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Trésors d'Orient - Au coeur de Lalesh, le sanctuaire des Yézidis.

FR - 24/06/2020

Le sanctuaire de Lalish, plus haut lieu du Yézidisme, est situé à une centaine de kilomètres d’Erbil au nord du Kurdistan irakien. Véritable havre de paix, Lalish est un espace sacré entouré de montagnes et traversé par des sources et des ruisseaux. Dans la tradition yézidi, Dieu seul vit dans cette vallée. Il n'y a donc pas d'habitation permanente sauf pour les religieux en charge de l'entretien des édifices sacrés.

Le Yézidisme, religion monothéiste ou religion des sept anges, prendrait racine dans la Perse Antique. L’on sait peu de chose sur cette religion car il n’existe qu’un exemplaire de ses deux livres sacrés (le Livre des Révélations et le Livre noir) et très peu de Yézidis ont pu le consulter. Leurs rites se transmettent oralement et sans prophète. Personne ne peut se convertir au yézidisme. La foi se transmet par le sang. L’entrée dans la communauté est marquée par un baptême dans une grotte cachée dans les entrailles du sanctuaire de Lalesh. L’onction est pratiquée avec l’eau de la source Zemzem, censée avoir des propriétés magiques, guérir les blessures et assurer la vie éternelle.

sos chretiens orient irak yezidi au sanctuaire de lalishSoupçonnés par Daesh d’adorer Sheitan, le Diable, les yézidis ont été une cible privilégiée des terroristes. Contrairement aux chrétiens, ils n’avaient comme seul choix que de se convertir à l’Islam pour avoir la vie sauve. En 2014, des familles entières ont été décimées, les femmes réduites à un esclavage sexuel, les enfants enlevés. Les plus chanceux ont fui la ville de Sinjar, située au Nord de l’Irak, près de la frontière avec la Syrie. Aujourd’hui, ils se sentent abandonnés du gouvernement et oubliés des ONG.

Des Yézidis, je n’avais que l’image de ce groupe d’une vingtaine de familles vivant dans un camp de fortune, protégé des intempéries par des bâches bleues dans le terrain vague proche de l’école SOS Chrétiens d’Orient d’Ainkawa. Mais au sanctuaire sacré de Lalish, j’en ai rencontré beaucoup d’autres qui ont enduré l’enfer de la soif, de la faim et de l’isolement.

Ils sont nombreux à poser leurs chaussures en bas de la colline pour commencer l’ascension vers le temple. Chaque pas a un sens particulier et nul autre qu’un Yézidi ne peut s’y aventurer sans un guide. Afin de respecter les traditions religieuses, les volontaires doivent enjamber certaines marches et pierres. Sans un connaisseur, il est facile de se tromper.

L’atmosphère qui règne à Lalesh est tout à fait apaisante. La cour du temple est parsemée d’arbres sacrés à l’ombre desquels les Yézidis échangent avec leur famille ou amis autour d’un thé ou d’un repas. Ici tout le monde se promène pieds nus pour être plus proche de la nature.

Une fois l’enceinte passée, nous nous retrouvons face à une lourde porte en bois et l’image d’un grand serpent noir. A l’opposée du christianisme, le serpent est honoré ci. Au début du déluge, il s’est sacrifié pour combler le trou dans l’arche de Noé et a ainsi sauvé Hommes et bêtes.

sos chretiens orient irak sanctuaire yezdi foulards de soieA l’intérieur, des foulards en soie, aux couleurs vives de l’arc-en-ciel, sont noués autour des sept piliers, symbolisant les sept anges. Lorsqu’un fidèle passe devant ces foulards il y fait un nœud en faisant un vœu puis dénoue un autre nœud pour que le vœu d’un précédent fidèle soit exaucé.

Un peu plus loin, un attroupement assez bruyant nous attire. Une femme lance un foulard en visant le sommet d’un muret reposant sur le mur de la pièce. Si elle réussit, son vœu sera peut-être exaucé. Dans cette pièce obscure aux murs sombres de suie, tous applaudissent le succès de la femme. Autour d’eux, des jarres posées dans des bacs contiennent l’huile des olives, récoltées sur les arbres du temple. Elle est conservée pendant un an et chaque jour d’hiver, les gardiens allument un grand feu au centre de la pièce pour conserver une bonne température.

Plus proche de l’entrée se trouve la tombe de Cheikh Adi ibn Musafir, figure et saint fondateur du Yézidisme. Chaque pèlerin tourne trois fois autour de sa dépouille, embrassant chacun des coins, et dépose à ses pieds des billets pour une offrande ou bien, plus simplement son vœu.

Le contraste des pierres très foncées et de l’enceinte sombre sans lumière avec les foulards vifs et l’euphorie des pèlerins souligne l’espoir fort que garde ce peuple malgré les persécutions subies. Si beaucoup ont perdu leurs proches à cause de Daesh, tous continuent de confier leurs vœux et de tout mettre en œuvre pour les réaliser.

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