Revue de presse

Les différents travaux accomplis en Irak

France Bleu Maine

10 novembre 2014

 


Martial Bild : Pourquoi vous, et pourquoi cette immense tâche ?


 Charles de Meyer : Cette immense tâche nous vient du plus profond de ce qu’a été la France dans son soutien aux chrétiens d’Orient mais elle nous vient surtout de la rencontre avec la souffrance qui a été vécue à Maaloula quand on nous a appelés depuis la Syrie pour nous expliquer ce qui s’était passé. Les horreurs qu’ont vécues les habitants majoritairement chrétiens nous ont touchés et nous avons voulu que notre frustration, notre colère européenne puisse se concrétiser. Une floraison d’initiatives diverses, de 18 à 77 ans. Volonté de faire quelque chose concrètement face à des enjeux de géopolitique qui parfois nous dépassent et peuvent être atténués par une bonne volonté française, une bonne volonté chrétienne. 


Benjamin Blanchard : 3 objectifs, apporter une aide matérielle, fêter Noël avec les chrétiens de Syrie, grâce à ce voyage faire parler de la Syrie et de la situation des chrétiens là-bas. Les rapports inter-religieux sont surprenants. A l’intérieur des communautés, les chrétiens s’entendent très bien. Les mariages intercommunautaires sont fréquents. Entre les différentes religions, à Damas, l’entente semblait assez bonne. 


Entretien avec Charles de Meyer sur France Bleu Maine.


Vous êtes avec nous pour parler du travail accompli ces douze derniers mois. Les projecteurs ont été braqués sur ces chrétiens d’Irak au cœur de l’été, c’est moins vrai en ce moment. Vous avez des contacts sur place, quelle est la situation aujourd’hui ? 

 


 Charles de Meyer : La situation s’améliore mais elle reste dans un état déplorable. Il faut considérer qu’il y a 200 mille réfugiés qui ont envahi Erbil et qui ont posé des problèmes logistiques, des problèmes d’approvisionnement en eau et électricité très importants. Il y a un autre drame qui arrive, c’est celui de l’hiver qui va rendre les conditions de vie très difficiles dans les camps de réfugiés et dans les habitats isolés l’hiver et c’est donc un défi pour l’ensemble des associations humanitaires qui œuvrent là-bas.


 Vous-mêmes êtes-vous allé souvent en Irak ?


Charles de Meyer : J’y suis allée très régulièrement, sept fois au cours des six derniers mois, deux séjours en Syrie et plusieurs en Jordanie. J’y ai passé quasiment tout mon temps libre parce que quand on décide d’agir dans ces pays où il y a tellement à apprendre et à découvrir, on devient vite amoureux.

 


 Amoureux peut-être mais ça doit être surtout très perturbant ?


Charles de Meyer : Oui c’est très perturbant de voir le ressentiment qu’il y a par rapport à une partie de l’Occident depuis l’invasion américaine de 2003. Les Irakiens, même les chrétiens ont une peur de ce que nous venons faire quand nous allons chez eux à leur rencontre. C’est très perturbant et ce qui est difficile est également la situation humanitaire, nous voyions des enfants mourir sous nos yeux.


En Sartre il y a pas mal de chrétiens d’Orient, Syriens, Irakiens, qui sont accueillis. C’est une bonne solution pour vous d’accueillir chez nous ces personnes ? 

 

Charles de Meyer : Il y a un premier objectif d’humanité quand on accueille ces personnes et évidemment, si un chrétiens syrien ou irakien est là, il faut mettre tout ce qui est en son pouvoir pour l’accueillir bien. Je sais qu’en Sartre, cela a été fait de manière concertée et avec le plus d’aide possible. En revanche, l’objectif n’est pas du tout que les chrétiens d’Orient aient à quitter leurs terres. Le déplacement de population est un drame humain. Quand vous voyez les témoignages après quelques années d’émigration des chrétiens irakiens et des chrétiens syriens, ils veulent revenir à leur terre, ils veulent revenir à leurs communautés. Ils sont souvent déçus par l’Occident qu’ils fantasment un peu. Ce drame il faut travailler à le rendre le moins douloureux possible quand on rencontre un chrétien syrien ou irakien près de chez soi mais il faut surtout essayer de trouver des solutions de long terme là-bas pour qu’ils puissent rester vivre et prier au Proche Orient. »