Actualités

Lalish, un temple pour accueillir les voeux d'un peuple persécuté.

FR - 01/04/2019

Le Yézidisme, religion monothéiste ou religion des sept anges, est proche des religions de la Perse Antique. Soupçonnés par Daesh d’adorer Sheitan, le Diable, les yézidis sont aujourd’hui une cible privilégiée des terroristes. Ils n’ont d’autre choix que de se convertir à l’islam pour avoir la vie sauve. En 2014, des familles entières ont été décimées, les femmes réduites à un esclavage sexuel, les enfants enlevés. Les plus chanceux ont fui la ville de Sinjar, située au Nord de l’Irak, près de la frontière avec la Syrie. Aujourd’hui, ils se sentent abandonnés du gouvernement et oubliés des ONG.

Des Yézidis, je n’avais que l’image de ce groupe d’une vingtaine de familles vivant dans un camp de fortune, protégé des intempéries par des bâches bleues dans le terrain vague proche de l’école SOS Chrétiens d’Orient d’Ainkawa.

Mais au sanctuaire sacré de Lalish, j’en ai rencontré beaucoup d’autres qui ont enduré l’enfer de la soif, de la faim et de l’isolement. Ils se sont réfugiés ici, à Lalish.

Ils sont nombreux à poser leurs chaussures en bas de la colline pour commencer l’ascension vers le temple. Chaque pas a un sens particulier et nul autre qu’un Yézidi ne peut s’y aventurer sans un guide. Afin de respecter les traditions religieuses, les volontaires doivent enjamber certaines marches et pierres. Sans un connaisseur, il est facile de se tromper.

Une fois l’enceinte passée, nous nous retrouvons face à une lourde porte en bois et l’image d’un grand serpent noir. A l’opposée du christianisme, le serpent est honoré ci. Au début du déluge, il s’est sacrifié pour combler le trou dans l’arche de Noé et a ainsi sauvé Hommes et bêtes.

A l’intérieur, des foulards en soies, aux couleurs vives de l’arc-en-ciel, sont noués autour des sept piliers, symbolisant les sept anges. Chaque nœud est lié par un yézidi qui confie son vœu aux pierres. Chacun est ensuite libre d’en défaire pour ainsi leur offrir une chance de se réaliser.

Un peu plus loin, un attroupement assez bruyant nous attire. Une femme lance un foulard en visant le sommet d’un muret reposant sur le mur de la pièce. Si elle réussit, son vœu sera peut-être exaucé. Dans cette pièce obscure aux murs sombres de suie, tous applaudissent le succès de la femme. Autour d’eux, des jarres posées dans des bacs contiennent l’huile des olives, récoltées sur les arbres du temple. Elle est conservée pendant un an et chaque jour d’hiver, les gardiens allument un grand feu au centre de la pièce pour conserver une bonne température.

Plus proche de l’entrée se trouve la tombe de Cheikh Adi ibn Musafir, figure et saint fondateur du Yézidisme. Chaque pèlerin tourne trois fois autour de sa dépouille, embrassant chacun des coins, et dépose à ses pieds des billets pour une offrande ou bien, plus simplement son vœu.

Le contraste des pierres très foncées et de l’enceinte sombre sans lumière avec les foulards vifs et l’euphorie des pèlerins souligne l’espoir fort que garde ce peuple malgré les persécutions subies. Si beaucoup ont perdu leurs proches à cause de Daesh, tous continuent de confier leurs vœux et de tout mettre en œuvre pour les réaliser.

Et après avoir perdu leur chef dernièrement, décédé en Allemagne, les Yézidis sont en délibération pour choisir parmi six candidats de la famille Beg : Harman Mirza beg (le neveu du chef précédent), Hazim Mil Tahseen Beg (son fils), Kamiran Kheri Beg (son autre neveu), Miran Sabah Jasim Beg (fils d’un cousin du défunt), Salim Najman Beg (son cousin) et Sherzad Farouq Beg (son frère).

Le décès de Mir Tahseen Beg ne conduira pas à la fin du Yézidisme. Le nouveau chef prendra la suite pour guider et rassembler ce peuple meurtri.