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Témoignage bénéficiaire - « Je suis resté pour tous ceux qui n'ont pas fui les djihadistes. »

FR - 17/03/2020

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John a 31 ans. Ce traducteur de l’association, devenu un ami pour beaucoup de volontaires qui le surnomment Johnny, a toujours une attention particulière pour chacun d’entre nous et ne manque jamais une occasion de placer quelques mots en français au détour d’une conversation.  Il faut dire qu’il a eu le temps de perfectionner son niveau, lui qui travaille avec SOS Chrétiens d'Orient « depuis quatre ans et deux mois ».

sos chretiens orient irak alqosh traducteur et volontaireDu haut de son mètre quatre-vingt et de sa carrure sportive, ce beau gosse aux yeux bleus, détenteur d’un diplôme du « college of agriculture and foresty », s’était prévu un avenir paisible dans sa petite ville d’Alqosh avant que Daesh ne vienne tout remettre en question. La guerre n’a cependant entamé ni sa bienveillance, ni sa joie de vivre, et il répond à nos questions avec une voix touchante de sincérité.

Johnny a grandi à Alqosh, sorte d’enclave chrétienne à quarante kilomètres de Mossoul, avec son frère, sa sœur, et ses parents. Il nous parle de son village avec nostalgie. « Je connaissais tout le monde et tout le monde me connaissait ». Quand il nous décrit l’endroit, on a l’impression de se retrouver dans une petite bourgade française avec son ambiance de village, dans lequel les habitants s’arrêtent boire un café, les uns chez les autres, après la messe dominicale.

Johnny est comme un de nos grands-parents qui nous explique « comment c’était avant », le regard pensif et un trémolo dans la voix. « Même si la situation est difficile depuis de nombreuses années en Irak, nous n’avions pas de problèmes particuliers à Alqosh et nous vivions paisiblement ».

Quand on évoque la prise de Mossoul par Daesh en 2014, il nous répond : « c’était prévisible... bien qu'à ce moment, le danger était encore loin ». Malheureusement tout s’est accéléré très vite, et un mois plus tard l’EI est aux portes de la ville. « Ils gagnaient du terrain et ils étaient de plus en plus proches, si bien que beaucoup de familles chrétiennes ont fui le village. Ils ont pris Telskuf, le village juste à côté d’Alqosh, le 1er Aout. On est parti avec ma famille trois jours plus tard car on avait trop peur. Mon père me disait qu’un désastre allait arriver si on restait. On s’est réfugié à Erbil. »

Une fois en sécurité avec sa famille, Johnny apprend que Daesh n’est plus qu’à quelques centaines de mètres d’Alqosh. « Je suis devenu complètement fou ! Je voulais quitter l'Irak et ce conflit atroce. » Lorsqu’il essaie de prendre des nouvelles d’un ami encore sur place : « Désolé Johnny, je ne peux pas te parler, je suis en train de fuir aussi, c’est le bordel sur la route. On n’arrive pas à passer, les voitures coupent à travers les champs, je te rappelle ».

Avec ses parents et son frère, Johnny a passé un mois chez sa sœur à Erbil avant de retourner à Alqosh. Les membres de l’organisation Etat islamique n’ont finalement pas réussi à prendre la ville « mais ont ouvert des plaies qui mettront longtemps à se refermer ». Il nous parle, à regret, de ses oncles et tantes qui ont fui le pays et qui vivent maintenant en Australie.

« C’est à cause de ces milliers de départs et d'exil forcés que j'ai à cœur d’aider les chrétiens qui veulent rester en Irak ».

C’est l’occasion pour nous d’aborder le sujet de son engagement avec SOS Chrétiens d’Orient.

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Un engagement qui a débuté en 2016 : « J’ai rencontré les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient sur le chantier de rénovation du parc à Alqosh. J'étais alors très touché de voir des étrangers aider les habitants de mon village ! Je les ai vus à l’œuvre sur de nombreuses activités. Ils animent des jeux avec les enfants et les personnes handicapées, donnent des cours d’anglais et de français, visitent les familles les plus démunies, travaillent sur des petits chantiers…

Autant d’activités qui m’ont donné l’envie d’en faire plus pour ma communauté. Quand l’interprète précédent a quitté son poste, j'ai passé un entretien d’embauche avec le chef de mission et j’ai ensuite pu intégrer l’équipe d’Alqosh en tant qu’interprète. »

Depuis, il nous accompagne dans toutes nos activités, à Alqosh comme à Erbil, et a acquis une expérience de terrain grandement appréciée par les volontaires. En plus de sa sympathie communicative, il parle l’arabe et le soureth (Araméen), sa langue natale, ainsi que l’anglais, « ce qui me permet de servir d'interlocuteur privilégié entre les Irakiens et les volontaires. Le français est vraiment très dur à apprendre mais je sais dire : « marchés conclus » et ne pas « être rouler dans la farine ! » »

sos chretiens orient irak traducteur irakien et volontaireAvant de conclure cette matinée passée ensemble, Johnny insiste pour adresser un message aux amis de l’association en France : « J’aimerais remercier tous les membres de SOS Chrétiens d’Orient pour leur engagement auprès des chrétiens en Irak et tout particulièrement les volontaires pour tous les efforts réalisés au quotidien en mission. Je remercie aussi tous les donateurs. Sans leur soutien, nous ne pourrions rien faire. SOS Chrétiens d’Orient est comme une grande famille, une chaîne solide dont les membres travaillent ensemble pour aider au mieux la communauté chrétienne irakienne. Et je me sens partie intégrante de cette grande famille. »

De notre côté, nous espérons que Johnny partagera nos aventures encore de longues années.

Merci Johnny !

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