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Egypte – Dans le bidonville des 500, « il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. »

FR - 11/02/2020

Chaque semaine, les volontaires visitent six familles pour leur distribuer des colis alimentaires. Soutenez-les dans leur action. Faites un don.

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Les portières claquent, un à un nous sortons de la petite camionnette, les bras chargés de sacs contenant le colis de nourriture destiné à la famille qui attend notre visite. C’est le milieu de l’après-midi.

sos chretiens orient egypte bidonville des 500L’air commence à se refroidir alors que le soleil achève sa course dans le ciel, que nous apercevons entre les ruelles du bidonville. Le vent agite les draps multicolores ainsi que les rideaux abimés et troués dans lesquels passent les derniers rayons dorés.

Monsieur Mansy, notre contact sur place au bidonville, nous indique une des portes en fer forgé de la rue. Il fait sombre, nous allumons la lampe de nos téléphones pour gravir les marches irrégulières de l’étroit escalier de béton conduisant aux étages.

Notre guide frappe à la première porte. Elle s’ouvre sur une femme, pieds nus, qui nous invite à entrer. Après avoir retiré nos chaussures nous pénétrons dans l’appartement et prenons place sur les fauteuils de la pièce principale.

Alors qu’un silence un peu déconcertant s’installe, deux jeunes garçons entre 10 et 15 ans nous rejoignent. C’est l’occasion de leur demander leurs prénoms, par l’intermédiaire de notre interprète, et d’engager ainsi la conversation avec leur mère. Ce que l’on pourrait appeler les politesses d’usage sont dans ces moments-là d’un grand secours, et quelque part le seul moyen de détendre un peu l’atmosphère. Petit à petit nous apprenons ainsi à connaitre l’histoire de cette famille orthodoxe qui fait partie des 5% de chrétiens vivant dans le bidonville des 500. Alors que les timides sourires des premiers instants font place à de réels éclats de rire, la femme nous propose un thé, ainsi que le veut la tradition orientale.

sos chretiens orient egypte bidonville des 500 alexandriePendant qu’elle s’affaire dans la pièce voisine, que nous ne pouvons entrevoir en raison du rideau qui fait office de porte, nous observons la pièce dans laquelle nous nous trouvons. Les murs de bétons sont recouverts d’un fin crépis fissuré sur lequel sont scotchés des photos de famille, des portraits du Christ, de la Vierge et des Saints. Un poster attire l’œil en particulier, nous le connaissons pour le voir systématiquement dans les maisons que nous visitons, il représente Sa Sainteté Tawadros II, pape copte orthodoxe d’Alexandrie, patriarche de toute l’Afrique et du siège de Saint Marc.

Une ampoule répand une lumière blafarde sur les profonds fauteuils et les quelques meubles de bois que nous qualifierions de démodés dans notre vocabulaire occidental.

Comme la plupart du temps, il n’y a qu’une seule fenêtre pour tout l’appartement : il faut en effet pallier d’une part à la chaleur étouffante et aux odeurs prégnantes de l’été et au vent, et d’autre part au froid et à la pluie de l’hiver. Il n’y a pas de vitres en effet, seulement un drap l’été et une couverture l’hiver.

De la rue nous parviennent les cris maintenant familiers d’un marchand ambulant, tenant fermement les rênes d’un âne incroyablement maigre. Ce dernier tire une sorte de carriole dans laquelle sont entreposés des fruits et légumes souvent trop mûrs ou abîmés qui attirent les mouches.

Nous sommes tirés de nos réflexions silencieuses par le retour de notre hôtesse qui pose devant nous un plateau sur lequel se trouvent nos tasses de thé fumantes et un pot de sucre. Alors que nous la remercions avec les quelques mots d’arabe que nous maîtrisons, elle nous fait signe de patienter et retourne chercher dans la cuisine une assiette sur laquelle est présenté un gâteau fait-maison. Notre interprète nous explique que la femme l’a confectionné spécialement pour nous. « Il y a plus de plaisir à donner qu’à recevoir ». Comment douter de cette phrase alors que nous étions entrés chez elle pour donner et que les rôles s’intervertissent de manière tellement naturelle.

Devant le succès que rencontre son gâteau que nous apprécions particulièrement, elle nous promet de nous en apporter un chaque semaine, lors de notre visite au bidonville. Ce n’est certainement pas une généralité abusive que de dire que ce sont ceux qui ont le moins qui donnent le plus. Nous en vivons actuellement la preuve vivante.

Les deux garçons viennent nous dire au-revoir avant de se rendre à leur cours de catéchisme qui a lieu dans la seule église du bidonville. D’autres familles attendent notre visite, nous devons partir. Nous tendons alors à la femme les sacs que nous avions gardés à nos pieds, contenant les aliments de base, c’est-à-dire du riz, des pâtes, de l’huile, de la viande, de la sauce tomate, du fromage et du thé. Vient ensuite le moment de la prière : notre interprète lit en arabe un passage de la Bible puis nous récitons un Notre-Père en arabe et en français avant de confier la famille au Seigneur.

Le merci que la femme nous adresse au moment de nous saluer nous procure un sentiment étrange, presque comme si nous nous sentions illégitimes de le recevoir. Nous avons la réelle impression d’avoir reçu plus qu’elle pendant cette heure que nous venons de passer dans son appartement.

Qu’est-ce qu’un sac de nourriture comparé à la simplicité avec laquelle elle nous parle de sa famille, à la confiance en Dieu dont elle témoigne jour après jour et à la lumière de son sourire quand elle nous parle de ses fils ?

Si les traits marqués de son visage sont la preuve de la dure réalité de la vie qu’elle mène au quotidien, le temps d’une heure, nous n’avons vu que le rayonnement qu’elle dégageait et c’est cette image que nous emportons en refermant la porte derrière nous.

Chaque semaine, nous visitons six familles qui reçoivent un colis de nourriture grâce à vos dons. Nous avons l’intention d’augmenter ce nombre mais nous ne pouvons le faire sans votre générosité. Un colis coûte un peu plus de six euros, nous sommes convaincus que vous pouvez participer et nous aider ! Faites un don.

Marguerite, volontaire en Égypte.