Actualités

Carnet de bord au Pakistan – Sauver des familles chrétiennes de l’esclavage.

FR - 06/05/2020

Mon avion se pose à l’aéroport de Faisalabad et bientôt je récupère mes valises remplies de présents pour mes hôtes qui m’accueillent à la sortie. Les Pakistanais sont parmi les gens les plus accueillants qu’il m’ait été donné de rencontrer. Après de multiples embrassades, je monte dans la voiture.

Les paysages luxuriants du Punjab défilent sous mes yeux : des fleurs de toutes les couleurs, des exploitations agricoles produisant toutes sortes de fruits et légumes, les camions et les bus peints du parechoc jusqu’au toit, les femmes et leurs saris multicolores…

C’est la 5ème fois que je me rends au Pakistan et malgré l’appréhension qui ne me quitte jamais, je suis heureux d’être à nouveau l’un des rares témoins occidentaux de cette exceptionnelle richesse qui s’exprime notamment dans la simplicité des gens que nous rencontrons.

Nous arrivons devant le compound du père Parvez, curé de Pansara, et déjà le gardien, un grand Pashtoun aux yeux bleus, ouvre la lourde porte métallique pour nous faire entrer. Nous quittons la route poussiéreuse du village de Pansara et entrons dans complexe comprenant une école, un terrain de football, une église ainsi que les bâtiments de la paroisse où je serai hébergé pour la semaine. Il est déjà tard et après avoir pris un verre de thé au lait tant apprécié dans la région, nous dégustons un plat de légume mijotés au curry et partons nous coucher. Les couvertures ne sont pas de trop : les maisons sont très peu, voir pas du tout, isolées et la température en ce mois de février est glaciale.

sos chretiens orient pakistan familles liberees colonie du christAu matin, nous partons avec le père Parvez visiter le village du Christ Roi : il s’agit d’un projet sur lequel nous travaillons de concert depuis trois ans. Au beau milieu d’une terre agricole que nous avons aidé le père à acheter, nous faisons pousser un village qui permettra à terme d’accueillir 500 familles chrétiennes libérées de l’esclavage. Déjà plusieurs dizaines d’entre elles sont arrivées et ont pu ouvrir des petits commerces à leur compte leur permettant de s’intégrer dans cette nouvelle vie, eux qui furent parfois la propriété d’un exploitant industriel ou agricole durant plusieurs générations.

Après avoir constaté l’avancée des derniers chantiers, le père nous explique que son objectif est évidement de continuer la construction des maisons mais également de construire une école et de réaffecter l’ancien bâtiment, trop petit, pour en faire une église.

Après avoir pris le déjeuner avec une famille du village qui nous raconte tous les sévices qu’elle a pu subir durant ses années de dépendance, nous partons à nouveau pour la ville de Faisalabad. Là, nous rencontrons l’évêque, Monseigneur Arshad, qui nous conduit vers un village à près d’une heure de route de la capitale du Punjab. Tout comme le père Parvez, il a engagé la construction d’un village ex nihilo afin d’accueillir les chrétiens libérés de l’esclavage.

SOS Chrétiens d’Orient a financé la construction d’une vingtaine de maisons au sein de ce village et nous sommes aujourd’hui là pour l’inaugurer. Descendant de voiture, nous voyons tout d’abord quelques petites étales le long du parking : sur des planches en bois abritées du soleil par quelques feuilles de palmier des hommes vendent diverses denrées, proposent de moudre le grain des récoltant, de réparer tous types de véhicules…

sos chretiens orient noel pakistanAvec l’évêque nous coupons le ruban à l’entrée du village puis nous faisons le tour des maisons devant lesquelles les familles sont rassemblées. Des pétales de rose pleuvent partout autour de nous. Le sol poussiéreux sur lequel nous progressons laisse place à un parterre de fleurs et chaque famille vient déposer sur nos épaules des écharpes symbolisant leur gratitude.

Nous prenons le thé chez nombre d’entre elles. Toutes nous racontent leur terrible histoire. Celle-ci n’a pas eu besoin d’être libérée puisque s’étant arraché le bras en travaillant, le père de famille ainsi que ses proches se sont fait jeter à la rue. Dans l’incapacité d’exercer une activité professionnelle et dorénavant sans ressource, la famille n’avait d’autre espoir que de se faire accueillir par Monseigneur Arshad.

sos chretiens orient pakistan ecole enfantsCette autre était esclave depuis trois générations. Au fil des années, la dette contractée auprès de leur propriétaire était telle que les jeunes enfants devaient travailler dès l’âge de 5 ans. Désormais libres, ils peuvent enfin se rendre à l’école et honorent ainsi un engagement pris par les parents pour s’installer dans ce village géré par l’Eglise.

Une dernière famille nous fait part de sa situation particulièrement sordide. Après le décès de la mère sous les coups du propriétaire terrien qui les employait, le père désormais en charge des enfants ne pouvait plus travailler. Ils durent prendre la fuite dans la nuit alors que le propriétaire avait prévu de se débarrasser des enfants au matin pour libérer son travailleur de ses obligations familiales.

A la fin de la journée, Mgr Arshad nous explique les priorités dans ce village : construire d’autres maisons pour accueillir d’autres familles, mais également développer les activités économiques du village et notamment la « zone commerciale » que nous avons pu voir en arrivant.

Après quelques jours à visiter de nombreux projets et de nombreuses familles dans la région, je reprends l’avion pour la France. Contrairement à nos sept autres pays de mission accessibles en direct depuis la France, il est obligatoire de faire escale pour se rendre au Pakistan : ce pays si lointain, si différent, si mystérieux.

Atterrissant à Dubaï, je passe la nuit sur place. Derrière ces lumières, ces jets d’eau, ces tours étincelantes, combien de Pakistanais ont perdu la vie travaillant dans des conditions terribles cherchant des conditions toujours meilleures que dans leur propre pays ?

Combien de dizaines, de centaines de milliers d’êtres humains sont encore réduits en esclavage dans les campagnes pakistanaises et sont livrés à la justice de conseils tribaux locaux ?

sos chretiens orient pakistan fabrique de briqueEn travaillant dans ce pays si peuplé et si complexe, on se sent forcément impuissant face à tant de misère, il ne nous reste plus qu’à nous battre pour ceux qui ont survécu, ceux qui s’en sont sortis et qui chaque jour se tournent vers les structures montées par l’Eglise pour leur offrir une seconde chance.

Depuis trois ans, notre action sur place a permis d’aider plusieurs dizaines de famille à se reconstruire et chaque année nous élargissons le spectre des bénéficiaires de notre aide au Pakistan : Pansara, Faisalabad, Karachi et bientôt Islamabad.

Bien sûr, nous ne sommes qu’un pont ; un pont entre les bienfaiteurs de l’association et toutes les personnes qui sur le terrain se mobilisent chaque jour auprès de ces miséreux pour leur offrir un avenir meilleur et un peu de dignité mais sans ce pont, sans l’aide des milliers de français se mobilisant chaque année pour les esclaves chrétiens du Pakistan, il n’y aurait plus d’espoir.

Cette année encore, apportez votre soutien aux chrétiens pakistanais.

Rachat des familles, aide à l’installation, recherche de travail, remboursement des dettes, scolarisation des enfants… Avec 1.000 euros, vous faites revivre une famille entière.

bouton faire un don

François-Xavier Gicquel, directeur des opérations.