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Témoignage volontaire - « De la Syrie au Liban, je n’ai pas appris à faire mais à être. »

News - 17/04/2020

« Domitille, avec la situation actuelle, la pandémie et la fermeture de l’aéroport imminente, la direction SOS a décidé de vous évacuer en urgence. Rentrez faire vos valises, votre avion décolle ce soir à 00h45 pour la France ». Nous sommes le 17 mars 2020, il est 16h. Appel d’Arthur, le chef de mission.

Bruno, Louise et moi sommes paisiblement depuis le début de la journée chez sœur Béa. Forts de nos années de scoutisme, nous l’aidons à installer une barricade pour son chameau, Cassien. Ficelles, brêlages, doux soleil d’un printemps naissant sur notre peau. Une activité parmi tant d’autres.

Cependant, il faut subitement partir. Je ne veux pas, pas encore. Pas tout de suite. Pas si vite.

Jacques, salarié et ami de l’association nous emmène à bord de son nouveau van vers Beyrouth. Nous quittons Rmeich, village chrétien du Sud Liban à la frontière palestinienne, dans lequel je viens de passer mon dernier mois de mission. Pas eu même le temps de dire au revoir. Seuls des messages vocaux laissés afin d’annoncer ce départ subit aux locaux que nous voyions quasi quotidiennement. Sur la route qui nous emmène jusqu’à Beyrouth, un élan de nostalgie m’envahit. Je me souviens.

J’ai commencé ma mission en Syrie durant trois mois et demi, je l’ai continué au Liban les deux mois suivants. Je pourrais faire une comparaison des paysages. Je pourrais vous parler des infrastructures et du développement de ces deux pays. Je pourrais vous dresser une liste des responsabilités que j’y ai eues.

Cependant, ce n’est pas ce que je retiendrai en priorité. Je veux vous parler de ces visages, de ces rencontres, de ces amitiés que j’ai tissées tout au long de ma route.

Je suis arrivée le mardi 24 septembre à Damas. Chaleur sèche d’un été en fin de course, des taxis jaunes en tous sens, des gens qui montent ou descendent des voitures et mini-bus en plein rond-point, des check-points à chaque coin de rue. Une banlieue complètement détruite, en ruines. Des odeurs de moutons grillés et d’épices, base des shawarmas, kebab à l’orientale. Des mots aux sonorités inconnues de l’alphabet français. Mes sens sont en éveils. C’est la découverte d’une nouvelle culture. Que de nouveautés !

Et me voilà qui sonne à l’appartement SOS, prête à me rendre utile, non sans grands projets, ne pensant pas changer le monde mais proposant une petite aide quelle qu’elle soit.

sos chretiens orient syrie maaloula volontaire recolte oliveDe Maaloula à Alep, de Beyrouth à Rmeich, en passant par Khabab, Homs, Mhardeh, Squelbillé, Tyr ou encore Bikfaya, ce ne sont pas les activités qui manquent : vendanges et pressage de raisin, cueillettes de seumac ou d’olives, cours de français pour les femmes, enfants, orphelins, activités manuelles et jeux, écossage de petits pois ou de maïs, fabrication de jus de grenades, visite de familles, donation de nourriture, activités avec les personnes handicapées, nettoyage d’appartements, distribution de repas, plantation d’arbre fruitiers, débroussaillage, discussion avec les personnes d’un hôpital psychiatrique, désinfection des lieux publics…et j’en oublie.

Et pourtant, ces activités n’ont de sens que par la seule présence des personnes avec qui nous étions ou pour qui nous les faisions. Qu’il a été compliqué de comprendre le rythme oriental. Tout est prétexte à une tasse de thé ou une discussion. Et concernant le travail, quand nous y mettons-nous ? Je voulais être utile, active. Voir les choses avancer. Mais la mission m’a rattrapée. Au fur et à mesure des rencontres, j’ai compris que mon utilité principale était ma seule présence. Arrêter de vouloir à tout prix faire pour les gens mais apprendre à être avec eux. Ne plus regarder ma montre et le temps qui passe, savoir profiter de l’instant qui se présente.

« Bedek arwé ? Bedek shaï ? » Je n’ai jamais bu autant de thé que ces six derniers mois. Que ce soit en visite, lors d’une activité ou au détour d’une invitation dans les ruelles des villages, à chaque fois nous étions accueillis comme des rois. Parfois même seulement pour des échanges de sourires. Nous aidions les gens, nous étions remerciés. Nous étions simplement de passage, nous étions tout autant remerciés.


Comment ne pas vous parler de cette famille à Maaloula chez laquelle nous avons dîné. Nous ne les connaissons pas et pourtant, elle nous invite. La raison ? SOS l’a aidée pour sa maison l’année passée. Ce n’est pas nous, c’est d’autres avant nous… Qu’à cela ne tienne, ils nous ont préparé des plats à n’en plus finir. Dans une petite pièce centrale, chauffée par un poêle autour duquel tout le monde se tient, mille odeurs : les kebbés à la viande, le taboulé parsemé de persil, les batatas, le riz enroulé de feuilles de vignes vinaigrées.

Une coupure d’électricité. La luminosité des LED qui ne cesse de diminuer pour nous laisser dans la pénombre à la fin du dîner. Mais cela ne nous arrête pas, quel bonheur d’échanger avec cette famille. Ils se confient sur leur vie, leur métier, les difficultés, la guerre qui les a obligés à fuir pendant quelques années. Et ils ne cessent de nous remercier d’être là, parmi eux. Je pourrais vous dire que nous n’avons aucun mérite à récolter les lauriers des volontaires précédents. Mais c’est le temps passé avec eux qui fait leur joie. La nôtre aussi.

Et Bassam Ghanatos. C’est l’épicier qui habite au pied de l’appartement à Rmeich. Nous venons acheter fruits et légumes rapidement, nous avons encore un peu de travail à la maison. Il nous voit au loin et un grand sourire fend son visage. « Bonjour mes amis » nous lance-t-il en arabe entre deux accolades. Puis il disparaît, et revient avec une assiette remplie de lentilles qu’il pose sur le comptoir. Elles chatouillent le nez d’un doux parfum épicé. C’est le dîner préparé par sa femme. Pas le temps de réagir que déjà nous avons chacun un morceau de pain dans les mains. Tant pis pour le passage rapide. Nous ne partirons qu’après une deuxième assiette pleine.


sos chretiens orient syrie visite personne agee volontaireJe peux également vous parler des visites dans la maison de retraite de Mar Boulos à Damas. Que ce soit Denize ou Mahat El-Khoury, chaque semaine, elles nous attendent et guettent notre passage. Les discussions sont souvent le mêmes. Parfois très brèves. Mais parsemées de sourires, de mains tenues pendant une dizaine de minutes en silence. « Vous êtes des petits rayons de soleil ». Simplement être là.

Dans le travail également, parfois des activités en silence mais d’un même rythme avec ceux que nous aidons. Et toujours des petits gâteaux en signe d’accueil.

Et ce n’est qu’une infime partie d’un tas d’exemples…

Chacune des personnes rencontrées ont leur histoire. Elles ont toutes connues la guerre. Un proche tué. Une blessure. Une maison détruite. Beaucoup sont fatiguées par la vie. Le confort se résume généralement à une pièce commune chauffée par un poêle pour toute la famille. Et pourtant, une espérance habite ces personnes. Elles ont cette envie d’avancer, de vivre. Elles veulent reconstruire. Et notre présence leur permet d’avancer avec cet idéal. Nous leur servons de petits piliers. Leur envie de rester dans leur pays n’est pas vaine. Nous croyons en eux. Nous venons jusque chez eux.

sos chretiens orinet liban cours de francais volontaireJe suis partie en mission non pour regonfler mon ego par des remerciements mais pour comprendre que le temps n’est pas qu’une accumulation de productivité. Il se vit en prenant le temps de la rencontre. Les mots seuls ne sauraient exprimer tout ce que j’essaie de vous dire. Ils sont bien trop peu et ne décrivent que faiblement cette aventure humaine.

Merci à SOS Chrétiens d’Orient qui m’a permis de vivre cette belle expérience, à mes chefs de mission Alexandre et Arthur, à tous les volontaires qui ont partagé cette route avec moi (spéciale dédicace à mes compères syriens) et surtout, surtout merci à chacune des personnes croisées sur ma route, en Syrie ou au Liban. Je ne saurais les nommer de peur d’en oublier.

Aujourd’hui, cela fait quatre jours que je suis rentrée en France. J’ai eu Sœur Lydia, responsable d’une garderie à Damas, au téléphone. Elle pense à moi et voulait seulement prendre de mes nouvelles. Quelle joie que cet appel ! Simple et vrai. L’aventure continue et ne fait que commencer. Il me reste maintenant à témoigner de ce que j’ai vu et vécu.

Au-delà de la distance, au-delà des frontières, ces rencontres restent à jamais gravées dans mon cœur. Mais c’est en le vivant uniquement que l’on se laisse saisir par l’instant. Alors n’hésite pas, tu n’en sortiras que grandi.

Domitille, volontaire en Syrie et au Liban.

SOS Chrétiens d’Orient envoie des volontaires tout au long de l’année. Comme Domitille, venez vivre une expérience inoubliable en Syrie. Ne vous posez pas de questions. Les seules limites sont celles que vous vous imposez.

Par jour, la mission d'un volontaire coûte 33€ à l'association. Si vous ne pouvez pas partir, parrainez un volontaire, faites un don.