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Egypte - « Si vous trouvez plus pauvres que nous, partez d’ici et allez aider ceux qui sont dans le besoin. »

News - 07/04/2020

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Cette phrase, le Père Athanasius me l’a répété des dizaines de fois quand nous marchons avec lui dans le bidonville du 15 mai.

Au détour d’un chemin chaotique fait de pierres de calcaire, de déchets en tout genre et de rats menaçants, le Père me guide toujours dans le dédale sans nom des rues de la cité poubelle du 15 mai. A la rencontre des familles chrétiennes coptes désœuvrées vivant dans une cabane sans toit ; au cours de nos donations bimensuelles de nourriture ou encore sur le chantier de son hôpital ; oui, son hôpital, c’était son idée ! Car il ne voulait plus voir les enfants de son bidonville mourir faute de soins, mordus par des rats, souffrant de maladies disparues en Europe ou encore de carences alimentaires.

« Si vous trouvez plus pauvres que nous, partez d’ici et allez aider ceux qui sont dans le besoin… Nous ne sommes jamais partis. »

Et la situation a empiré un jeudi de mars. Nous ne pouvions imaginer l’étendue des dégâts !

Au début, des tempêtes de sable venues des déserts du sud, puis l’orage fort et menaçant. Une année de pluie s’abattit sur l’Egypte, le soir du 12 mars.

Le lendemain matin, nos deux volontaires présents toute la semaine au bidonville m’appellent. L’eau a pénétré dans leur maison la rendant humide et inconfortable. Ils souhaitent avancer leur départ prévu demain.

Je réponds oui ! Ce sera une décision salvatrice. Six heures plus tard, le canal et différents trous de calcaire cèdent sous la pression de l’eau. Quatre torrents d’eau, de boue et de déchets dévalent en direction du bidonville, en emportant la moitié en à peine 20 minutes.

2000 cabanes faites de tôles, de bois et de briques détruites, 90% des troupeaux d’animaux emportés et 4 morts pour le premier bilan. Quelques jours plus tard, il a déjà changé : 14 morts et toujours 20 disparus.

sos chretiens orient enfants chiffonniers bidonville du 15 may egypteLes habitants pauvres du bidonville du 15 mai n’ont pas eu le temps de fuir, ils n’avaient nulle part où aller. Certains se sont réfugiés dans l’église du père Athanasius, mais la plupart, des chiffonniers et des éleveurs de porcs ont préféré garder leurs troupeaux et leurs déchets si précieux.

Trois jours plus tard, à la fin de la pluie et de l’intervention de l’armée, nous pouvons aller sur place.

Avec deux volontaires et un ami égyptien très proche de SOS Chrétiens d’Orient depuis deux ans, nous nous rendons au bidonville, le cœur lourd en ne sachant pas ce qui nous attend.

« Si vous trouvez plus pauvre que nous, partez d’ici et allez aider ceux qui sont dans le besoin… » « Nous ne partirons plus jamais, » me suis-je dit en arrivant sur place.

La route principale a été rayé de la carte. A la place, un petit lac, des sacs de déchets déchirés déversant le produit du ramassage des chiffonniers et des animaux morts jonchent les débris.

sos chretiens orient egypte bidonville 15 may urgence sanitaireIndescriptible vision : l’odeur est insoutenable, les cadavres sont déjà en décomposition, les déchets se sont déversés dans tout le bidonville et contaminent tout.

Les gens se sont réfugiés dans l’église et attendent les aides alimentaires. Ils n’ont plus de douches et de toilettes. Ils n’avaient presque rien et là ils ont tout perdu.

Lorsque nous arrivons devant l’église, des larmes jaillissent des visages et des cris déchirent le silence de l’après catastrophe. Aujourd’hui, on enterre Oum Mina, « la mère de Mina », elle avait 70 ans et elle a été emportée par la boue. Son corps n’a été retrouvé que trois jours plus tard.

Son mari crie, déchire ses vêtements, il ne lâche le cercueil de sa femme qu’après l’intervention de père Athanasius !

La cérémonie a lieu dans une église pleine à craquer. Les prières coptes s’élèvent vers les cieux en même temps que l’encens et les pleurs des fidèles : Kyrie Eleison, Christe Eleison.

Ce jour-là, nous sommes venus aider encore une fois. Mais nous nous sentons inutiles. Dérisoire aide que celle d’aider des gens qui ont tout perdu jusqu’à leurs enfants ou leurs épouses…

Une valise pleine de vêtements, une pompe citerne, 60 kilos de nourriture, des produits d’hygiène… nous n’avons pas pu donner grand-chose face à l’ampleur du drame et déjà l’appel au confinement lié au Covid-19 commence à être instauré en France puis progressivement en Egypte.

L’armée prend le relais ici, et nos volontaires sont rapatriés en France. Désormais, nous ne pouvons plus aller sur place directement mais nous continuons d’agir tant bien que mal.

Avec vos dons et vos prières, nous continuons d’envoyer via nos employés locaux et notre ami égyptien, des aides afin de répondre aux urgences sanitaires et alimentaires au bidonville du 15 mai.

J’ose espérer qu’une aide du ciel viendra pour nos frères du bidonville. Je me rappelle ma première venue ici : le bidonville est situé dans une cuvette entre une déchetterie, un cimetière et une carrière de calcaire. Ce jour-là, un jour de décembre un peu avant Noël, le soleil transperçait les nuages et illuminait le bidonville qui, dans sa cuvette, donnait l’impression d’être posé délicatement dans les mains de Dieu.

Nous ne sommes plus jamais partis…

Jérôme Cochet, chef de mission en Egypte.

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