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Liban - Les volontaires de SOS Chrétiens d'Orient en mission à Tripoli.

FR - 11/03/2020

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Je me trouve actuellement à Tripoli, deuxième plus grande ville du Liban, située au nord du pays sur la côte méditerranéenne. Constituée à quatre-vingt pour cent de sunnites et d’une toute petite minorité de chrétiens, Tripoli fut l’un des centres névralgiques de la « Saoura », la révolution libanaise.

Confrontés à un danger certain, les volontaires ont dû quitter la ville pour Beyrouth dès le début du soulèvement, en octobre 2019.

La situation étant à l’apaisement, quatre volontaires, Antoine, Anaïs, William et Vincent, ont pu dès le 23 janvier y relancer les activités.

 « Depuis mon arrivée à Tripoli, je suis sous l’eau. Les projets affluent, les besoins sont immenses. » m’explique Anaïs. Et pour cause, la révolution plonge des Libanais déjà pauvres dans une situation d’extrême précarité. Pour pallier au manque de ressources, nous arpentons les rues et ruelles des quartiers pauvres. Ils ne sont pas miséreux mais la faim se fait ressentir. Leur apporter quelques denrées alimentaires de base est une nécessité pour qu’au moins ils mangent deux fois par jour.

Nous nous promenons dans El Mina le vieux quartier de Tripoli situé au bord de la mer. Le roulement paisible des vagues se fait entendre pendant qu’au loin des vieux clochers se détachent sur le ciel bleu. Nous sommes ici au cœur du quartier chrétien. Avec Youssef, volontaire libanais, nous avons rendez-vous dans la famille d’Antoinette.

La petite maison s’élève tout au fond d’une impasse, elle-même située au cœur d’un dédale de rues étroites. Heureusement, Youssef connaît par cœur ces entrelacements de ruelles piétonnes. Ici, en dehors des quelques câbles électriques qui pendent çà et là, le temps ne semble pas avoir d’emprise et l’on se projette très bien dans le Tripoli d'il y a quelques siècles. Une fine pluie matinale vient rafraîchir une atmosphère déjà lourde. A l’abri de la turpitude des grandes villes, le quartier d’El-Mina fait figure de « village dans la ville ». La rumeur des interminables bouchons du matin est largement étouffée dans ce lieu hors du temps. Les commerçants ouvrent petit à petit leurs échoppes sans pour autant masquer le gazouillis des oiseaux.

Antoinette, la maman, nous accueille avec bienveillance dans son salon, pièce principale de cette modeste maisonnette de 2 pièces. Sur le canapé est allongée Myriam, la petite fille, régulièrement secouée par une quinte de toux.

Malgré une évidente pauvreté, Antoinette s’active pour nous offrir le thé, du jus de fruit et quelques sucreries. Difficile de refuser devant son insistance, son sourire et sa générosité. Elle manque de tout mais qu’importe, elle donne tout.

sos chretiens orient liban visite famille pauvre volontaireLa discussion s’engage. Myriam échange quelques mots de français avec Vincent en Anaïs tandis que Youssef et William écoutent Antoinette parler de son quotidien pas toujours facile. Son mari, comme beaucoup de Libanais, a vu son salaire, déjà maigre, réduit de moitié à cause de la crise. A contrario, les prix de denrées les plus élémentaires ont parfois doublés. Comment dès lors joindre les deux bouts ? Malgré tout, Antoinette reste un exemple de simplicité. Elle parle de ces difficultés avec beaucoup de pudeur se disant même chanceuse que son mari ait encore un travail et que ses deux filles puissent aller à l’école.

Je me sens bien ici. En dépit du canapé un peu raide et de la promiscuité du salon, il se dégage une atmosphère chaleureuse. Durant l’heure et demi que nous passons avec elle, Antoinette ne se dément pas de sa principale question :

« Pourquoi êtes-vous là à des milliers de kilomètres de chez vous, dans cette modeste maison. Comment se fait-il que vous soyez dans mon salon ? »

Difficile de surmonter son étonnement. Nous sommes là comme témoin d’une fraternité réelle et vécue dans la Foi. Nous voulons tenter de vivre la vraie charité, celle que nous donnons mais aussi et surtout celle que nous recevons.

Combien de familles telle que celle d’Antoinette continuent de me surprendre par leur accueil. A nous qui ne manquons de rien, ils donnent tout et à eux qui manquent de tout ce que nous leur donnons nous semble bien maigre, un peu de nourriture, et quelques produits de première nécessité. Encore une fois, là n’est pas l’essentiel. Ce que nous apportons, c’est d’abord cette présence, cette écoute, primordiale pour ceux que personne n’entend. Ce que nous essayons de donner c’est d’abord un germe d’espoir. Ce que nous partageons, au-delà du pain, c’est la Foi.

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Après cette visite pleine d’émotion, nous nous rendons au centre pour handicapés de Bkeftine. Fondé par l’Église orthodoxe dans les années 80, ce centre accueille des personnes atteintes de tout type de handicap mental. Ils sont aujourd’hui plus d’une centaine à venir chaque jour retrouver leurs amis, travailler et s’échapper quelques instants d’un quotidien rendu parfois ingrat par leur handicap.

sos chretiens orient liban volontaire atelier bkeftineLe centre leur propose plusieurs activités principalement manuelles. Confection de belles nappes, de tabliers et draps à la demande du client, atelier de broderie, fabrication de savon ou de sac à main, atelier de mosaïque…

Nous suivons Jean qui, paraît-il, attend toujours les volontaires à l’entrée du centre. Il nous fait faire un tour avant de s’arrêter à l’atelier broderie, son préféré.

Chaque personne trouve sa place en fonction de ses capacités et de ses désirs. Le travail est pour eux un moyen d’émancipation, source de joie et de sens. Il est d’autant plus gratifiant puisqu’ils vendent le fruit de leur travail dans le magasin du centre. Tout travail mérite salaire et ici, ce n’est pas tant le salaire qui prime mais plutôt celui de la joie, des éclats de rires et des sourires constamment présents sur les visages.

Après cette journée pleine d’émotion, le Père Nicolas, volontaire de SOS Chrétiens d'Orient, me confie « Ce qui est génial c’est que ce sont les personnes handicapées qui nous expliquent leur métier. Nous apprenons ainsi l’humilité, car nous avons toujours l’habitude de faire les choses mais ici c’est l’inverse ». 

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sos chretiens orient liban eveche monseigneur daher volontairesLe lendemain, avec Arthur Lanternier, chef de mission au Liban, nous sommes accueillis par Monseigneur Daher, évêque grec-catholique de Tripoli. Autour d’un café chaud et d’un bon gâteau, nous échangeons sur la situation du pays « Je suis attristé de voir le pays dans un tel état. Depuis la crise économique les Libanais n’ont plus de travail, les prix montent et ils ne peuvent plus rien se mettre sous la dent », se désole l’évêque. Puis il nous parle du chantier de la cathédrale, en construction depuis vingt ans. Faute d'ouvriers, les travaux n'avancent pas vite.

« Et si les volontaires se joignaient à l’aventure ? Après tout, ils ont besoin de se dépenser ! Cela ferait du bien à tout le monde ! » propose Arthur.

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Les rendez-vous s’enchaînent. Le planning est chargé. A vingt minutes de Tripoli, nous rencontrons le Père Antoine, prêtre Lazariste dans un petit monastère entouré de dizaines d’orangers. Le vent transporte la délicate odeur d’agrume qui nous met l’eau à la bouche.

sos chretiens orient liban projets volontairesPère Antoine nous propose un jus d’oranges, fraîchement cueillies de son jardin. Nous acceptons avec joie. De sa voix douce et posée, le prête détaille les projets qu’il aimerait mener dans la région et l’aide que pourraient apporter les jeunes volontaires, notamment aux agriculteurs qui sont souvent en difficulté et marginalisés. « Ils ont besoin de main d’œuvre! Les jeunes ne veulent plus travailler dans les champs. Ils partent tous à la ville et les ouvriers qui restent coûtent trop cher, » explique-t-il.

Mais déjà le soir tombe sur Tripoli, il nous faut rentrer à l’appartement. « Aujourd’hui la difficulté majeure ce sont les déplacements ! » me raconte Antoine. « Nos activités sont souvent situées à la périphérie ou en-dehors de Tripoli, à plus de trente minutes à pieds de notre appartement. Même si nous sommes titulaires du permis, nous ne sommes pas autorisés à conduire. Pour des raisons de sécurité, nous limitons également nos trajets en taxi. Que nous reste-t-il ? Embaucher un chauffeur. Encore faut-il le trouver. »

La misère est à nos portes, particulièrement à celles des chrétiens du quartier El-Mina. Tout en essayant de nous développer nous ne manquons pas de travail pour venir en aide aux nécessiteux. Mais les fonds manquent toujours contrairement à l’inflation libanaise…

Avec 30€, vous offrez un matelas à une famille chrétienne pauvre de Tripoli. Soutenez l’action des volontaires pour les Libanais, faites un don.

Élodie, volontaire au Liban.