Revue de presse

Délivrez-nous du mal ! Père Toufic

SOS Chrétiens d'Orient

19 février 2015

Le 7 septembre 2013, le pape François lançait une journée de jeûne pour la paix en Syrie. Le même jour, à Maaloula, village chrétien où l’on parle encore l’araméen, trois jeunes Syriens étaient froidement assassinés par des islamistes et six autres étaient enlevés.

Des crimes perpétrés par des musulmans radicalisés de Maaloula : « Les habitants du village ont le sentiment d’avoir été poignardés dans le dos par des voisins avec qui nous avons partagé le deuil et la joie par le passé », explique le curé du village, le père Toufic Eïd.

Prêtre libanais de l’ordre basilien du Saint Sauveur, il veut faire prendre conscience à la France et aux pays occidentaux de la gravité de la situation en Syrie.

« Depuis une dizaine d’années, nous avions constaté un changement dans le comportement des musulmans: la moindre querelle de gamins dans la rue prenait une tournure confessionnelle, les femmes portaient de plus en plus le voile et certains sont devenus riches très rapidement. Nous avons eu l’impression que ce qui se passait en Syrie avait été minutieusement préparé depuis des années. »

La France a-t-elle conscience que sa politique étrangère à l’égard du Proche-Orient ne sera pas sans conséquence ? « Ce qui se passe en Syrie a déjà commencé à toucher la France. On ne peut nourrir le mal dans un coin sans être touché un jour par ce mal », prévient le prêtre grec-catholique melkite qui est aussi le prieur du monastère Saint-Serge-et-Saint-Bacchus, un des plus anciens monastères du Proche-Orient, fondé au tournant du Ve et du VIe siècle.

En avril 2014, l’armée syrienne avec l’aide d’hezbollahs libanais et d’Iraniens, a repris Maaloula.

Ses habitants, qui avaient fui, retrouvent un village fantôme : des centaines de maisons rasées, des lieux de culte chrétiens incendiés, des icônes très anciennes réduites en cendres…Tout est à reconstruire dans la pierre mais aussi dans les cœurs.

Comment pardonner? Comment continuer à côtoyer des musulmans qui pourront à nouveau se retourner contre les chrétiens ? Faut-il fuir ?

Pour le père Toufic, les chrétiens sont chez eux en Syrie et doivent pouvoir vivre en paix avec les musulmans: « Le grand défi des chrétiens au Moyen-Orient c’est de vivre de l’Évangile après avoir subi le mal. Suivre le Christ suppose de pardonner à nos ennemis, pour cela il ne faut pas laisser la rancune entrer dans notre cœur. Seul l’Esprit-Saint est capable de nous aider, il faut donc prier beaucoup afin d’obtenir cette grâce du pardon. »

Quatre ans après le début de ce conflit qui a déjà fait plus de 250 000 morts, c’est le coeur plein de cette espérance, à la fois grave et joyeuse, que le père Toufic exhorte les catholiques de France à rejoindre dans la prière leurs frères syriens qui ont besoin de courage pour affronter les mois à venir. Car choisir de rester en Syrie, c’est aussi accepter le martyre : « C’est notre devoir de rester, de vivre avec ceux qui nous tuent, lance-t-il. Les chrétiens n’ont pas d’autre mission que d’être des lumières dans les ténèbres. »

M.T.