait dix fois plus il y a un siècle quand elle était encore entourée de désert, vraiment verte, paisible et délicieusement cosmopolite avec ses Italiens, Français, Grecs, Libanais, Arméniens, Anglais, Belges, Syriens etc.

Du fait de ses origines très anciennes, la cité d'Héliopolis marquait, selon une tradition locale et antique, l'emplacement de la création du monde. Elle est par ailleurs mentionnée dans la Bible mais désormais, seul un obélisque peut le laisser croire. Il est situé à l’emplacement du temple du dieu-soleil de la cité antique d'Héliopolis où était célébré, dès la première dynastie, le culte du soleil Ra et de ses enfants-dieux.

baron Edouard EmpainSur ces lieux antiques, le baron Edouard Empain (1852-1929) décide en 1806 d’y construire ex-nihilo une nouvelle cité dite du « Soleil ». Ce petit homme à la voix autoritaire, inventif et boulimique, était parti de rien. Fils d'un modeste instituteur du Hainaut, il avait construit peu à peu un empire, au moyen d'une incroyable collection de sociétés industrielles et financières, imbriquées les unes dans les autres.

La concession des tramways du Caire, obtenue en 1894, l'incite, dix ans plus tard, à étendre son réseau vers le sud de la capitale. Cette fois, il se heurte au refus de l'administration anglaise. Renoncer n'est pas dans ses habitudes : à défaut de sud, il se tournera vers le nord-est. C'est dans ce désert qu'il construira une sorte d'oasis, reliée au Caire par un train électrique. Le jeune architecte Ernest Jaspar, qui l'accompagne dans une promenade à cheval, l'entend dire :

« Je veux bâtir ici une ville. Elle s'appellera Héliopolis, la ville du soleil, et tout d'abord j'y construirai une église et un palace, un énorme palace... »

Il s'associe à un homme d'affaires local, puissant et plein d'entregent, l'Arménien Boughos Nubar Pacha. Ils achètent, pour une bouchée de pain, une livre égyptienne, 2 500 hectares de désert et obtiennent la concession d'une ligne de chemin de fer électrique. La Compagnie d'Héliopolis est autorisée à créer une ville-jardin, qu'elle gèrera à la manière d'une municipalité et qui s'appellera en arabe « Masr El Guédida » (nouvelle Egypte).

cartographie heliopolisLe plan d'urbanisme prévoit de larges avenues traversées de jardins. Certaines feront jusqu'à 40 mètres de largeur. On invente pour Héliopolis un style indéfinissable, à la fois européen et néo-arabe, qui fera cohabiter des arcades, des balcons, des coupoles, des minarets... Les habitations aussi, relevant de plusieurs catégories, répondront à des normes très précises. Même la couleur jaune clair sera inscrite dans le règlement. Et, finalement, une grande unité se dégagera de cet éclectisme.

La basilique catholique réalisée par ses architectes, Alexandre Marcel et Ernest Jaspar, s'inscrit parfaitement dans le paysage. Plantée au cœur de la nouvelle ville, cette copie réduite de Sainte-Sophie de Constantinople devient vite l'un des traits distinctifs d'Héliopolis. A sa mort, en 1931, le baron est enterré dans la crypte puis son fils après lui. Et c'est bel et bien ici que nous arrivons...

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En effet, elle trône encore, immuable au milieu d'un parc à la croisée de quatre avenues au beau milieu du quartier d'Héliopolis au nord-est du Caire : la Basilique latine Notre-Dame d'Héliopolis veille sur le nouveau quartier crée par le Baron Empain depuis plus d'un siècle.

J'y étais rentré deux fois en deux ans pour une messe et un concert de Noël et voilà qu'en deux semaines j'y suis allé cinq fois ! Bien étrange corps que celui de cette Basilique latine construite en plein milieu du désert égyptien d'où sortira en quelques années le quartier d'Héliopolis sous la houlette du grand baron belge Empaim.

Ce sera dans ce quartier que l'eau courante, les avenues élargies, les places avec des parcs et le premier hippodrome s'installeront à l'aube du XXème siècle.

C'est au cours d'un simple petit-déjeuner avec le Nonce apostolique en Egypte, Monseigneur Thévenin, que j'ai pu connaître les besoins du Père Elia Iskander, le nouveau représentant apostolique pour l'Eglise catholique latine en Egypte, en charge des églises, cathédrales et de toutes les activités paroissiales du pays.

sos chretiens orientegypte basilique heliopolisAvec le Père Elia Iskander, les échanges se font en italien ou avec de simples sourires. Tout est facile avec ce franciscain à la longue barbe et au sourire monumental. Très vite, la confiance s'installe et dès le lendemain il me confie un chantier : le nettoyage et la rénovation de la grande crypte et des deux sacristies de la Basilique Notre-Dame d'Héliopolis.

Flanqué de trois de nos employés locaux, armés de nos gants, masques, sac poubelles, je suis prêt à redonner une seconde vie aux coulisses de cette Basilique.  Notre chantier se déroulera en trois parties : le tri, le nettoyage et la rénovation.

Nous découvrons alors l’antre de la basilique : ses passages secrets, ses portes dérobées et ses trésors bien enfouis. C'est un « joyeux bazar » qui nous attends !

sos chretiens orient egypte nettoyage crypte basilique heliopolisLa poussière est partout, c'est le royaume des cafards et la lumière se fait désirer. Mais comme partout en Egypte, il suffit d'un peu fouiller et de persévérer pour découvrir de véritables trésors. Ici, les trésors ne sont pas des hommes et des femmes, comme dans les bidonvilles, mais des objets sacrés : pêlemêle des reliques de saint Victor, des chasubles sacerdotales du début du XXème siècle, étoles ou encore candélabres fabriqués par un artisan hollandais il y a maintenant plus de 200 ans... les surprises sont nombreuses et le chantier avance bien.

Comble de joie, le Nonce Apostolique vient nous aider ! La poussière et les cafards ne l'effraient pas et c'est en soutane qu'il nous donne un coup de main afin de trier objets liturgiques et objets qui n'ont rien à faire dans une crypte d'une église catholique ; comme cette ancienne carte visa, des pièces de monnaies à l'effigie de Lénine ou encore des photos d'archéologues de passage qui ont dû oublier leurs tirages aux alentours des années 60...

Comble de joie, Monseigneur Thévenin célèbre la messe à la fin du chantier avec les vêtements et les objets liturgiques retrouvés à l'instant dans l'un des placards de la première sacristie ! Deo Gratias !

Ce chantier est donc une bien belle surprise. Il prendra fin à la fin au mois de juin et nous espérons d'ici là vous faire partager toutes nos belles et saintes trouvailles !

Au total, cette opération de grand nettoyage et de découverte de merveilles sacrées a coûté 346€ à la mission. 46 € ont financé l’achat des gants et des masques de chantier, des bidons d’eau et de bouteille de javel. Les 300€ restants financent les salaires des employés égyptiens de l’association pendant 2 semaines et demi.

Depuis son arrivée en Egypte, SOS Chrétiens d'Orient mène de nombreuses actions de préservation du patrimoine égyptien dont la plus connue est celle de la rénovation des salles multimédias et de conservation, numérisation de la Bibliothèque Papale Centrale Copte. Grâce à vos dons, vous préservez les trésors coptes. Merci !

Dans la mesure de vos moyens, continuez à nous soutenir !

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Jérôme Cochet, chef de mission en Egypte.