











Benjamin Blanchard, Directeur général de SOS Chrétiens d’Orient, Antonin Dubois, chef de mission en Irak, et John Dakali, responsable des projets en Irak, visitent le camp de Qadia dans la perspective d’y lancer, dès cet été, un projet de formation aux gestes de premiers secours.
« Sous le soleil du Kurdistan irakien, nous prenons la route vers le camp de Qadia, situé entre Duhok et Zakho. Derrière les alignements de préfabriqués et les rues poussiéreuses vivent encore plus de 8 000 Yézidis, déplacés de la région du Sinjar après le génocide perpétré par Daesh entre 2014 et 2017.
Plus de dix ans après les massacres, beaucoup n’ont jamais pu rentrer chez eux. Les villages ont été détruits, les infrastructures demeurent insuffisantes et l’instabilité sécuritaire continue de freiner les retours. Pour de nombreuses familles, le camp est devenu une résidence de longue durée, bien loin de ce qui devait être une solution provisoire.
C’est dans ce contexte que SOS Chrétiens d’Orient souhaite lancer dès cet été un programme de formation aux gestes de premiers secours. L’objectif est de former environ cinquante habitants du camp, dont vingt-cinq femmes et vingt-cinq hommes, afin qu’ils puissent intervenir rapidement face aux situations d’urgence du quotidien : incendies domestiques, accidents, morsures d’insectes ou malaises médicaux.
Nous sommes accueillis par le responsable de l’une des structures du camp, qui nous présente le travail mené sur place : activités de coloriage avec les enfants, séances de relaxation, accompagnement psychologique pour les femmes survivantes du génocide…
L’une des animatrices du camp, également infirmière, nous décrit ensuite la situation des habitants : beaucoup d’enfants sont nés ici et nombre d’entre eux ont perdu leur père durant le génocide. Malgré tout, la vie continue. Les enfants accourent vers nous, curieux de rencontrer ces visiteurs venus de loin. Certains nous montrent fièrement leurs dessins ; d’autres nous entraînent dans les salles où ils participent à des exercices de relaxation et d’expression.
Au fil des échanges, l’importance du futur projet apparaît clairement. Dans un environnement où l’accès aux secours peut être limité et où les situations d’urgence restent fréquentes, disposer de personnes formées aux premiers gestes peut sauver des vies.
Cet été, les premières sessions de formation débuteront dans ces mêmes locaux. Une action concrète au service d’une communauté qui continue, malgré les épreuves, à reconstruire son avenir. »














« Derrière les murs de pierre de l’hôpital Saint-Joseph de Beyrouth, tenu par les sœurs maronites, le temps semble s’écouler autrement. Ici, les jours sont rythmés par les visites des familles, les soins des infirmières et l’attente silencieuse des patients. Pour moi, c’est déjà la deuxième visite dans cet établissement où les volontaires viennent chaque mois rencontrer les malades et prier avec eux.
À peine arrivé, Sœur Grâce m’accueille avec son sourire habituel. Comme à chaque visite, nous commençons par nous recueillir dans la petite chapelle attenante à l’hôpital. Dans ce lieu où certains espèrent guérir et où d’autres vivent peut-être leurs derniers jours, la question de l’espérance prend une profondeur particulière. Avant de franchir les portes des chambres, je demande simplement la grâce d’avoir les mots justes, un regard rempli de paix et un cœur suffisamment ouvert pour accueillir les souffrances que nous allons rencontrer.
Aujourd’hui, une trentaine de patients nous attendent dans les services de chirurgie orthopédique, de chirurgie générale et de chimiothérapie. Dès les premiers couloirs, la maladie se devine dans les visages fatigués, les gestes ralentis, les regards parfois perdus. Lorsque les corps ne racontent pas l’épreuve, ce sont souvent les premiers mots échangés qui la révèlent. Alors, avant d’entrer dans chaque chambre, je me répète intérieurement cette prière attribuée à saint François d’Assise : « Je veux regarder aujourd’hui le monde avec des yeux remplis d’amour, voir au-delà des apparences tes enfants comme tu les vois toi-même. »
Le mois de juin est consacré au Sacré-Cœur de Jésus. Pour l’occasion, nous avons préparé de petits cœurs découpés dans du carton rouge, sur lesquels est inscrite la mention : « Au Sacré-Cœur de Jésus ». À chaque patient, nous demandons quelle intention de prière il souhaite confier à ce cœur brûlant d’amour. Les réponses se ressemblent rarement. Certains évoquent leur maladie, d’autres leur guérison, mais un thème revient inlassablement : la paix pour le Liban. Même cloués sur un lit d’hôpital, beaucoup continuent de porter dans leur prière les souffrances de leur pays.
Parmi toutes les rencontres de cette journée, certaines demeureront longtemps gravées dans ma mémoire.
Je pense d’abord à ce jeune homme hospitalisé en chimiothérapie. Son crâne rasé témoigne du combat qu’il mène contre le cancer. Lorsque je lui tends le cœur rouge et lui demande ce qu’il aimerait confier à Dieu, je m’attends naturellement à l’entendre parler de sa santé. Pourtant, après quelques secondes de silence, il répond simplement : « La paix au Liban. » Pas un mot pour lui-même. Pas une demande de guérison. Seulement cette prière pour son pays meurtri. Dans cette chambre d’hôpital, un homme frappé par la maladie choisit de penser d’abord aux autres.
Quelques chambres plus loin, je rencontre Charbel. Le vieil homme ne peut plus parler. À son chevet, son épouse veille en silence. Il y a dans ses gestes une tendresse discrète et bouleversante. Déjà très émue en entrant dans la chambre, je n’ose pas lui demander davantage de détails. Je reste simplement témoin de cet amour fidèle qui traverse les années et résiste à l’épreuve de la maladie. Lorsque nous lui remettons le cœur du Sacré-Cœur, elle le saisit avec émotion et nous remercie chaleureusement de notre présence.
Dans une autre chambre repose un prêtre hospitalisé. Je me retrouve face à un homme qui a consacré son existence à porter son prochain dans la prière et à les accompagner dans leurs épreuves. Cette fois, les rôles semblent inversés. Celui qui a tant prié pour les malades devient lui-même celui que l’on confie à la prière. Dans la fragilité de la maladie, toutes les distinctions disparaissent et nous redevenons simplement des frères devant Dieu.
Enfin, je garde une émotion particulière de ma rencontre avec Monique. Un œil encore marqué par un hématome rappelle la violence de l’accident de voiture dont elle et son mari ont été victimes quelques jours auparavant. À mesure qu’elle raconte les événements, je comprends que les images du drame restent très présentes dans son esprit. Pourtant, ses paroles ne sont pas celles de la peur. À plusieurs reprises, elle répète : « Un miracle… c’est un miracle. » Malgré les fractures et les blessures, elle et son mari ont survécu sans séquelles graves. En serrant contre elle le cœur du Sacré-Cœur de Jésus, celle qui a frôlé la mort, contemple désormais la vie comme un don renouvelé.
Au fil des heures, je réalise combien ces visites suspendent le rythme effréné de la mission. Elles obligent à ralentir, à écouter, à prendre conscience de la valeur de chaque instant. Pour nous, les journées défilent souvent à toute vitesse. Pour ces patients, le temps prend une autre dimension.
Lorsque vient le moment de partir, nous nous rassemblons une dernière fois dans les chambres. Les familles, les patients, les infirmières et les volontaires se joignent à la prière. Ensemble, nous entonnons un « Abana lazi fil samawat », le Notre Père en arabe. »