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Manifestations à Beyrouth : les volontaires se joignent aux Libanais pour nettoyer les rues.

FR - 24/10/2019

Depuis une semaine, d’importantes manifestions ont éclaté au Pays du Cèdre. Le climat économique et politique au Liban est délétère ; certains parlent même de crise socio-économique. A Beyrouth, Tripoli, Saïda et Tyr, les foules, de classes sociales, d’âges et de religions différentes descendent quotidiennement dans la rue en masse réclamer la démission du gouvernement.

manifestation liban reuters ali hashisho

« Manifestations, manifestations jusqu’à la chute du régime, » scandent ainsi des jeunes libanais. Ils n’ont plus rien à perdre, ils expriment leur scepticisme et énervement face aux promesses stériles.

Malgré le sérieux de leurs revendications, les Libanais inondent les rues et les réseaux sociaux de slogans humoristiques. Si des affrontements et échauffourées sont à déplorer, les contestations se déroulent le plus souvent dans une ambiance festive, chaleureuse et bon enfant. Mariages, chants pour enfants, Baby shark géant, soirée DJ aux fenêtres des appartements, les scènes insolites sont postées en grand nombre sur le web. Une vague rouge et verte déferle sur la capitale en flot ininterrompu.

Tôt le matin, des manifestants, un peu particulier, affluent sur les grands axes pour fêter à leur manière « la révolution ». La présence quasi-discontinue de plusieurs centaines de milliers de personnes provoque l’accumulation de déchets, notamment dans le centre-ville de Beyrouth, le long de l’avenue Riad El Solh, qui mène jusqu’au Grand Sérail, siège du gouvernement libanais.

Le soir, à la lueur des téléphones portables, on fait la fête sur des airs populaires, le matin, on balaie les rues.

Les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient à Beyrouth se sont joints à des équipes de bénévoles pour ramasser et trier les déchets.

sos chretiens orient manifestations liban nettoyage dechets volontaires« Nous sommes partis de l’appartement aux aurores, pour nettoyer quelques mètres de route avant l’arrivée des manifestants. Au sol, sur les trottoirs et le bord de la route, le goudron est caché par un empilement désordonné de bouteilles en plastiques, canettes, mégots, etc… Nous pourrions croire être au lendemain d’une soirée bien trop arrosée entre amis.

Sur la place des martyrs, devant l’immense mosquée construite par Rafic Hariri, à proximité des cathédrales maronite et orthodoxe, c’est un véritable désastre écologique qui nous attend. En quelque secondes, nous enfilons nos gants, nos masques, prenons un sac poubelle et nous dispersons par groupe de deux.

Tous les bénévoles se sont donnés rendez-vous pour nettoyer la ville : petits et grands, personnes âgées, d’autres depuis leurs fauteuils roulants. Tous mettent leur cœur à l’ouvrage dans un bel esprit de cohésion. « Nous tenons à ce que nos filles assistent à cet évènement historique. Le Liban coule dans leurs veines. On veut qu’elles voient mais aussi qu’elles participent, » nous raconte Olivier, venu avec sa femme et ses deux filles.

 « Mon rôle ici c’est de nettoyer les routes, de montrer l’image du vrai citoyen libanais, le citoyen qui descend sur la route pour manifester et qui mérite des routes propres, des routes qui lui ressemblent, » nous confie Peter ; une femme nous raconte encore :

« Le visage qu’on nous donne en général sur les réseaux sociaux est celui d’un peuple qui fait la fête, qui s’amuse. Mais derrière le DJ, les musiques et les embrassades, il y a un vrai visage de Libanais qui souffre. Et à regarder de plus près, on ne peut qu’avoir le cœur serré. »

Après quelques heures de travail, nous quittons les lieux. Les manifestants arrivent, les rues sont désormais à eux. Nous reviendrons demain avec la même motivation et l’envie d’aider ce peuple qui espère en un futur meilleur.

Inès, volontaire au Liban.