Actualités

Le mémorial des martyrs arméniens de Deir ez-Zor va être reconstruit, avec le soutien du gouvernement syrien

News - 28/01/2019

Le 21 septembre 2014, après avoir assassiné des centaines de membres des tribus locales, un groupe armé de Daesh parvient à entrer dans la ville de Deir ez-Zor, ville syrienne située sur les bords de l'Euphrate. Ils l'occupent durant plusieurs mois, détruisant une grande partie de la ville et de ses monuments.

Pour les arméniens, cette ville est très symbolique. Elle accueille en effet en son sein le mémorial des martyrs arméniens, victimes du génocide perpétré par l'Empire Ottoman au début du XXème siècle. En 1915, cette ville est choisie comme une des destinations finales de la déportation des arméniens. Durant deux ans, nombreux d'entre eux y sont massacrés ou y meurent de faim et de maladies après avoir été déportés dans des conditions inhumaines. Ces déportations prendront plus tard le nom de « marches de la mort ».

Bien que situé en Syrie, Deir ez-Zor devient un lieu majeur de la commémoration de ces martyrs arméniens. Un centre mémoriel y voit le jour en novembre 1990, à l'emplacement des dépouilles et ossements des victimes. Ce centre rassemble une église, un mur de l'amitié, un musée, un « feu de l'éternité », un centre d'archives et une colonne « de la résurrection ». Le 4 mai 1991, l'église est consacrée par le catholicos [titre porté par les dignitaires des Eglises orthodoxes orientales]  Garéguine Ier Sirkassian. Plusieurs milliers d'arméniens de Syrie et du monde entier s'y rassemblent alors le 24 avril de chaque année pour commémorer ensemble ce souvenir tragique.

C'est donc ce lieu majeur de la mémoire arménienne que les terroristes de l’État Islamique dynamitent en septembre 2014. Ces actes sont immédiatement condamnés par les Nations Unis et par le gouvernement arménien. En détruisant ce sanctuaire, les membres de l'EI détruisent un siècle de mémoire. La ville n'est reprise que le 2 novembre 2017 par l'armée arabe syrienne.

Récemment, le gouvernement syrien a annoncé avoir pour projet de restaurer le mémorial. En effet, Bashar al-Assad a annoncé dans une interview vouloir « donner la priorité aux pays qui l’ont soutenu tout au long de ces années [de guerre civile] ». L'Arménie faisant partie de ces pays à ne pas avoir fermé leur ambassade, il reconnaît avoir « l’intention de faire renaître de ses cendres le sanctuaire dédié aux victimes du génocide arménien ». De plus, les relations entre la Syrie et l'Arménie se renforcent depuis la nomination du nouvel ambassadeur syrien Mohamed Hajj Ibrahim. Cela s'explique en partie par le fait que la Syrie contient une forte communauté arménienne (environ 35 000 personnes) et que son représentant, Georges Barseghian, entretient de bonne relation avec le gouvernement syrien.

Cette communauté syrienne d'origine arménienne, forcée à fuir en 2014 vers l'Arménie ou dans le Haut-Karabakh, reste importante en Syrie. Toutefois, elle a été totalement expulsée de Deir ez-Zor en 2014 et tente donc d'y revenir peu à peu. La reconstruction du mémorial arménien devrait contribuer au retour de cette communauté. Ce n'est que le 3 février 2018 qu'a lieu la première messe après cinq ans dans l’église de Deir ez-Zor. Suite à plusieurs années de violence et de terreur, le patriarche Ignace Ephrem II, 123ème primat de l’Eglise syriaque orthodoxe, a à la fois, rendu grâce dans son homélie pour le retour des chrétiens et manifesté sa tristesse pour les massacres et les destructions.

La reconstruction de ce sanctuaire devrait donc bientôt commencer, comme le symbole d'une communauté arménienne qui, 100 ans après, est toujours persécutée. Avec ce sanctuaire reviendra le souvenir d'un peuple arménien malheureusement trop souvent forcé à fuir.