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Egypte - « Je suis désarçonné face à tant de misère. »

FR - 08/04/2020

Les produits alimentaires de première nécessité sont un luxe pour le familles pauvres du quartier des chiffonniers d'Ezbet El-Nakhl. La misère de ces familles égyptiennes n'est pas en quarantaine.

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Ce mercredi, la grille noire de la Paroisse copte orthodoxe des Créatures Célestes s’ouvre exceptionnellement. En ce milieu d’après-midi, alors que le ciel est grisonnant, une vieille fourgonnette blanche cabossée et bruyante prend la route. Rapidement, elle quitte la « grande » rue goudronnée pour emprunter une ruelle de terre battue, régulièrement accidentée par un « nid de poule », une pierre ou tout autre obstacle du même genre. Arrivé sur le seuil d’un garage, le chauffeur en coupe le moteur. Un prêtre descend, accompagné de volontaires en pulls blancs floqués d’un grand cœur rouge. 

Sollicité par le père Constantin, les volontaires du quartier des chiffonniers d’Ezbet el Nakhl ont fait le déplacement pour visiter des familles en situation de très grande pauvreté. Leur mission du jour : faire une brève évaluation des besoins afin de préparer les donations à venir. Ce jour-là, malgré la pluie, ils ont rendez-vous avec une petite dizaine de familles sur la centaine répertoriée par le curé. Henri, volontaire, nous raconte :   

« Nous pénétrons dans une sorte de garage dont le volet roulant métallique rouillé, aux trois quarts ouvert, laisse entrevoir un semblant d’échoppe. Quelques tables, recouvertes principalement de snacks, une étagère bancale peu remplie et un vieux réfrigérateur constituent l’unique mobilier de la pièce.

Dans le fond du commerce, éclairé par la seule lumière du jour, une femme d’une cinquantaine d’année se lève difficilement de son fauteuil pour nous saluer.

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Nous apprenons qu’elle a deux enfants à l’école et que son mari travaille à l’extérieur. Le modeste commerce dans lequel elle nous reçoit est l’unique source de revenu de sa famille. Il a été aménagé il y a seulement quelques mois grâce à l’aide et au soutien de la paroisse.

Très vite, nous abordons avec elle ses problèmes de santé. Gênée, elle relève le bas de sa robe de quelques centimètres pour nous montrer ses chevilles et ses jambes enflées. Ses œdèmes l’empêchent quasiment de se déplacer, à tel point qu’elle ne monte que très rarement dans l’appartement à l’étage, juste au-dessus de la boutique.

La famille vit donc principalement dans le fond du commerce très sombre, poussiéreux, bétonné du sol au plafond avec de grandes traces de moisissure apparentes sur les murs. Nous n’apercevons ni lit ni meuble. Nous en déduisons qu’ils dorment sur des matelas disposés à même le sol. Après avoir échangé pendant quelques minutes, le Père Constantin nous invite à saluer la femme et à retourner au véhicule pour poursuivre les visites.

Dans un bouquant tonitruant, le moteur de notre fourgonnette redémarre. Nous poursuivons notre chemin dans les ruelles de terres, entre les immeubles de briques rouges de trois ou quatre étages. Pendant le trajet, je ne peux m’empêcher de repenser à cette femme, assise derrière son comptoir… Les images de son commerce ne me quittent pas. Je tente d’imaginer ses enfants vivants dans cette pièce sombre et froide.

sos chretiens orient egypte bidonville ezbet el nakhl volontaire coucher de soleilJ’essaie de comprendre comment il est rationnellement possible de subvenir aux besoins les plus primaires d’une famille avec les seuls revenus de ce petit commerce. Les autres volontaires commencent à échanger sur leurs ressentis. Ils m’interrogent mais je ne sais que répondre…

Je suis désarçonné face à temps de misère... Et dans le même temps, je suis en admiration devant la figure de se prêtre qui nous accompagne, qui connaît si bien ses paroissiens et fait tout pour les aider. Quel bel exemple de charité !

Quelques rues plus loin, je suis sorti de mes pensées par l’environnement que nous traversons. Sur le bord de la route, une sorte de grand fossé est rempli d’un liquide sombre sur lequel flottent d’innombrables déchets. Nous apercevons, derrière cette décharge, quelques cabanes de briques et de bois… Je ne sais pas encore que ce sont nos prochaines destinations !

Le moteur se coupe de nouveau. Les portes de la fourgonnette s’ouvrent dans un grincement généralisé. Nous descendons et marchons quelques mètres, le temps de dire bonjour aux menuisiers qui travaillent dehors. Sur le seuil des fameuses cabanes, nous sommes accueillis par une femme, son mari, leur grande fille et deux plus jeunes enfants. Tous sont pieds nus dans la terre humidifiée par la fine pluie. Il nous invite à entrer dans leur humble demeure. Le sol est en terre battue. Les murs en briques fissurés laissent passer la lumière du jour. Le toit est composé d’un ensemble de tôles et de bâches reposant sur des poutres de bois.

La maitresse de maison nous invite à nous assoir sur le canapé, un ensemble de cage en bois recouverte d’une couverture où s’est déposée une mince épaisseur de poussière. Quelques-uns d’entre nous se joignent à elle en s’asseyant par terre. La pièce est tellement petite que le père de famille reste dans l’encoignure de la porte d’entrée.

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En guise de mobilier, un vieux réfrigérateur callé avec des briques, et une sorte de commode dont l’une des portes tombera à plusieurs reprises pendant notre visite. Pas de gazinière ! Les plats sont cuisinés sur le feu de bois devant la maison. Deux portes ouvrent sur deux pièces adjacentes. L’une est une petite chambre, de laquelle nous apercevons uniquement les vêtements rapiécés entassés à même le sol le long d’un mur. La seconde porte qui n’est autre qu’un rideau donne sur une étable dans laquelle j’aperçois un cheval bien maigrichon.

Les parents nous confient qu’ils parviennent à gagner tout juste assez d’argent. Soutenus financièrement par l’église, ils ont le luxe de pouvoir envoyer leurs enfants à l’école. L’aînée pourtant pas bien âgé est en école de comptabilité et va se marier prochainement. Quant aux parents, ils travaillent tous deux comme chiffonniers et passent ainsi leur journée à trier les déchets. Malgré leur misère, ils ne se sont pas plaints une seule fois et ont gardé le sourire tout le long de notre échange. 

Avec 12€, vous financez l’achat d’un colis alimentaire qui nourrira entre 4 et 5 personnes pendant 10 jours. Le colis contient : deux kilos de pâtes, du riz, une boîte de thé, une boîte de sucre, 1 litre d’huile, 1 kilo de fève, deux paquets de Halawa (sorte de pâte sucrée), de la margarine.

Ces produits de première nécessité sont un luxe pour eux. Soutenez ces familles pauvres !

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Henri, volontaire en Egypte.

Texte rédigé début février, un mois avant le confinement.