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« Les réfugiés syriens au Liban doivent rentrer en Syrie. »

Figaro Vox

FIGAROVOX/TRIBUNE – Plus d’un million et demi de réfugiés syriens se trouveraient au Liban, situation très difficile pour le pays du Cèdre. La guerre civile en Syrie touchant à sa fin, il est naturel que ces réfugiés regagnent leur pays, argumentent Charles de Meyer et Benjamin Blanchard.

 

Depuis le début de la guerre au Proche-Orient, la question des réfugiés syriens est un baril de poudre qui menace le fragile équilibre communautaire du Liban. De 2012 à 2013, plus de 500 000 Syriens ont fui la guerre et trouvé refuge dans ce pays frontalier, étroitement lié à la Syrie. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies, ils seraient aujourd’hui plus d’1,5 million, dont 500 000 jeunes entre 3 et 14 ans. Ce qui fait du Liban (4,1 millions de Libanais résidant dans le pays) le pays avec le plus fort taux de réfugiés au monde – puisqu’un habitant sur quatre y a le statut de réfugié! Cette question constitue donc à la fois un enjeu politique majeur et un drame humanitaire sans précédent. La situation perturbe de nombreux Libanais – du petit commerçant aux élites, en passant par les politiques et les humanitaires.

SYRIE
Type d'intervention

À tort ou à raison, l’image réveille dans l’opinion publique le fantôme des réfugiés palestiniens qui, en 1948 et 1967, sont arrivés en masse – une des causes principales de la guerre civile qui a déchiré le pays du Cèdre entre 1975 et 1990. De la Bekaa au Akkar, ce sont les périphéries du pays qui connaissent les situations les plus sensibles. Dans les villages chrétiens frontaliers où nous travaillons – tels Al Qaa, Ras Baalbeck, Laboueh, Jdaideh, Jabboule – les habitants déplorent l’arrivée massive de ces réfugiés sunnites qui pèsent dangereusement sur les fragiles équilibres nés à la fin de la guerre. D’autant qu’en huit ans, ces musulmans sont devenus majoritaires sur place. « Le nombre exorbitant des réfugiés fait naître le danger d’un déséquilibre démographique», s’inquiète le cardinal Bechara Boutros Raï, patriarche maronite.

L’accueil des premiers réfugiés avait suscité un vaste élan de solidarité à la base de la population, notamment grâce aux nombreux liens communautaires, religieux et familiaux. Il faut également remercier le gouvernement libanais qui est allé aux limites de ses possibilités pour organiser l’arrivée massive de ces personnes. Mais le nombre grandissant de réfugiés, associé à un contexte intérieur difficile, ont usé nombre de bonnes volontés, incapables de faire plus, sans un engagement politique fort.

Aujourd’hui, sur ce terreau de profonde détresse, d’épuisement des pouvoirs publics et d’indifférence des autorités internationales, un nouveau drame humanitaire pourrait se produire, avec pour conséquence un réveil des violences au Liban.

Sur le terrain, nos volontaires mesurent au quotidien les risques et frictions engendrés par l’arrivée des réfugiés syriens dans des zones qui, parfois, accueillent déjà des Palestiniens. Aux antagonismes ethniques ou religieux, s’ajoute la misère sociale. En janvier 2019, les réfugiés des camps ont subi de violentes inondations, qui les fragilisent encore plus. Près de 30% vivraient sans manger à leur faim tous les jours. Avec les conséquences, hélas, que cela peut avoir en matière de survie. Régulièrement, nous entendons parler de vols, de cambriolages, voire de prédations, d’agressions physiques. Dans certains villages isolés, on nous a demandé de financer des systèmes de sécurité pour protéger les plus vulnérables et prévenir la délinquance.

Dans les écoles, où 20 à 30 % des élèves sont des réfugiés, les tensions sont nombreuses. Les cours y sont notamment dispensés en arabe et en français or, les jeunes Syriens ne parlent qu’arabe. Pour limiter les heurts et favoriser l’instruction des réfugiés, le ministère libanais de l’Education a réservé les cours de l’après-midi aux Syriens.

En 2018, lors d’une rencontre avec l’un de nos responsables, le président de la République Michel Aoun (chrétien maronite) a pointé la menace que les réfugiés feraient peser. « Ces gens sont venus en masse et menacent l’équilibre du pays. La seule solution réside dans le retour dans leur pays, dans des zones sécurisées.», a-t-il déclaré. Cette inquiétude est partagée, bien qu’avec des réserves, par le Premier ministre (musulman sunnite) Saad Hariri: « Si nous ne commençons pas à réfléchir sur une sortie de crise et comment y arriver, nous allons décevoir le Liban et perdre l’intérêt des Libanais ».

Aujourd’hui la paix avance en Syrie. Plus de 80% du territoire syrien ont été reconquis. La plus grande partie du pays est stabilisée et l’heure de la reconstruction a sonné à Damas, Alep ou Homs. Pour l’instant, malgré la précarité de leur situation au Liban, seuls 90 000 réfugiés syriens sont rentrés dans leur pays. C’est trop peu pour le mouvement de réconciliation nationale qui doit prévaloir dans tout le territoire syrien. Trop peu au regard des conditions de vie des réfugiés dans bien des camps au Liban, malgré le courageux investissement d’associations locales et internationales.

Le système de retour est, jusqu’ici, basé sur la démarche individuelle. Or la solution ne peut plus être uniquement humanitaire et doit devenir politique. Elle passe par le dialogue entre tous les partenaires régionaux et internationaux.

Emmanuel Macron déclarait le 18 décembre dernier que la France agissait pour un Liban stable et indépendant. Il faut espérer que notre pays, au nom de sa longue amitié avec le pays du Cèdre, s’engage avec détermination dans le traitement de la crise des réfugiés syriens. L’engagement de la France est nécessaire en tant que pays ami. Mais il est aussi indispensable en tant que puissance internationale soucieuse de maîtriser son étranger proche et d’agir pour la préservation des équilibres, dans une région qui a miraculeusement échappé à la guerre déchirant le Proche-Orient depuis 2011.

Il est primordial d’œuvrer pour le retour des réfugiés syriens en leur assurant les conditions matérielles suffisantes pour un retour prudent en Syrie. À l’heure où la guerre s’achève en Syrie, où les puissances régionales et internationales reprennent le dialogue à Genève ou Astana, la France doit assumer tout son rôle dans l’établissement d’un retour concerté et accéléré des réfugiés syriens du Liban. Sous peine de perdre le prestige qu’elle a encore là-bas et, pire, de favoriser un nouveau drame humain.

Une tribune de Charles de Meyer et Benjamin Blanchard

Votre responsable de pôle

Jeanne der Agopian

Directrice de la communication adjointe