






























En collaboration avec l’association Al Tawarek, les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient évaluent les besoins des familles de Tripoli dans le besoin et leur donnent des produits de premières nécessité.
« À Tripoli, les rues se resserrent à mesure que la voiture s’enfonce dans les quartiers populaires d’El-Mina. La mer n’est jamais loin, mais ici, ce sont surtout la précarité et les silences lourds qui frappent. Dans le coffre, quelques objets simples : un four, des couvertures, des casseroles, une machine à laver. Des choses ordinaires, qui deviennent essentielles lorsqu’on ne possède presque plus rien.
Marie ouvre la porte avec un sourire immense. Dans l’unique pièce qui lui sert à la fois de chambre, de salon et de salle à manger, elle nous invite à entrer : « Tfaddalo ». Marie est atteinte d’un cancer. Les consultations médicales sont trop coûteuses et elle continue à travailler malgré la maladie. Aujourd’hui, nous lui apportons un four. Pendant qu’il est installé, elle serre entre ses mains les quelques affaires offertes : une serviette, des casseroles, un coussin. Elle remercie sans cesse, la voix tremblante. Les larmes montent lorsqu’elle nous confie qu’elle ne pensait plus que quelqu’un penserait encore à elle.
Quelques rues plus loin, Antoun vit avec sa femme et leur bébé prématuré, Tia, dans un logement si exigu que nous peinons à y entrer tous ensemble. Le berceau est coincé entre le lit et l’armoire. Pourtant, malgré la pauvreté, une forme de joie habite encore cet endroit. Sur le palier, nous tentons de faire passer une machine à laver dans la petite chambre. Chacun pousse, soulève, s’organise. On rit presque de la situation.
Nous avons beaucoup de cadeaux pour eux : un petit chauffage, une poêle et une casserole, 2 serviettes et 2 couvertures, ainsi qu’une plaque de gaz. Même si leur habitation est petite, ils devraient y vivre avec un peu plus de confort.
Le soir tombe sur Tripoli lorsque nous arrivons chez Edmond Nassif. Avec sa femme Maggie, ils essaient de tenir malgré la maladie psychiatrique de leur fille Suzie. Edmond travaille autant qu’il le peut pour payer les traitements. Maggie avoue, les larmes aux yeux, qu’elle ne sait plus comment faire. Puis Suzie murmure doucement : « Ce n’est pas ma faute si je suis malade… » Dans ces moments-là, il n’y a pas de grands discours. Seulement une présence, une prière, quelques paroles simples.
Plus tard, Salwa nous accueille dans son petit appartement. Sa mère lui a appris à cuisiner avant de mourir il y a huit ans. Lorsqu’elle évoque son absence, sa voix se brise. « Mon grand frère m’aide beaucoup, mais rien ne peut remplacer une maman ». Puis elle disparaît quelques minutes dans la cuisine avant de revenir avec un plat d’épinards, de riz et de vermicelles parfumé au citron. Autour du repas, les sourires reviennent enfin. Au Liban, même ceux qui n’ont presque rien trouvent encore la force d’offrir.
À la fin de la journée, la fatigue pèse sur les corps, mais une phrase revient dans toutes les conversations. Celle de Maya, présidente d’Al Tawarek : « Si nous ne les aidons pas, qui le fera ? »