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Arménie - Enseigner pour des déplacés de guerre

News - 11/06/2021

Les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient en Arménie se livrent depuis quatre semaines à une activité qui leur demande pédagogie, dynamisme et patience : des cours de français et d’anglais ! Ces cours sont dispensés à Erevan dans un centre d’accueil que pilote Ura Tamrazyan, une artiste énergique qui a su regrouper autour d’elle les déplacés de son village d’Artsakh (nom arménien du Haut-Karabakh), Hadrout.sos chrétiens orient arménie cours de langue déplacés 3 2

Cette femme décidée a tout perdu dans le dernier conflit qui a opposé l’Arménie à l’Azerbaïdjan : sa maison, son magasin, son atelier, sa bibliothèque… Pire, les Azerbaïdjanais  ont publié une vidéo dans laquelle ils pavoisent dans sa maison ! Loin de se laisser abattre, dès son arrivée à Erevan, elle a mis tout en œuvre pour procurer du travail à ceux de son village. Elle a créé un atelier qui emploie déjà une quinzaine de personnes : graveur/sculpteur sur bois, peintres, tapissières, brodeuses, tricoteuses, tisseuses de perles… C’était les meilleurs artisans de l’Artsakh, ils veulent le rester en Arménie.

Parallèlement à cette activité, elle a ouvert un atelier cuisine, créé un club de boxe et garde un contact étroit avec tous les habitants de son village perdu.

Elle a la chance de pouvoir organiser toutes ces activités dans les locaux du siège opérationnel d’Artsakh en Arménie mis gratuitement à sa disposition. C’est ainsi qu’elle a demandé aux volontaires de SOS Chrétiens d’Orient de dispenser des cours de français et d’anglais. C’est ce qu’ils font avec application.

La particularité de ces cours tient à ce que les élèves sont aussi bien des enfants que des adultes. Gor, le plus jeune, a 6 ans. Talin, sa mère en a 42. Ils sont une dizaine, réunis dans une pièce minuscule, sagement assis à des bureaux d’écoliers. Les séances sont hebdomadaires et les élèves viennent avec plaisir et bonne volonté apprendre de nouvelles langues pour élargir leurs connaissances.

Mais cela demande de leur part concentration et application. Il leur faut déjà passer la barrière de l’alphabet. Les trente-huit caractères de l’alphabet arménien n’ont en effet rien à voir avec les vingt-six lettres de notre alphabet latin !  Les volontaires-professeurs doivent également relever ce défi et user de stratagèmes et de moyens concrets pour que l’apprentissage soit le plus efficace et le plus agréable possible.

sos chrétiens orient arménie cours de langue déplacés 2 2A chaque séance, on revoit ce qui a été appris lors de la séance précédente et qui ne semble pas encore tout à fait acquis. Les volontaires miment une scène : « Bonjour, je m’appelle Baudouin.  Et toi ? » « Je m’appelle Agnès. Comment vas-tu ? ». « Je vais bien merci ». « Quel âge as-tu ?... Chacun passe ensuite à tour de rôle. Parfois hésitant, parfois plus assuré, quelquefois avec des erreurs. Mais ça y est, chacun sait se présenter. La leçon est personnalisée et les volontaires ne sont pas trop de trois pour s’occuper de leurs élèves.

Puis vient le moment des nouveaux apprentissages : les nombres, les couleurs, les fruits et légumes sont au programme du deuxième cours. Les volontaires déploient des trésors d’imagination afin de rendre la leçon la plus compréhensible possible. La barrière de la langue est bien là ! Enseigner le français et l’anglais à des personnes qui ne les connaissent pas du tout, sans soi-même parler arménien, relève du pari un peu fou. Heureusement une adolescente, Irina, sait suffisamment d’anglais pour servir d’interprète. Elle peut ainsi traduire et expliquer en arménien aux autres élèves les points les plus difficiles de la leçon.

Le tableau est également une aide précieuse. Il permet d’écrire les mots et de dessiner des objets qui rendent l’enseignement plus concret. Nous nous servons également de matériel plus inattendu, comme des pelotes de laine pour apprendre les différentes couleurs. « Blou » prononce avec application un jeune Arménien de 11 ans. Non, nous ne sommes pas en cours d’anglais, mais de français. Il faut dire « Bleu ». « Blou » répète-t-il toujours avec la même application en faisant rire la classe.

On n’hésite pas non plus à jouer. La semaine dernière, les volontaires ont fabriqué des cocottes. Ces petits pliages en papier leur ont permis de s’exercer de façon ludique aux chiffres et aux couleurs. « Combien en voulez-vous ? demande Baudouin en agitant ses doigts pris dans les petits cornets de papier. « Quatre », répond une des élèves les plus âgées. Et de compter « Un, deux, trois, quatre ». « Quelle couleur ? » questionne encore Baudouin. « Euh, rouge ». Et de déplier le papier qui laisse apparaître une série de petits points colorés. L’élève compte à nouveau : sept, et cette fois-ci la couleur est verte.

Quand Irina passe à son tour, elle trébuche sur le nombre de petits points. C’est qu’il y en a beaucoup : il y en a neuf. Mais elle répète avec application. Ça y est : elle sait ! Les plus jeunes ne sont pas en reste. Ils se trompent tout autant que les adultes, mais, comme pour les adultes, les notions entrent peu à peu dans leur tête. En tout cas, tous ont apprécié ce petit jeu interactif qui leur permet d’apprendre une langue étrangère en s’amusant.sos chrétiens orient arménie cours de langue déplacés 1 2

Après trois-quarts d’heure de français, place à l’anglais. Le principe est le même, mais on sent les élèves un peu plus habitués à certains mots. « How are you ? » et « What’s your name ? » sont déjà connus…  Là, le programme porte aussi sur les chiffres et les couleurs, mais aussi les saisons et la météo.

A la fin des deux cours, tous ont bien fait travaillé leurs méninges. Les élèves arméniens ont la tête remplie de nouveaux mots, de nouvelles phrases. Quant aux volontaires, ils n’ont pas vu le temps passer et se sont aussi bien amusés ! Certains découvrent ainsi les joies de l’enseignement. Ils ont de la chance, car ils se trouvent face à un public particulièrement sage et attentif et, qui plus est, volontiers rieur et reconnaissant du temps qui leur est consacré.

L’ambition de ces cours hebdomadaires n’est pas de faire de ces élèves des polyglottes distingués, mais de leur faire découvrir, par le biais de la langue, d’autres cultures que la leur. Pour les volontaires qui, par ailleurs, suivent aussi des cours d’arménien, il s’agit d’une transmission de savoir entre Français et Arméniens. Qui sait si ces quelques mots appris seront oubliés ou seront le préalable à un réel apprentissage du français et à une découverte de la littérature et de la culture françaises, déjà fort appréciées dans le pays par le moyen de ses chanteurs !

Soutenez l'action de SOS Chrétiens d'Orient auprès des Arméniens déplacés de l'Artasakh !

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